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Le jardin d'agrumes du spa Royal Mansour.
© Lea Kloos

Reportage

Marrakech, repaire de beauté traditionnelle

Au Maroc, les soins «beldi» profitent d’ingrédients miracles qui ne poussent que sur les terres du royaume. Leur usage, loin d’appartenir au passé, est au cœur des gestes quotidiens. Rencontre avec quelques artisans de cette cosmétique ancestrale

Dans sa minuscule boutique, Badr jongle entre les bocaux multicolores. Cristaux d’eucalyptus, boutons de rose, rouges à lèvres à la poudre de coquelicot, cure-dents de fenouil, bois de cèdre, parfums de musc blanc. «Et si votre belle-mère vous enquiquine, j’ai tout ce qu’il vous faut pour vous débarrasser d’elle.» Visiblement rompu aux démonstrations de charme, l’herboriste plaisante, puis se ravise: «En fait, je vous conseille plutôt la racine de Garance. Buvez-la en tisane, c’est idéal pour prendre du poids. Chez nous au Maroc, les belles femmes ont des formes.»

Sur la place des Epices, trouée à ciel ouvert dans le dédale du souk de Marrakech, on compte une trentaine d’échoppes du même genre: de minuscules cabines croulant sous les remèdes et les crèmes miracle. On les appelle les pharmacies berbères, en référence aux premiers habitants du Maghreb, découvreurs et gardiens de cette médecine naturelle.

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Au Maroc, les soins beldi (traditionnel en arabe) ne craignent pas la concurrence des cosmétiques industrielles. Transmis de génération en génération, vantés aux quatre coins du globe, ils traversent les époques et les technologies. Avec une tendance globale portée sur la recherche d’authenticité, la chasse aux conservateurs toxiques et la ruée vers les labels bios, ces produits connaissent aujourd’hui un formidable regain d’intérêt. Face à cet engouement, difficile d’empêcher les dérives mercantiles. Un minimum de vigilance suffit pourtant à dénicher les bonnes adresses et les garants d’une tradition intacte. A Marrakech, ils sont quelques puristes à mettre le respect des produits et l’exigence de qualité au cœur de l’expérience de soins.

La science au service du patrimoine

Le docteur Jalil Belkamel est chercheur en aromathérapie. Il reconnaît que les pharmacies berbères ont du charme et offrent une belle vitrine aux rituels de beauté marocains. Il n’empêche que ces cabinets de curiosité sont exposés à la poussière et que la qualité de leurs marchandises est rarement prouvée. Le fard de coquelicot? «Made in Thaïland.» Les carrés de musc? «Cancérigènes.» En 1997, Jalil Belkamel fondait Nectarome avec un pharmacien et un cosméticien.

Vingt ans plus tard, la marque s’exporte jusqu’au Japon et domine le marché des onguents cosmétiques 100% naturels. Sans tricher sur les chiffres, à la différence de nombreux fabricants qui glissent quelques gouttes de conservateurs ou bâclent les procédés de fabrication sans pour autant sortir des quotas imposés par les labels de certification. L’entreprise marocaine travaille avec des ethnobotanistes et des producteurs soumis à des cahiers des charges précis pour obtenir des matières premières d’excellence. Ghassoul, argan, néroli, henné, eau de rose: son catalogue est un rêve botanique élaboré à partir des joyaux de la terre du royaume. «Nous nous inspirons de recettes millénaires que nous revisitons et adaptons aux besoins contemporains grâce à notre savoir-faire scientifique.»

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«Showroom vert»

Pour expliquer sa vocation, Jalil Belkamel évoque son enfance dans les jupes de sa mère, les journées dédiées au hamam et les virées cueillette. Il reste persuadé qu’il n’y a rien de tel qu’un contact direct avec la plante pour en apprécier les vertus. C’est une des raisons d’être du jardin bio-aromatique de Nectarome.

Situé dans la vallée de l’Ourika à 35 km de la boutique marrakchie mais à des années-lumière du tapage de la ville, cette oasis est le show-room vert de la marque. On y vient pour faire des bains de pieds, acheter les produits de la maison, déjeuner sous la tente ou apprendre à cuisiner avec les graines de la région. Des chats lézardent sur les tables et des femmes dépulpent des noix d’argan, qui seront ensuite concassées, torréfiées et broyées. La production de l’huile a lieu quelques kilomètres plus loin, mais la démonstration fait partie des différents ateliers pédagogiques du jardin, où cinquante espèces sont cultivées dans des parterres en forme d’alambic. Ouvert au public toute l’année, cet éden a plusieurs missions: «D’une part, nous tenons à sensibiliser les visiteurs à la cause du bio et aux défis environnementaux. D’autre part, nous leur apprenons à faire le lien entre un parfum, une plante et l’un de nos produits. Nous avons tout intérêt à ce que nos clients sachent lire une étiquette. C’est le meilleur moyen pour leur faire exiger ce qu’il y a de mieux. Or nous offrons ce qu’il y a de mieux.»

Camilia Belkamel a 29 ans. Elle a récemment rejoint l’entreprise de son père. Responsable du marketing et de la communication, elle accompagne Nectarome vers ses nouveaux objectifs: devenir leader mondial des produits 100% naturels sans jamais sacrifier aux exigences de qualité.

Ecrin de luxe

L’ascension est bien entamée, puisqu’on retrouve les huiles de massage de la marque dans les soins proposés au spa du Royal Mansour Marrakech. Référence absolue du luxe hôtelier, ce palace a ouvert en 2005 pour porter à son paroxysme les trésors de l’art de vivre marocain. On y vante bien sûr les bienfaits ancestraux du hammam et des soins de la peau, revisités à l’aune d’un établissement d’excellence. «C’est vrai, il y a une appétence pour le traditionnel, aussi forte chez les clients marocains que pour les touristes étrangers», reconnaît Stella De Bagneux, la directrice du spa.

Dernièrement, c’est à la source même de la coutume que les experts du spa ont puisé en glanant des recettes transmises de mère en filles dans la vapeur feutrée des bains. Ils en ont tiré trois types d’«enveloppements» – des masques corporels capiteux appliqués à la fin du hammam: dynamique, à base d’argile; relaxant, grâce aux roses de la vallée de Kalaat Megouana; ou gourmand, tout en safran et miel. Des assortiments qui dégagent des parfums de fables orientales et de noces voluptueuses. Ces soins sont élaborés sur mesure à partir de produits naturels et bruts, présentés dans des boîtes à merveilles puis préparés sur place avant d’être appliqués à même la peau. Khadija Roumi se charge du diagnostic capillaire. Le souvenir du peigne de sa mère à l’assaut de son cuir chevelu se mêle au babil des cousines qui s’invitaient entre elles tous les jeudis, jour des bains, pour les soins préparatifs: «On se badigeonnait de savon noir de henné et d’huile d’olive. On rinçait tout en arrivant, et on terminait par une friction d’eau de rose, idéale pour refermer les pores», raconte-t-elle en terminant une potion à base d’huile de figue de barbarie.

Allongés sur une couche de marbre tiède, frictionnés par une main vigoureuse, gommés, enduits, lavés et plongés dans un bassin d’eau froide, puis enfin accueillis sous la verrière d’un jardin d’agrumes avec une assiette de douceurs, les clients repartent avec une certaine idée du soin beldi. Une version idéalisée, certainement différente de celle des hammams populaires, mais en tout cas fidèle aux gestes et aux miracles qui s’y pratiquent depuis des siècles.

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