Automobile

Ces marques de luxe qui roulent tout-terrain

Les constructeurs de prestige se convertissent tous au 4x4, garant de juteux retours 
sur investissement. Au risque de froisser leur image de marque

Les marques en rêvent 
depuis un siècle… La voici enfin, l’automobile mondiale, aussi demandée en Chine et aux Etats-Unis qu’en Europe, aussi universelle que peut l’être la gravitation. Tous 
les pays tombent sous la séduction 
des sport utility vehicles (SUV). Certains plus que d’autres. En Suisse, désormais, la moitié des voitures vendues sont des 4x4, dont une majorité de SUV. L’attraction est intégrale, si l’on ose dire.

Le genre s’est imposé dans tous les segments, toutes les gammes de prix. Du Dacia Duster à 13  000 francs à la Bentley Bentayga à 200  000 francs. Ses qualités sont connues: la sensation de protection, la conduite surélevée, la stabilité, l’habitabilité, l’adhérence, même si beaucoup de SUV n’ont en réalité 
que deux roues motrices. Ajoutons, 
pour la route, une dose de domination 
et un shot d’élévation sociale.

Lire aussi: Le luxe en version intégrale

La part irrationnelle

La catégorie prestigieuse de la Bentley 4x4 est intéressante. Elle agit comme un lapsus, faisant apparaître le vrai caractère de ces véhicules. Leur personnalité est irrationnelle. Un SUV est pesant, 
encombrant, peu aérodynamique; 
il consomme beaucoup, pollue, coûte plus cher et se comporte en général moins bien sur la route qu’une voiture conventionnelle; il n’est même pas 
très à l’aise hors bitume, une utilisation qui reste de toute manière marginale.

En revanche, du côté des constructeurs, le calcul est rationnel. Un SUV premium, c’est la garantie d’une 
importante marge bénéficiaire. 
Toutes proportions gardées, un tel 
véhicule n’est pas très onéreux à 
fabriquer, puisant dans la banque d’organes d’un groupe automobile. La plateforme de la Bentley Bentayga est celle de l’Audi Q7. Dans l’habitacle, nombre de commandes viennent aussi de la marque aux quatre anneaux. Si l’on reste dans la constellation des marques de Volkswagen, on ne s’étonnera pas d’apprendre que le futur SUV de Lamborghini, l’Urus, partagera lui aussi sa plateforme avec les nouvelles générations d’Audi Q7, VW Touareg 
ou Porsche Cayenne.

Assurance vie

Porsche? En péril au début des années 2000, la légende de Stuttgart a été sauvée par le lancement de son imposant Cayenne. Celui-ci et le Macan, l’autre SUV de la marque, représentent aujourd’hui 70% des ventes. Alors que la 911, le modèle emblématique, ne grimpe qu’à 15%. 
En d’autres termes, Porsche est à nouveau la marque la plus rentable du monde.

Pour une enseigne de prestige, 
le lancement d’un SUV signifie le doublement de sa production, donc une assurance vie. C’est ce qui arrive à Bentley, 
à Maserati, à Jaguar, dont le F-Pace 
atomise les records de vente du vénérable constructeur britannique. C’est ce qui arrivera bientôt à Lamborghini, à Aston Martin, ou à Rolls-Royce, qui lancera la Cullinan en 2018. Un exemple parmi d’autres: en novembre dernier, Maserati Suisse a livré 114 véhicules 
à ses clients. Dont 71 SUV Levante.

Attendez… Une Rolls-Royce 4x4, 
really? La marque élitaire tente de se justifier à grandes contorsions sémantiques. Elle évite de parler de SUV, 
trop prolétaire, cherchant du côté 
de «véhicule surélevé conçu pour aller partout, sans effort». Avant d’asséner un argument impérial : Lawrence d’Arabie, 
il y a un siècle, se déplaçait souvent 
dans les déserts et autres contrées 
hostiles à bord d’une Rolls-Royce.

Les octaves de la Levante

Conduire un tout-terrain haut de gamme peut s’avérer une expérience surprenante. Longue, haute, la Maserati Levante pèse deux tonnes. Son aérodynamique est pourtant intéressante 
(Cx de 0,31), comme le sont les octaves de son V6 biturbo, en 350 ou 430 chevaux. Placée sur la console centrale, 
une commande permet d’amplifier 
la sonorité rageuse du moteur mis au point par Ferrari. Voilà pour l’identité transalpine.

Mais c’est l’agilité de l’animal, 
par exemple en montagne, qui étonne
le plus. Ce comportement dynamique dépend d’un train roulant sophistiqué, au besoin à suspension active, 
qui contrecarre les effets de la hauteur de la caisse. Pas de roulis ou d’inertie ici: 
la Levante se mène avec la précision d’une Ghibli ou d’une Quattroporte, deux des autres modèles de Maserati.Dans l’habitacle, la sellerie cuir rouge vif, sur option, dialogue avec la soie 
de Ermenegildo Zegna. Entre marques de luxe, on se comprend, on s’épaule. Dommage que le coffre soit aussi chiche avec ses 580 litres de capacité. Et que, sur le tableau de bord, l’instrumentation reste analogique, alors que la norme 
est désormais numérique.

Avenir électrique

S’il existe une version diesel de la Levante, une motorisation hybride 
fera bientôt son apparition sous le 
capot effilé de la Maserati. La consommation – quinze litres au cent pendant 
notre essai – et les émissions de Co2 
ne s’en porteront que mieux. L’Urus 
de Lamborghini, agendée pour 2018, devrait également proposer un modèle mi-essence, mi-électrique. Une marque comme Jaguar est encore plus ambitieuse: elle lancera l’année prochaine
l’I-Pace, un SUV 100% électrique. Brûlant la politesse aux géants Mercedes ou Audi, lesquels comptent aussi commercialiser des tout-terrain à batteries lithium-ion.

Il faudra vérifier si Jaguar tient sa 
parole. Sur le papier, les performances de l’I-Pace sont élevées: 400 chevaux, 
un couple de 700 Nm, une autonomie 
de 500 km, une recharge à 80% en 
90 minutes. L’intéressant est ici dans la latitude donnée aux designers par la motorisation électrique. En plus d’être spacieuse, la Jaguar I-Pace offre une silhouette abaissée qui porte le 4x4 vers d’autres codes stylistiques, plus énergiques, plus élégants. Un SUV racé, 
est-ce donc possible? Pendant que 
nous y sommes, quand Ferrari dévoilera-t-il son modèle tout-terrain?Halte-là! le grand patron du groupe Fiat, Sergio Marchionne, a dit et redit qu’il faudra d’abord lui passer sur 
le corps. En 4x4 ou non.


 

A propos de SUV, voir notre essai en vidéo 360° de la nouvelle Tesla:

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