Un jour, une idée

Manger, acheter, se faire tatouer

A quelques pas de la gare Cornavin à Genève, venez découvrir un concept store où la création est le maître mot

Un jour, une idée

Manger, acheter, se faire tatouer

D’abord, la façade grise s’est parée d’une fresque en noir et blanc. Des personnages riants dont les cheveux sans fin s’entremêlent en vagues joyeuses. Un dessin couvrant la moitié du mur, à l’exception des deux panneaux publicitaires installés là depuis trop longtemps. Et puis cette enseigne lumineuse à la graphie un peu gothique: «Foound». Tiens! Que se passe-t-il dans ce quartier où il ne se passe jamais rien? Où a filé l’école Ber du 16, rue Jean Gutenberg, à quelques pas de la gare Cornavin, à Genève?

Entrons voir. La porte est ouverte, mais elle donne sur un escalier qui n’engage qu’à moitié. Murs jaunes et quelques pierres apparentes. Au premier: 250 mètres carrés divisés par des panneaux de contreplaqués à mi-hauteur, afin que le regard puisse balayer l’ensemble. Sur la gauche, derrière le bar et le robinet à blondes, une brune. C’est Fanny Arnaudo, l’âme des lieux.

A 32 ans, après de nombreux voyages et des emplois dans le marketing digital, la Française avait «envie de donner du sens à son travail et de promouvoir le travail des gens qu’elle apprécie». Foound offre aux artistes et créateurs un espace d’exposition et de promotion de leurs œuvres, géré par eux-mêmes ou par la maîtresse de maison. Une douzaine de bijoutiers, céramistes et autres designers se partagent les étagères et les vitrines. Ils tourneront «au moins tous les six mois». Pour l’heure, les bagues tigres ou lapins sélectionnées par Figurin, la vaisselle vintage de Little Miss Design, les dessins de Bastien Conus, les magazines de Sérendipité ou un coin d’impression 3D. Chacun loue 80 francs par mois le mètre carré. Une obligation pour Fanny Arnaudo, qui parvient à rentrer dans ses frais grâce au travail bénévole de quelques amis. Chaque matin, c’est la jeune femme qui cuisine des piadine ou des quiches pour les visiteurs de cette ancienne fabrique horlogère. «La journée, cela reste calme mais le soir nous avons davantage de monde. Il y a du potentiel car il y a beaucoup d’écoles et d’universités dans le quartier, mais puisqu’il n’existait pas d’offre jusqu’ici, les gens n’ont pas l’habitude d’y sortir», note la gérante.

Outre le coin bistrot, qui propose aussi spritz, sirops, hoummos, tomme, etc., un salon de coiffure, une tatoueuse, une manucure, des fringues conçues par des stylistes lausannois ou danois, une épicerie. Là, des terrines et soupes artisanales, des caramels, du miel ou quelques produits de beauté. Et le mercredi, un marché de fruits et légumes de la région. Parfois encore, du cinémassage. 70 francs l’heure de palper-rouler devant un bon western ou une comédie sentimentale.

Créer des événements est au cœur de l’idée de ce concept store. Une exposition d’Annabelle Foliet vient de se terminer, celle du photographe Jean-Luc Andrianasolo a commencé il y a quatre jours. Chaque jeudi, un vernissage ou un afterwork thématique est organisé. Le vendredi, place à un DJ techno. Le samedi, on peut bruncher sur réservation. Fanny Arnaudo réfléchit encore à des ateliers pour enfants le mercredi. Foire aux vélos et vide-dressing sont agendés pour bientôt.

Au deuxième étage, dans les anciennes salles de classe vitrées, une astrologue-chamane, une illustratrice, une nutritionniste-ostéopathe, un atelier de restauration de meubles ou encore des cours de yoga et de self-défense. «L’intérêt est de créer des synergies entre tous ces gens. Une quinzaine de personnes travaillent dans les lieux, cela crée une dynamique», se réjouit Fanny Arnaudo. Dans trois ans, la vieille bâtisse laissera place à un nouvel immeuble. Et la jeune femme partira en quête d’un nouveau lieu pour sa couveuse.

Foound, 16, rue Jean Gutenberg, 1201 Genève. Du mardi au samedi, horaires variables selon les services. www.foound.ch

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