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Rolling style

L’Wren Scott, 193 cm de talent

Cet ex-mannequin, compagne de Mick Jagger, a commencé à créer ses vêtements parce qu’elle ne trouvait rien à sa taille. Depuis qu’elle a lancé ses propres collections en 2006, ses robes sont sur tous les tapis rouges. Interview exclusive.

A l’issue du défilé Lanvin printemps-été 2009, une immense silhouette aux cheveux noirs dénoués attirait tous les regards, de face comme de dos. Une figure reconnaissable à sa taille et à ses proportions de statue vivante, sculptée dans une échelle plus grande que la moyenne. Impossible de faire semblant de ne pas remarquer L’Wren Scott. Impressionnante, sculpturale, singulière. Ce ne sont là que quelques mots pour décrire la très grande (193 cm) styliste, accessoirement la compagne de Mick Jagger.

La vie en résumé de L’Wren Scott, de son vrai nom Luann Bambrough, pourrait servir de pitch pour un film. Née en 1967 et adoptée par une famille de mormons, elle a été élevée dans l’Utah, jusqu’à ce que le célèbre photographe Bruce Weber lui suggère de s’installer à Paris et de commencer une carrière de mannequin. Tout en gagnant sa vie comme modèle, elle consacre ses loisirs à créer ses propres vêtements, plutôt qu’à faire la fête toutes les nuits. C’est sans doute cette éthique du travail, inculquée dès son plus jeune âge, qui lui permet de se frayer un chemin vers des rêves et un destin plus grands.

Après Paris, Hollywood, où elle est la styliste pour les couvertures de ­Vanity Fair et, ironiquement, celles de Rolling Stone, avec des photographes comme Herb Ritts. Son style très personnel la conduit vers le cinéma et commence à créer des costumes pour Nicole Kidman, Penélope Cruz et Sarah Jessica Parker… toujours fidèles adeptes de ses collections. En 2000, elle tient même le rôle prestigieux de directrice artistique des Oscars.

C’est en pratiquant son métier de styliste que L’Wren Scott apprend et comprend ce que les femmes désirent porter. En 2006, elle lance ses propres collections. Aujourd’hui, ses vêtements, hautement désirables, sont vendus dans les magasins les plus exclusifs, y compris Barneys et Harvey Nichols. Cet automne, elle lancera sa première collection de chaussures.

Les saisons précédentes, de nombreux créateurs ont tenté d’imiter la silhouette gothique de L’Wren Scott. Mais qui peut se targuer d’avoir pour muse personnelle la légende du rock, Mick Jagger? Les collections de la styliste puisent leur inspiration dans l’élégance masculine de celui qui partage sa vie depuis six ans et son style de vie rock’n’roll. Et pourtant, elle demeure avant tout une styliste pour les femmes, concevant des vêtements qui mettent leurs formes en valeur et qui épousent leurs courbes. Dans une interview exclusive, la créatrice, notoirement jalouse de son intimité, parle de sa vie, de ses préférences et de son allure.

Le Temps: Le monde de la mode est inconstant. Evitez-vous volontairement les tendances?

L’Wren Scott: Je n’aime pas les tendances, je ne cherche pas à en créer une.

– Vos collections arborent une même esthétique d’une saison à l’autre. Est-ce important pour vous que les femmes trouvent le style qui leur convienne puis s’y tiennent?

– Une femme devrait connaître son style. Si quelque chose lui va bien, généralement, elle s’y tient.

– Avez-vous été en contact avec le monde de la mode lorsque vous viviez dans l’Utah? Qui admiriez-vous pour son style?

– En matière de style, mes icônes étaient toutes issues d’un cinéma qui projetait des films en noir et blanc. Il n’y avait pas grand-chose à faire dans la petite ville où j’ai grandi.

– D’où vous vient cette façon si personnelle de considérer la mode? Est-ce le fait d’avoir été une adolescente très grande qui vous a poussée à vous inté­resser à ce monde pour trouver des vêtements qui vous allaient?

– Je ne peux pas être objective à propos de mon style personnel. A mes yeux, la collection doit être en adéquation avec mon apparence et ma silhouette, mais je dois en même temps dessiner de nouveaux vêtements chaque saison. Il y a une grande différence entre ce que je montre sur le podium et ce qui se trouve dans mon showroom. La collection destinée à être commer­cialisée est beaucoup plus vaste. Je n’aime montrer aux journa­listes qu’un aperçu concis de mes créations.

– Vous avez été découverte à l’âge de 17 ans par le légendaire photographe de mode Bruce Weber et vous avez commencé votre carrière de mannequin à Paris. Qu’avez-vous tiré de vos expériences avec des créateurs comme Karl Lagerfeld chez Chanel et Thierry Mugler, qui était à son apogée dans les années 80?

– Ce sont tous deux de grands créateurs, avec une vision, une voix très personnelle. Ils restent fidèles à eux-mêmes et ont également tous les deux des intérêts en dehors de la mode. Je fonctionne aussi de cette manière. Je relève les défis qui sont devant moi et j’essaie de les interpréter à ma façon.

– En 1994, vous êtes partie vivre à Los Angeles pour travailler comme styliste. Cela a-t-il toujours fait partie de votre plan de carrière? Comment était-ce de vivre à Los Angeles?

– Oui, cela faisait partie du plan. Ma famille m’a appris que, si l’on veut quelque chose, il faut travailler pour l’obtenir. Les choses ne vous tombent pas toutes prêtes dans les mains. Los Angeles offrait un univers de possibilités. Je connaissais les gens de l’industrie du cinéma et j’adore le style de vie à Los Angeles. C’est très décontracté et empli de soleil. J’ai toujours eu le sentiment que les bonnes idées germaient à l’ouest puis se déplaçaient vers l’est.

– Habiller des célébrités, leur créer des costumes pour des films, est-ce une expérience très différente que de créer des vêtements pour les femmes de la vie quotidienne?

– Oui. Quand vous confectionnez des costumes, vous créez un personnage qu’un acteur ou une actrice va interpréter. Vous devez donc vraiment réfléchir à la façon d’élaborer un style unique, qui convienne à ce personnage. Dans la vraie vie, les femmes ont besoin de se sentir confiantes et sûres d’elles. Elles ne jouent pas un rôle, elles vivent leur vie. La mode doit s’ajuster au style de vie de chacune.

– Vous avez lancé votre propre collection en octobre 2006. Comment en êtes-vous arrivée à concevoir des vêtements après des années de mannequinat et de stylisme?

– Je fais des croquis depuis mon plus jeune âge. J’ai toujours confectionné des choses moi-même. Quand vous êtes une adolescente à la fois très grande et très mince, il faut être créative pour parvenir à trouver l’allure que vous cherchez à exprimer. Je n’arrivais jamais vraiment à dénicher des tenues qui me convenaient. J’ai commencé à élaborer mes propres vêtements avec des tissus et des pièces vintage. J’ai beaucoup appris par moi-même en tentant de coudre et de dessiner mes propres modèles. Je n’ai jamais arrêté. Tout en travaillant comme styliste, j’ai réalisé de nombreux vêtements pour compléter la garde-robe de certaines clientes. Devenue adulte, je ne parvenais toujours pas à trouver ce qui me convenait vraiment. Je savais que je n’étais pas la seule dans ce cas, alors j’ai décidé de franchir le pas et de tenter ma chance. Je crois qu’il n’y a rien à perdre à essayer d’atteindre un objectif, il y a bien davantage à perdre à renoncer à essayer.

– Est-il difficile de créer des vêtements pour des femmes de votre taille (ndlr: les jambes de L’Wren Scott mesurent 104 cm)? Qu’est-ce qui convient le mieux et le moins bien à votre silhouette?

– Non, ce n’est pas difficile; il faut juste être plus attentive et choisir ce qui tombe vraiment bien.

– Vos robes moulantes ont de plus en plus d’adeptes. Quel est le secret pour mettre en valeur les formes d’une femme?

– Se sentir sûre de soi dans la robe que l’on porte. J’essaie de parvenir à ce résultat avec la coupe, la qualité du tissu et la manière de confectionner chaque pièce. Je veux être sûre que je fournis quelque chose que l’on ne peut pas trouver ailleurs.

– Avez-vous le sentiment de créer des vêtements pour vous-même, l’homme de votre vie ou vos collègues fashionistas?

– Je fais des vêtements pour moi-même, mais il arrive qu’une occasion dicte un résultat.

– Ces dernières saisons, certains défilés pouvaient tourner au numéro de cirque. Pourquoi avez-vous choisi de montrer votre collection à New York et pourquoi choisissez-vous des lieux plutôt intimistes, comme la Gagosian Gallery pour votre dernière collection printemps-été 2009?

– Je suis américaine et, en tant que telle, j’aime soutenir la mode américaine et mes collègues. Je choisis des lieux plutôt intimistes, parce que cela me paraissait juste de le faire ainsi pour mon premier défilé. Je voulais que les gens voient bien mon travail. Je reçois les acheteurs avant le défilé: ils ont donc droit à une présentation privée avant de passer les commandes. Le show sert surtout à montrer mes collections aux journalistes et aux éditeurs, et je travaille très dur pour terminer chacune d’entre elles. J’estime que pouvoir découvrir mes vêtements de façon proche et personnelle fait partie de l’esprit de la marque. Donc, je n’ai pas changé ma façon de faire, même si la demande augmente; je veux rester fidèle à mon concept de départ.

– Dans votre dernière collection dominaient le noir et le blanc, les robes très féminines et les vêtements moulants. Quelle a été votre source d’inspiration?

– Zéphyr, la personnification du vent d’ouest dans la mythologie grecque. Je voulais une silhouette stricte mais en mouvement, si ce n’est par le design du moins par les tissus spéciaux fabriqués pour cette collection.

– Quelles sont vos ambitions pour la marque L’Wren Scott? Avez-vous des projets de développement international, de boutiques, de parfum, d’accessoires ou même de collection masculine?

– Tout vient à point pour qui sait attendre… J’ai de grands projets, mais j’avance toujours avec précaution et je prends mon temps. Je ne veux pas tout, tout de suite. Je préfère apprécier ce que j’ai, plutôt que de regretter ce que je n’ai pas.

Traduction: Pilar Salgado

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