Ma montre et moi

Mathieu Winkler: «Ma montre, c’est un objet de mon histoire»

Dans chaque édition du «T Magazine», une personnalité raconte le rapport qu’elle entretient avec sa montre et avec son temps

En 2021, il fêtera le 200e anniversaire de l’entreprise qu’il dirige avec son père. A Morges, Moyard, c’est une dynastie dans le domaine de l’architecture d’intérieur et du design contemporain. Une saga familiale dont Mathieu Winkler représente la 7e génération. «J’y suis entré il y a quinze ans. Depuis huit ans, j’en assure la direction avec mon père à mes côtés. Cette année, il a décidé de lever le pied. Je vais donc me retrouver seul à la tête des ateliers», explique le patron de Moyard, qui porte au poignet un modèle ancien de la manufacture schaffhousoise IWC.

«Elle appartenait à mon grand-père, qui l’avait reçu de son frère qui travaillait pour cette marque horlogère. Il était chef d’atelier chez Moyard. Mais il est décédé quelques semaines avant ma naissance. C’est mon père qui me l’a offerte à Noël il y a trois ans. Pour moi, elle un peu comme une trace, une mémoire de mon histoire. J’ai ainsi l’impression de garder sur moi ce grand-père que je n’ai pas connu. Pour dire aussi que je considère une montre d’avantage comme un objet émotionnel que fonctionnel. Je la porte, mais je ne la consulte pratiquement jamais. Je passe ma vie devant des écrans qui m’indiquent constamment l’heure qu’il est», explique Mathieu Winkler qui, en expert des formes actuelles, apprécie aussi cette montre pour son esthétique particulière. «J’adore sa grande simplicité. Elle est fine, toute simple. Il y a juste un cadran blanc avec un logo à peine visible. En cela, elle s’inscrit dans la ligne de ce qu’avait dessiné Max Bill pour l’horloger allemand Junghans. Et puis elle représente cet artisanat, cette tradition et ce savoir-faire pour lesquels je me suis battu, et pour lesquels je me bats encore, dans mon entreprise.»

Primer l'expertise

Chez Moyard, on soigne ainsi la perpétuation de tous les métiers du mobilier: menuisier, ébéniste, tapissier-décorateur. En 2013, Mathieu Winkler lançait même Edition by Moyard, une ligne de meubles avec les designers Olivier Rambert et Singal Moesch. Dans ses ateliers, il organise aussi régulièrement des expositions de photographies et de design. Ah oui, et ne pratique plus de soldes. «Parce que les promotions à tout va et les concepts du type Black Friday m’enragent. A la place, j’ai organisé il y a deux semaines une vente aux enchères silencieuse de certaines pièces directement au magasin de Morges. Dans une semaine, la vente reprend, mais sur internet, où je proposerai d’autres pièces vintage et des meubles plus exceptionnels», reprend celui pour qui l’horlogerie, sans être une passion, est un domaine qui l’intéresse. «De nouveau parce que ceux qui y travaillent sont tous d’immenses talents. Mais comme pour le design, je trouve que c’est un secteur qui pèche parfois par excès d’ostentation. Et qui s’adresse aujourd’hui à une clientèle dans laquelle je ne me reconnais pas.»

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