chronique

Meghan/Black Swan

OPINION. Il y a Meghan Markle, l’actrice métisse qui s’en ira épouser le prince Harry le 19 mai prochain. Et sa future belle-sœur, Kate. La chronique de Stéphane Bonvin

Regardez-les, ces deux-là, sur Instagram ou en une des magazines. L’une se retient de sourire en y mettant trop de dents. L’autre s’efforce de desserrer ses lèvres pour esquisser un smiley de Joconde contrariée.

La première, c’est bien évidemment Meghan Markle, l’actrice métisse qui s’en ira épouser le prince Harry, le 19 mai prochain. Sur les photos, Meghan rit sans complexes, en bonne Américaine habituée des tapis rouges. La deuxième, c’est tout naturellement sa future belle-sœur, Kate, qui a marié, oui, «marié», du verbe «marier», pris ici dans son sens populaire, éminemment transitif et actif, mais je m’égare, donc je reprends: Kate qui a marié ce bon vieux chauve de William, Kate dont le sourire imperméable rappelle celle d’une Supernanny ayant forcé, en vain, sur le Total Rescue.

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Tout les oppose

Meghan l’Américaine et Kate la Britannique. Meghan la métisse et Kate la blanche. Meghan la comédienne aux convictions féministes, et Kate la femme programmée pour marier un patrimoine. Meghan qui s’est fait un prénom, Kate qui s’est payé une lignée… Ces deux-là finiront-elles par se détester comme Lady Di et sa belle-sœur Sarah Ferguson? En attendant, ce n’est plus seulement un mariage qui sera célébré le 19 mai entre Harry et Meghan Markle. C’est le lancement, soutenu par plein de teasers, d’une série télévisée avec personnages bien dessinés, oppositions clairement marquées et camps nettement tranchés. Même les époux s’opposent comme des personnages de téléréalité: William le sage et Harry le turbulent; William le chauve au teint de bébé et Harry le cadet déjà fatigué par les fêtes. William le blond duveteux et Harry le roux décoiffé – les roux sont souvent les méchants de l’histoire, même au pays de Shakespeare.

Tout le monde s’accorde à dire que Meghan est une exception. Descendante de lointains esclaves par sa mère métisse et prof de yoga, elle est la fille d’un Irlandais. Elle est la première des Royaux qui aura été une star avant son mariage – Meghan était jusqu’à ses fiançailles une comédienne «banquable» au box-office. Elle ne cache pas ses convictions féministes. Elle est divorcée et fille de divorcés. Toutes choses qui lui valent des haines tenaces de la part d’une minorité raciste (les autres). Et des sympathies éplorées de la majorité (nous).

Nos vies, comme des séries

D’où vient que tout cela semble avoir été écrit par un scénariste de Netflix? De ce que, abreuvés de séries télévisées, nous ne voyons plus nos vies que comme si elles étaient des synopsis prémâchés? De ce que le storytelling, cette façon de transformer l’Histoire en histoires, a pris le pas sur l’aventure, l’imprévu, la place laissée à l’inconnu? Est-ce parce que, aujourd’hui, tout le monde et n’importe qui (à commencer par le soussigné), a trop lu de ces manuels de psychologie qui classent nos vies hasardeuses en processus?

En sociologie et en politique, on appelle «cygne noir» un événement que personne n’avait prévu, ou un phénomène que personne n’avait imaginé, mais qui arrive quand même et qui entraîne de profonds bouleversements. Comme la découverte, en son temps, qu’il pouvait y avoir des cygnes noirs. Meghan la métisse jouera-t-elle ce rôle? Ou ne servira-t-elle, un temps, qu’à divertir la basse-cour, en attendant que reprennent l’ordre des cygnes blancs et celui de notre idolâtrie pour eux? J’ouvre les paris. Bonne chance, Meghan.


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