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Marc-Etienne (avec les dreadlocks) et Mathieu Cuendet, deux frères qui croient aux vertus d’une agriculture moderne.
© David Wagnières pour Le Temps ©

Artistes du goût

Marc-Etienne et Mathieu Cuendet bichonnent leurs légumes comme autrefois

Sur les hauteurs de la campagne vaudoise, à Bremblens, les deux frères se complètent à merveille et soignent leurs cultures aux petits oignons

A bons producteurs, bons produits. Du 23 au 27 juillet, «Le Temps» part à la rencontre de ces artisans gastronomes authentiques, qui mettent la qualité à la première place.

Episodes précédents:

L’un porte les cheveux courts légèrement en bataille, c’est Mathieu. L’autre des dreadlocks carrément ébouriffées, c’est Marc-Etienne. L’un est grand, au physique sec, l’autre est un peu plus petit et baraqué. Leurs mains sont celles de travailleurs de la terre, puissantes et robustes. Mais les deux frères ont le même regard, le même sourire et la même passion pour un métier dont le quotidien est fait de difficultés.

Décriée depuis des décennies par l’industrie agroalimentaire toujours aussi puissante, cette deuxième génération de maraîchers indépendants se bat pour redonner du goût à ses fruits et légumes. Tout en roulant des cigarettes et en se prélassant dans leur jardin le temps d’une parenthèse, les deux hommes à l’air jovial et espiègle se livrent sans retenue.

Pas d’argent de poche

Imaginez une «petite maison dans la prairie»: les deux frères grandissent dans le domaine familial et baignent dès leur plus jeune âge dans un monde naturel et végétal. Encore en culottes courtes, Marc-Etienne ramasse des fleurs de capucine et Mathieu cueille ses premières fraises des bois. «Nous ne recevions pas d’argent de poche. C’était voulu. Si nous donnions un coup de main sur l’exploitation, nous étions récompensés.»

En compagnie de leurs frères et sœurs et désireux de gagner un peu d’argent, ils tondent le gazon, sèment les courgettes et tassent les caisses de mottes. Tout en faisant ses premiers tours de tracteur en compagnie de son père, Marc-Etienne a toujours su qu’il serait maraîcher. Même si «ce n’était pas une évidence mais plutôt une envie», il décide de faire l’Ecole d’horticulture de Genève. Mathieu prend un peu plus de temps. Il passe par la case gestion, voyage et choisit la voie bancaire jusqu’à ce que son petit frère lui demande de le rejoindre sur le domaine.

Solidarité fraternelle

Ces maraîchers des temps modernes redécouvrent la solidarité fraternelle. Leur complémentarité fait indéniablement leur force. Marc-Etienne, dit «Marco», aime purement le côté exploitation et la culture de la terre. Mathieu, quant à lui, est plus polyvalent; son activité touche le secteur administratif, le site internet, les paniers du jeudi, les relations clients, les livraisons et, certains jours, le marché.

Ils s’entendent à merveille, et la situation actuelle contribue à leur bonheur professionnel. «L’époque de mon père était beaucoup plus tendue que maintenant. Dans les années 1980 et 1990, les supermarchés avaient plus de succès que les marchés. Les gens faisaient encore confiance à la grande industrie. C’est de moins en moins le cas et nous en bénéficions», remarque Marc-Etienne.

De l’engrais organique

Les frères Cuendet travaillent en pleine terre avec des matières exclusivement organiques. Ils se sont associés avec un paysagiste afin de récupérer ses déchets naturels qu’ils compostent et répandent dans les champs. Les fruits et légumes acquièrent ainsi tous les éléments nutritifs garants de leur qualité en les absorbant dans le sol. L’engrais organique (fabriqué à partir de fumier et de coquillages pour donner un peu de calcium) est également une source importante de nutriments.

Pour l’arrosage, Marc-Etienne utilise la technique du goutte-à-goutte biostimulant. «Ce sont des engrais liquides faits à partir d’algues, principalement d’extraits de prêle et de thym, qui renforcent le système racinaire pour que les plantes soient fortes et saines.» Pour la culture des tomates, le processus est encore différent; l’utilisation de certaines bactéries et de champignons est nécessaire, comme «le Bacillus amyloliquefaciens qui colonise le milieu, élimine les mauvaises bactéries tout en stimulant l’absorption d’eau autour des radicelles, favorisant ainsi tout le système racinaire».

Miser sur la confiance

Au niveau des affiliations, la petite entreprise vaudoise n’a pas adopté un label bio et n’en voit pas la nécessité. «Sinon, nous l’aurions fait depuis longtemps», rétorque Mathieu, avant de poursuivre: «Nous expliquons notre philosophie à qui veut bien l’entendre et la plupart des personnes la respecte. Nous ne voulons pas signer de contrat avec un label, ni en payer les frais; nous préférons miser sur la confiance de nos clients.»

Le maraîcher préfère se concentrer sur le soin de ses cultures plutôt que d’être derrière un bureau à remplir de la paperasse afin de justifier ce qui se passe sur ses terres. «Il faudrait également respecter un cahier des charges qui impose certaines variétés de graines et nous ne souhaitions pas nous limiter à celles-ci.» Même s’ils n’ont pas choisi le bio, les deux frères trouvent que l’approche est positive et reste main dans la main avec leurs collègues bios.

Aucun stock 

Mais comment éduquer les consommateurs et leur faire comprendre que les légumes directement achetés chez les producteurs ne sont pas plus chers? «Il faut toujours comparer à qualité égale», précise Mathieu. «La mécanisation définit le niveau de prix. Plus c’est mécanisé, plus le coût de production est bas. Du coup, il faut augmenter la production sur de grandes surfaces afin d’intensifier les ventes et voir les prix orientés à la baisse.» Il est impossible de rivaliser avec les surfaces croissantes de production, les salaires et les charges. Un des atouts majeurs? Le fait de récolter en fonction des commandes. A part les pommes de terre qui seront conservées pendant l’hiver, il n’y a aucun stock. Difficile de faire plus frais.

Avec plus de 300 variétés de fruits et légumes cultivés sur 8 ha en fonction des saisons, le Marché Cuendet a de beaux jours devant lui, même si un défi constant persiste et reste plus que jamais d’actualité. Il est indéniable qu’il y a un revirement de situation et une prise de conscience qui n’existait pas auparavant. «Nous avons besoin du soutien de tous les consommateurs. N’oublions pas que ce sont eux qui décident aujourd’hui comment sera l’agriculture de demain.»

Marché Cuendet, route de Bussigny 66, Bremblens (VD), système et points de livraison à découvrir sur le site internet.

A consulter: le site d’Edouard Amoiel


Profils

MATHIEU

1979 Naissance à Morges.

2006 Fin des études à la Haute Ecole de gestion, à Lausanne. Voyage d’un an autour du monde.

2008 Organisation en free-lance d’Ecofoot08, projection des matchs de l’Euro 2008 à Malley.

2014 Fin de cinq ans d’expérience bancaire. Voyage d’un an autour du monde.

2016 Reprise du domaine familial, le Marché Cuendet, avec «Marco».

MARC-ÉTIENNE

1988 Naissance à Morges.

2004 Début de formation au centre de Lullier.

2008 Fin de formation.

2011 Service civil de six mois au Brésil, en Amazonie.

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