Rhabillé(e) pour l’été (6/7)

Le maillot de foot thaïlandais, contrefaçon estivale

Chaque jeudi de l’été, notre chroniqueuse revisite les heurs et malheurs de la mode de saison

Le tourisme de masse passe pour l’antithèse de la mode. S’entasser dans des cars mal climatisés, s’enfermer dans des resorts all inclusive, s’empiffrer de junk food et danser sur de la mauvaise techno, on a connu mieux, comme cure de style. C’est pourtant de cette culture dite «popu» qu’est né le faux maillot de foot thaïlandais, l’une des grosses tendances de l’été.

Aucune équipe réelle

Importés de Thaïlande par des touristes français, ces t-shirts aux couleurs bariolées arrivent vierges dans l’Hexagone, où ils sont imprimés d’un logo d’équipementier de motocross comme Yamaha, KTM ou TMAX, puis revendus à petit prix par des marques comme Cadenza ou 90 Minute (sans s). C’est tape-à-l’œil, confectionné dans un polyester bon marché et franchement moche. Cerise sur le fashion faux pas, ces maillots ne correspondent à aucune équipe de foot réelle. Ce sont des fakes qui imitent les tuniques officielles des grands clubs européens, des copies conçues comme de simples objets de mode.

Absurde? Peut-être. N’empêche que l’esthétique de ces contrefaçons fait un malheur auprès des gamins des cités françaises, attirés par la mode mais aussi par la Thaïlande, ses stations balnéaires pas chères et l’idéal d’une vie facile. Le tout dopé par les clips de rappeurs marseillais comme Jul («Je sais que tu ne m’aimes pas») et Alonzo («Freestyle Phuket»).

Mais pas seulement. Preuve que la rue reste un des meilleurs laboratoires créatifs en matière de mode, le label français Andrea Crews ou Louis Vuitton se sont aussi mis à détourner les codes hyper-flashy des maillots third des grands équipementiers. Certains artistes comme le photographe français Thomas Rousset en ont carrément fait des compositions abstraites. Le bitume a sa propre poésie.


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