Boire et manger

Au marché devant son écran

A l’heure où le manque de temps et la tentation de la malbouffe incitent les ménages à ne plus se nourrir convenablement, un couple genevois lance Karibou.ch, premier supermarché participatif en ligne de Suisse

Elle vient du monde de la musique électronique; il a toujours été féru d’informatique. Elle décide de quitter un univers qu’elle juge trop commercial pour s’orienter vers le secteur du développement durable. Il a le nez sur son clavier et continue son chemin en quête de créativité. C’est l’histoire de Delphine & Olivier Evalet, un couple aussi touchant qu’électrisant, passionné d’alimentation et de métiers artisanaux, qui a créé depuis à peine deux ans une plateforme de commerce virtuelle. A l’image d’un marché traditionnel avec des artisans vendeurs et des clients acheteurs, Karibou.ch est le premier supermarché participatif en ligne de Suisse.

Le leitmotiv de ses deux fondateurs? Une responsabilité familiale et la crainte de voir un modèle alimentaire industriel qui ne cesse de tisser sa toile. «Sans être moralisatrice, cette prise de conscience m’a donné envie de me lancer», avoue Delphine, femme engagée qui a toujours eu l’habitude de prendre des risques dans sa vie. Quant à Olivier, quadra au physique sec et à l’air rêveur, l’aventure lui permet d’exprimer ses talents d’électronicien. C’est lui qui a eu l’idée de mettre l’informatique au service des artisans de l’alimentation. «Je me suis rendu compte qu’Internet est un immense outil démocratique qui permet une forme d’émancipation. Au tout début, une sensation irrationnelle motive l’entrepreneur. Ensuite, il faut pouvoir transformer cette intuition en quelque chose de concret. C’est ce que nous essayons de faire aujourd’hui.»

Artisans sélectionnés

Karibou.ch est un marché virtuel et décentralisé où des artisans – personnellement triés en amont par Delphine et Olivier Evalet – sont réunis pour que le consommateur puisse acheter des produits de qualité, prioritairement bio et locaux. «De la tomate cerise à la mozzarella fior di latte, en passant par le pain multicéréales et le jambon à l’os coupé au couteau; c’est exactement comme au marché de Rive à Genève un samedi matin: il existe parce que les artisans sont là pour l’animer», précise Olivier. Dans l’optique du couple, chaque intervenant tient une place particulière et a un rôle bien déterminé. De la gestion des stocks jusqu’à la maintenance des recettes, chaque boutique dans sa globalité est gérée par l’artisan lui-même et demeure axée sur l’action participative. «Son investissement est primordial dans notre modèle. In fine, les utilisateurs de notre plateforme ne sont pas les clients de Karibou.ch mais les clients des artisans. Nous faisons en sorte de les réunir en les centralisant dans un environnement protégé par une charte valorisant le savoir-faire artisanal», détaille Delphine.

A moyen terme, le duo a pour objectif de proposer du bio à 100%. Mais les critères ne sont pas les mêmes pour chaque producteur. «Sans forcément être affilié à un organisme de label de qualité, un maraîcher se doit d’avoir une production biologique et l’obligation de ne pas utiliser de produit chimique de synthèse dans ses champs. Par contre, un boulanger qui transforme un produit a comme impératif d’utiliser de la farine locale mais sa valeur ajoutée est de confectionner un pain à fermentation lente et cuit au feu de bois.» Delphine et Olivier Evalet connaissent personnellement chacun de leurs partenaires et prennent la peine de se déplacer régulièrement pour les rencontrer. «La vie d’un artisan évolue au même titre que notre aventure. Pour les comprendre, nous devons être proches d’eux afin d’établir une relation de confiance.»

Profiter du rayonnement

Une fois les aliments sélectionnés par le «shopper» et la commande passée, tout s’accélère. Chaque artisan reçoit individuellement sa commande par le système informatique, la valide, la prépare et honore la livraison directement vers des points de collecte prédéterminés par le couple. Delphine et Olivier Evalet rentrent en scène deux fois par semaine en récoltant l’ensemble des articles avant de les rassembler dans leur centre de logistique et les distribuer à vélo directement devant la porte du client. Bref, c’est bien rodé. Un seul hic: l’accessibilité à la diversité des produits. «Nous avons des difficultés à en obtenir certains car leurs producteurs n’ont pas besoin de nous pour les vendre», observe Delphine qui, avec son mari, souhaite (re)mettre en avant une manière de consommer qui tend à disparaître. «La différence entre le marché traditionnel et le marché virtuel? Le rayonnement dont profite l’artisan, non pas dans un environnement déterminé ni dans une sphère temporelle fixe, mais dans tout un canton et tout le temps.»


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