Design

Made in Milan

Des meubles et encore des meubles. Retour sur la Semaine du design 2016 qui s’achevait la semaine dernière

En matière de design, le Salon du meuble de Milan reste l’apanage incontournable de la création pour la maison. Le seul endroit au monde où pendant une semaine l’internationale du style présente ses nouveautés de l’année. La tendance 2016? Cela fait belle lurette que, comme la mode, le secteur cultive l’art du mélange. Mix de matières nobles (pas mal de cuir, de fonte et toujours du marbre et du verre, notamment coloré) et moins nobles (toutes sortes de plastiques écolo compatibles), audace de la couleur, réédition remise au goût du jour et tapis qui changent d’aspect à mesure de leur usure déplient le très large éventail du mobilier contemporain. Le digital? Il y en a un peu, surtout des histoires de tissu et d’imprimés à customiser soi-même en glissant son doigt sur l’écran de sa tablette. Mais avec la crise, c’est surtout l’argent qui revient régulièrement tambouriner à la porte de la Design Week. Le public veut du beau et du bien fait, mais sans ruiner son treizième salaire.

Au point que certains adoptent la posture du manifeste pour résoudre cette impossible équation. Chez le néerlandais Lensvelt, les meubles de bureau sont uniformément gris administratif. «Ce qui nous permet de livrer très rapidement nos clients et d’afficher des prix attractifs. Alors oui, c’est ennuyeux et sans fantaisie, mais volontairement», explique Remi Versteeg de Space Encounters, groupe concepteur de la bien nommée Boring Collection. «Elle ne raconte rien et ne parle pas de design. Elle a l’ambition de recentrer la place de travail sur l’essentiel: profiter de la vue, ralentir les cadences et renforcer le contact humain.» Et de faire un buzz assuré. De son côté, le danois HAY qui fait du bon marché son credo se met en mode encore plus cheap et chic avec ses lignes signées Pierre Charpin, Ronan et Erwan Bouroullec et Sebastian Wrong.

Mais c’est surtout chez Cassina que les collections bougent. L’institution italienne qui fêtera ses 90 ans en 2017 se reposait un peu sur ses lauriers et beaucoup sur son catalogue de pièces historiques. A la tête de sa direction artistique depuis l’année dernière, Patricia Urquiola redonne un coup de boost à la grande maison. La designer espagnole a battu le rappel de la profession en faisant venir des noms. Il y a là Konstantin Grcic qui propose un ensemble de petits modules de rangement minimalistes typiques du style de l’Allemand, le prototype du dernier fauteuil dessiné par l’architecte Zaha Hadid juste avant sa mort le mois dernier et Bertjan Pot, qui redesigne le fauteuil Utrecht de Gerrit Thomas Rietveld de 1936. Dans la catégorie de la réédition qui fait plaisir, on aime aussi l’idée qu’Exteta relance le mobilier d’été créé en 1964 par Gae Aulenti. C’est lui qu’on voit autour de la piscine dans le film de Jacques Deray avec Alain Delon et Romy Schneider. Sixties à fond les ballons, Locus Solus, avec ses imprimés solaires et son lampadaire en forme de plante alien, barbote en plein vintage.

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