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Maxime Büchi.
© Zvg

Escapade

Maxime Büchi, le tatoueur suisse dans son écosystème londonien

Diplômé de l'ECAL le tatoueur le plus connu de Suisse a passé la majeure partie de sa vie d’adulte dans l’est londonien. Visite guidée dans ses quartiers d’hier et d’aujourd’hui

Il est 16h sur Kingsland Road. Des enfants en uniforme scolaire se chamaillent sous les abribus, un soleil rasant fait miroiter les flaques, les vendeurs en téléphonie s’égosillent au milieu des klaxons. Dans quelques heures, cravates dénouées, escarpins acérés, la jeunesse assoiffée de Londres convergera vers cette artère hétéroclite qui traverse l’East London en partant de Shoreditch pour sabrer le début du week-end.

Quartier interlope

Maxime Büchi connaît bien ce parfum d’hystérie urbaine qui fait suinter le bitume et clignoter les vitrines des bars. Il est graphiste et typographe fraîchement diplômé de l’Ecole cantonale d’art de Lausanne (ECAL) lorsqu’il quitte la Suisse en 2006 pour venir s’installer dans le nord-est de Londres. La faune est interlope, les loyers raisonnables, la vie nocturne… débridée. Dépaysement immédiat: «J’ai tout de suite été frappé par la densité d’informations de cette ville. Je marchais pendant des heures, je scrutais chaque bout de surface, chaque maison, j’en épluchais les couches et les nombreuses vies.»

Il passe ses premières nuits sidéré par le cri strident des renards en goguette dans les poubelles de sa rue et s’égare le samedi matin dans les étals et les odeurs de Broadway Market. Une institution locale qui s’adapte aux assauts de la gentrification sous le joug de Hackney, ce district de Londres qui englobe «un écosystème très vaste qui s’étend de Hackney Central à Stoke Newington et Shoreditch, et dont Dalston serait le point final.»

Une interview en 2016: Le «self-branding» selon Maxime Büchi

«Le chaos et la grâce»

Entre deux coups de fil, Maxime Büchi avale une salade au Dalston Superstore, un bar-restaurant LGBTQ+, où il faudra revenir, jure la serveuse, pour le disco-brunch du week-end. Ces nuits de pérégrinations sont loin. Lui-même n’a plus rien du jeune apprenti qui trempait ses aiguilles chez les maîtres du genre. Son studio Sang Bleu, ouvert en 2014 sur Dalston Lane, deux ans avant celui de Zurich, est un petit empire familial qui déborde largement du domaine du tatouage. Interdisciplinaire, à la fois directeur artistique, éditeur, consultant, designer et entrepreneur, Maxime Büchi est à l’image de Londres, sa ville de cœur: «J’aime cet endroit parce que le chaos et la grâce s’y côtoient en permanence. C’est en vivant ici que j’ai compris que l’on pouvait être cohérent dans la diversité et rester stable tout en évoluant. Ce mouvement perpétuel, très différent de la Suisse, a largement contribué à forger mon identité.»

A l’heure où tout le monde s’engouffre dans les pubs, Maxime Büchi pousse une porte cachée au fond d’une cour pavée de maisons en briques rouges – c’est la crèche de sa fille aînée. Désormais père d’une famille nombreuse, il a reconfiguré ses repères et découvert d’autres manières d’arpenter la ville: «Avant, je terminais mes soirées à l’Efes Snooker Bar. C’est un centre culturel turc et un club de billard. Mais c’était aussi l’un des seuls endroits ouverts après 2h du matin. Forcément, les fêtards en ont fait leur rade.»

Papilles comblées

Désormais, il préfère épier les biches de Clissold Park ou déambuler dans les allées d’Abney Park, un cimetière du XVIIIe siècle où lierre et fougère sauvages ressuscitent les vestiges de stèles victoriennes. Une promenade hallucinée qui débouche sur Church Street, ses façades coquettes, ses boutiques pop et ses pâtisseries aguicheuses. L’humeur des papilles commande au déjeuner: The Good Egg pour un brunch méditerranéen ou chez Rasa pour les spécialités végétariennes du sud de l’Inde.

J’aime cet endroit parce que le chaos et la grâce s’y côtoient en permanence

Maxime Büchi

S’il s’agit d’un repas du soir, retour sur Kingsland Road pour un passage obligé au très contemporain Rotorino – bar en briques, plafonds boisés, banquettes en alcôves, arancini au safran et onglet alla calabrese – la gastronomie italienne finit toujours par l’emporter. Les budgets plus restreints lui préféreront le Mangal II, dont les vitrines sont bardées de trophées touristiques. Ce restaurant stambouliote, très apprécié pour ses grils au charbon, est aussi la cantine préférée des artistes Gilbert et George: «Dalston est un quartier qui brasse à la fois des adresses accessibles et des lieux très pointus. Désormais, une épicerie jamaïcaine peut très bien côtoyer un bar à macchiato

Soirée embuscade

C’est le propre de l’embourgeoisement urbain. On pourrait comparer cette mutation à celle du tatouage. L’ancien pré carré des maudits, autrefois réservé aux soldats, aux bikers, aux taulards ou aux marins, s’est popularisé jusqu’à devenir mainstream. Pour Maxime Büchi, c’est une chance: «Nous sommes entrés dans l’âge d’or du tatouage. La qualité n’a jamais été aussi bonne, il y a du travail pour tout le monde. De la haute couture au design industriel, de nombreuses disciplines de l’art viennent toquer à notre porte.» Aujourd’hui, le studio Sang Bleu London fait travailler une quinzaine d’artistes, choisis par affinité et par style.

Le meilleur moment pour se faire tatouer? «En fin d’après-midi, pour enchaîner la soirée en allant boire un verre au Pamela.» Sa façade grise est un faux ami. Au Pamela, on boit des cocktails fluorescents dont les noms sonnent comme des embuscades, on grignote au gré des résidences culinaires et on s’affale dans des banquettes longues comme la nuit – le genre de lieu dont on ne ressort pas indemne. Mais tout le monde n’aime pas s’abîmer sans raison: ces soirs-là, Maxime Buchi va en voisin à l’Oto Bar. Difficile de deviner que derrière leurs vitrines encombrées de cactus se cache un club de musique expérimentale dont la réputation recrute bien au-delà de Dalston Junction, tout comme leur sélection de whiskys japonais.

Le dimanche matin cogne sous les tempes? Avec ou sans poussette, on se rue au Columbia Road Flower Market. Mauve mimosa, jaune tournesol, blanc tulipe: les pavés londoniens, hier encore meurtris par les foulées noceuses, se drapent soudainement de leurs atours impressionnistes. «Repartez par l’aéroport de London City. En décollant, l’avion rase les immeubles du Barbican et les gratte-ciel de la City. J’adore voir ces lignes qui tracent vers le ciel.» Des fleurs aux bâtiments, l’œil du designer finit toujours par redessiner sa ville.


Y aller: Genève-London City Airport à partir de 180 francs/personne.

Où dormir: Ace Hotel London Shoreditch, à partir de 230 francs/nuit.


Adresses:

Broadway Market
Broadway Market London E8 4QJ
broadwaymarket.co.uk

Dalston Superstore
117 Kingsland High St, London E8 2PB
dalstonsuperstore.com

Sang Bleu London
29B Dalston Ln London E8 3DF
tttist.com/sangbleulondon

Efes Snooker Bar
17B Stoke Newington Rd, Stoke Newington, London N16 8BH

Clissold Park
Green Lanes, Stoke Newington, London N16 9HJ
hackney.gov.uk/clissold-park

Abney Park
215 Stoke Newington High St, Stoke Newington, London N16 0LH
abneypark.org 

The Good Egg
93 Stoke Newington Church St, Stoke Newington, London N16 0AS
thegoodegg.co

Rasa
55 Stoke Newington Church St, Stoke Newington, London N16 0AR,
rasarestaurants.com/rasa_n16.php

Il Rotorino
434 Kingsland Rd, London E8 4AA
rotorino.com

Mangal II
4 Stoke Newington Rd, London N16 8BH
mangal2.com

Pamela Bar
428 Kingsland Rd, London E8 4AA
pamelabar.com

Cafe Oto
The Print House, 18-22 Ashwin St, London E8 3DL
cafeoto.co.uk 

Columbia Road Flower Market
Columbia Rd, London E2 7RG
columbiaroad.info

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