Après plusieurs heures de route dans les Hautes Terres et avoir mangé de l’asphalte sur 167 km, voici Antsirabé.

Antsirabé signifie « là où le sel abonde ». Bon augure pour y changer de l’argent. Les cartes de crédit ne sont pas d’une grande utilité à l’intérieur de l’île. Cent euros valant environ 280’000 ariarys, en changeant 360 euros, je me suis retrouvée millionnaire (et ne le suis pas restée longtemps…)

Le guide est un expert: il offre au regard de la voyageuse de la beauté en continu, il lui raconte un pays auquel il est attaché plus que tout, il nourrit son esprit en anecdotes et son estomac en délices, il ne la laisse pas tomber le 31 décembre, et accessoirement, il l’aide à remplir sa valise de souvenirs tout en faisant marcher le commerce local. C’est la première fois que j’ai le sentiment de réaliser un acte civique en faisant du shopping. Et cela rend tout le monde heureux: l’artisan bien sûr, le guide, qui recevra un petit geste de sa part, et la touriste, qui repartira les bras chargés de nappes brodées de papillons et de quatre douzaines de cuillères à café en corne de zébu.

Ce serait une erreur de se priver de ce rituel. Il faut pousser les portes des ateliers d’artisans (hormis celle de Joseph, le lapidaire, qui multiplie ses prix par 4 et vous filoute sans humour), non seulement pour acheter de beaux objets à très bon prix, pour faire marcher une micro-économie, mais aussi, pour y apprendre sur l’île et sur les modes de vie. On y prend la juste mesure de notre gaspillage. Rien ne se perd à Mada. Prenez cet atelier où l’on transforme la corne de zébu. La corne est d’abord plongée dans de l’eau chaude pour en ôter l’os. L’os, réduit en poudre, servira d’engrais. La corne, elle, est sciée puis polie avec un mécanisme dont le moteur fut celui d’une machine à laver. Le reste du zébu aura été mangé bien sûr, jusqu’à la bosse. Il n’en restera rien, à part peut-être les sabots…

Antsirabe, c’est aussi le plus grand marché de Mada. On le hume avant de le voir : l’odeur douçâtre du poisson séché prend les narines et descend jusqu’à l’estomac. De travées en travées, s’étalent des monticules de citrons vert, des monceaux de riz, des empilements de paniers en feuilles de pandanus, des pyramides de boules de savon à base de graisse de zébu, des coqs de combat, des oies vivantes, des lapins et quelques chats, hélas. Rien ne se perd à Mada, à part quelques touristes…