«Il faut croire en un tel projet»

«Travailler avec des matériaux naturels impose qu’on ait une bonne connaissance en physique des bâtiments. Sur la plupart des chantiers on utilise des matériaux inertes, qui ne présentent aucun risque. S’il y a une fuite d’eau, on saura comment la colmater. Tandis qu’avec un matériau vivant, il faut pouvoir anticiper ce qu’elle va occasionner, il y aura des conséquences.

Il faut surtout croire en un tel projet. C’est une relation avec la matière. Il doit y avoir au départ un vrai désir du maître d’ouvrage, qu’il soit convaincu de la solidité de ce type de construction. Et pour l’architecte, il faut l’envie de réapprendre une technique, prendre le temps, ce doit être une passion.

En Suisse, nous avons la chance d’avoir le spécialiste européen de la paille porteuse, l’ingénieur civil Peter Braun, qui a développé ce processus avec l’architecte Werner Schmidt il y a dix ans. En Europe, cette technique s’est initiée depuis plus longtemps et aujourd’hui nous avons à notre disposition des normes, des livres, des méthodes. On a une connaissance, des retours par l’expérience.

La construction en matériaux naturels permet aussi de diminuer l’empreinte d’énergie grise dont on a besoin pour extraire la matière, la transformer, la transporter et la mettre en œuvre et enfin pour la déconstruire et l’éliminer. Le jour où vous démontez la maison, il ne reste rien, que de la terre et de la paille. Le bâti est recyclable à 80%.

Normes feu plus strictes

La paille, qui permet de revaloriser le déchet du blé, ne peut être appliquée à tous types de constructions, il faut une diversification du bâti. Mais il pourrait y avoir davantage de façades en paille dans un environnement urbain. Même dans un immeuble de six niveaux comme celui que nous allons construire aux Charmilles avec de la paille en isolation pour que l’enveloppe soit perspirante, l’intérieur étant en béton. En Europe, on va déjà plus loin: en France et en Autriche, par exemple, on a l’autorisation d’ériger des bâtiments de 7-8 niveaux avec une structure bois et une isolation paille. En Suisse, ce n’est pas autorisé à cause des normes feu (on ne peut pas avoir que des matériaux combustibles dans une construction, on doit utiliser soit du béton et de la paille, soit de la laine de pierre et du bois, par exemple). Les normes vont changer en 2015 mais on ne sait pas encore dans quel sens…»