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La nouvelle collection de lunettes s’inspire des travaux d’Oskar Schlemmer, artiste allemand et professeur au Bauhaus. 

Mode

Marni, la belle «arty»

Elle a créé une marque que les passionnés d’imprimés et de couleurs adulent. Rencontre avec sa créatrice, l’Italo-Suisse Consuelo Castiglioni, qui cherche dans la mode un luxe différent en habillant les femmes avec une élégance silencieuse

En 1992, Consuelo Castiglioni crée, au sein de l’entreprise Ciwifurs de son mari Gianni Castiglioni, une collection de fourrures. Le grand manteau passe alors pour être trop bourgeois. Elle va en faire une pièce moderne, iconique même, et ainsi révolutionner le genre. Jusque-là consultante, voilà l’autodidacte propulsée nouveau prodige de la mode. Mais son heure de gloire viendra deux ans plus tard. En 1994, elle lance une nouvelle marque, Marni, en l’honneur de sa sœur Marina. Réputée anticonformiste, la créatrice invente une nouvelle niche dans le prêt-à-porter de luxe. Son label ose les imprimés excentriques et la superposition de matières. Il ouvre une porte aux passionnés du look moderno-vintage, des tissus auxquels on ne s’attend pas, du color-block… Consuelo Castiglioni incarne le flair Marni, non pas pour sa clairvoyance en matière de mode, mais par son aptitude à créer un nouveau style servi chaque saison par de nouvelles pièces qui résistent aux modes. Ses racines helvético-italiennes mâtinées d’origines chiliennes, sont sans l’ombre d’un doute à la base de son éclectisme. Maîtresse de l’intemporalité, elle crée des collections atemporelles. Ses vêtements ne se prêtent pas. Ils se gardent, se mettent et se remettent, s’usent avec plaisir. Malgré la discrétion de la créatrice, sa patte, ou mieux, sa griffe, marque à jamais les esprits.

- Dans le milieu du stylisme vous êtes atypique. Vous êtes mère de deux enfants et avez commencé à travailler dans la mode après trente ans.

- La mode m’a toujours fasciné. Tout est né de l’entreprise de mon mari, Gianni Castiglioni, qui produisait, et produit toujours d’ailleurs, des fourrures pour différentes maisons de luxe. Nous avions envie de présenter une collection différente de ce qui se faisait à l’époque. Une approche plus moderne, en revisitant les fourrures comme si elles étaient des tissus. La collection a été créée en suivant notre instinct, en essayant et expérimentant. Le succès a été inattendu.

- Vous définiriez le style Marni comme «arty»?

- Certainement. Il y a un lien fort qui unit Marni et le monde de l’art. L’art est pour moi une source inépuisable d’idées, d’images et de couleurs. J’implique le plus possible des artistes, reconnus ou non, dans mon travail. Récemment, nous avons collaboré avec les tenants de ce que l’on appelle l’Outsider Art en utilisant certains de leurs dessins pour les imprimés des collections femme et homme. Ils ont aussi peint des sandales qui faisaient partie des produits en édition limitée à l’occasion des vingt ans de la maison. Un autre des projets qui me tient à cœur est l’exposition Becoming Marni qui entre également dans le projet Marni Prisma pour le vingtième anniversaire de la marque. Nous avons fait venir les œuvres de l’artiste brésilien Véio à Venise, donnant lieu à une installation exclusive.

- Qui est la femme Marni?

- La femme Marni, ou mieux, les femmes Marni sont libres et sûres d’elles. Elles s’habillent pour elles-mêmes, pas pour les autres. Celle qui décide de porter du Marni a une approche personnelle du style, elle est heureuse d’expérimenter et jouer avec les formes, les imprimés et les couleurs.

- A qui sont destinées vos collections?

- Mes collections ciblent un public particulier: des femmes avec une certaine sensibilité. L’âge ou le statut n’est pas à prendre en compte, c’est le désir d’interpréter des vêtements en exprimant sa propre individualité qui est important.

- D’ailleurs, on parle souvent de votre mode comme étant à «contre-courant» et «intellectuelle».

- Je ne vois pas Marni comme étant particulièrement à «contre-courant», plutôt comme un monde en soi évoluant dans une nature vivante et expérimentale, parfois un peu excentrique.

- Les créations sexy, très en vogue en ce moment, ne vous attirent pas? 

- La séduction, pour moi, n’est pas quelque chose d’ostentatoire. Cela vient de l’intérieur: c’est une expression intime.

- De la même manière, Marni est une marque qui n’aime pas le logo, bien que l’élégance et l’allure de vos créations communiquent déjà un message «made by Consuelo»… 

- Il y a de nombreuses manières d’être reconnaissable: le design, les matières et les imprimés caractérisent les collections Marni.

- Vous avez toujours fait confiance à votre instinct. Le meilleur exemple sont sûrement les «Marni Fussbett»: ces chaussures aux semelles énormes que vous avez lancées en l’an 2000 et qui sont, aujourd’hui, portées par tous. Elles sont sans aucun doute l’accessoire par excellence de Marni?

- La première version de la Marni Fussbett a été présentée en 2001 à l’occasion du défilé printemps/été 2002. Pour ce modèle, je me suis inspirée d’une sandale africaine vue lors d’un voyage: la semelle avait été fabriquée à partir de pneus recyclés mélangés à de la paille. En revanche, la semelle de notre sandale avec un fond en gomme et en corde a été développée en exclusivité pour ma maison. Ces sandales sont toujours présentes dans mes collections, d’été comme d’hiver où elles sont portées avec de grandes chaussettes. J’ai toujours cru en elles et je les trouve cohérentes avec notre esthétique.

- Vous savez créer des pièces indémodables. A tel point que les pièces de vos saisons précédentes deviennent encore plus belles avec le temps.

- Mon objectif est de créer des pièces spéciales qui puissent être portées saison après saison en les mixant avec celles des collections plus récentes.

- Comment procédez-vous durant la création? Vous commencez par un dessin, une illustration ou intervenez directement sur le tissu?

- Je puise l’inspiration dans ce qui m’entoure: la nature, l’art, la musique, les livres, les différentes cultures. La création d’une collection commence généralement par la recherche d’un tissu ou d’une matière. J’adore la façon dont les textures, les couleurs et les imprimés définissent ou métamorphosent un look. Les structures architecturales et les couleurs sont essentielles dans mon travail elles me permettent de souligner une forme ou encore de donner une nouvelle signification à une pièce. Je travaille de façon intuitive, je me sers de mon instinct comme d’un instrument.

- Peut-on dire de vos créations qu’elles dégagent un luxe non ostentatoire, une sorte de chic réservé?

- Exactement. J’aime imaginer Marni comme étant porteuse d’une image d’élégance silencieuse.

- En mars, vous avez lancé votre première ligne de lunettes printemps/été avec un événement au Padiglione Visconti, haut lieu de la culture milanaise.

- La collection a été développée avec le fabricant Marchon. Nous avons décidé de la présenter durant la Fashion Week dans le Padiglione Visconti, un lieu étroitement lié à la tradition théâtrale milanaise. Dans cet espace, différentes situations étaient interprétées par une série de personnages habillés de costumes inspirés de l’œuvre de l’artiste du Bauhaus Oskar Schlemmer, œuvres dont la ligne Marni Eyewear tire également ses influences, que ce soit dans les couleurs ou dans les matières.

- En 2012, votre marque a rejoint le groupe OTB en pleine croissance. Renzo Rosso, son propriétaire qui est aussi le fondateur de Diesel, est alors entré dans votre vie. Il vous laisse néanmoins carte blanche concernant la création. Pourquoi le choix d’intégrer cette structure?

- Marni et OTB partagent la recherche perpétuelle pour l’innovation. Faire partie de ce groupe nous permet de grandir encore, sans sacrifier notre vision et, au contraire, de profiter d’une grande opportunité.

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