Il fallait oser. Dans le cadre de la deuxième Nuit des vieux millésimes, organisée fin février par le journaliste Alexandre Truffer, le chef de l’hôtel LeCrans à Crans-Montana, Pierre Crepaud, a imaginé un menu gastronomique accompagné exclusivement de liquoreux valaisans. Neuf vins au total, dont huit labellisés Grain Noble. Sélectionnés par Emmanuel Charpin, secrétaire de la charte d’excellence, les nectars avaient tous plusieurs années de bouteille, gage d’une nécessaire maturité. Le cru le plus ancien? L’assemblage Cheval noir 1990 de la cave éponyme. Une rareté qui a tenu ses promesses.

Les vins étaient tous de haut niveau, patinés, fondus, avec un magnifique équilibre sucre-acidité. A priori improbable, le mariage avec les plats a dépassé mes espérances. Parmi les associations les plus réussies, la petite arvine Grain de folie 2004 de Benoît Dorsaz et le homard bleu, soupe miso au piment d’Espelette. Les saveurs iodées de l’arvine, sa fraîcheur citronnée et sa douceur veloutée ont fait merveille avec le crustacé relevé par la soupe. Seule (demie-)fausse note: l’ermitage Lentine 1996 du Domaine Cornulus n’est pas entré en résonance avec le cœur de filet de veau mais avec le croustillant feuilleté aux châtaignes caramélisées et foie gras qui l’accompagnait.

La malvoisie (pinot gris) Grain Noble 2002 de Philippoz Frères, à Leytron, très à propos avec le marbré de foie gras de canard et viande séchée, fut une des belles réussites de la soirée. Avec sa couleur ambrée, la robe évoquait un whisky. Une caractéristique qu’on retrouvait au nez, sur des arômes de malt, de tabac frais, de pruneau à l’eau-de-vie et une légère acidité volatile. La bouche était onctueuse et croquante, avec un sucre bien intégré et une belle finale sur les fruits confits.

Au terme du repas, un constat largement partagé: au mieux de leur forme, les liquoreux valaisans font partie de l’élite mondiale grâce à l’apport du botrytis, la fameuse pourriture noble. Problème, ils sont rares, avec une production totale de 30 000 litres par an. Pour offrir des volumes suffisants pour l’exportation, Emmanuel Charpin veut institutionnaliser une cuvée commune, comme en 2005 pour marquer les dix ans de la charte Grain Noble. Une idée à soutenir.

Retrouver les autres chroniques sur Internet: www.letemps.ch/lifestyle/vins