Un jour, une idée

Le meilleur chardonnay du monde a vu le jour à Peissy

Le chardonney du domaine Les Perrières à Genève se hisse parmi les 10 meilleurs chardonnays du monde. Histoire d’une réussite familiale vieille de 220 ans

Un jour, une idée

De l’or pour le chardonnay du domaine Les Perrières à Peissy

Chez les Rochaix à Peissy, demandez Bernard. Le père, le patriarche. A 68 ans, c’est autour de lui que tourne le domaine familial Les Perrières, 220 ans d’âge, sous la bruine qu’un rayon de soleil transforme en poussière d’or, ceint d’une centaine d’hectares de vignes dont seize en propriété. D’or encore, ses grappes, puisqu’il vient de hisser son Chardonnay de Peissy, Genève AOC, élevé en fût de chêne 2012, sur la première marche du podium au concours international des meilleurs chardonnays du monde 2015: nez expressif aux arômes d’agrumes, de vanille et de pain d’épices, riche et élégant en bouche. La troisième fois qu’il obtient de l’or pour Genève en terres bourguignonnes.

Chez les Rochaix, demandez ensuite le fils Fabian et la fille Sandrine. La huitième génération. Ce n’est pas encore manifeste, mais ce sont eux qui sont aux commandes. Déjà, le patriarche a lâché du lest, mais sur le papier seulement: «Je ne suis plus qu’usufruitier et me retire progressivement des affaires. Lorsque j’aurai 70 ans, les enfants devront tout faire tout seuls.» Mais pour le moment, ni le domaine ni la vigne ne font sans lui. Et puis, un détail qui ne trompe pas: aux Perrières, c’est le patriarche qui reçoit.

Mais demandez aussi Sébastien Schwarz. L’œnologue qui marie vinification classique et dernières techniques de son art, «vous pouvez dire le maître». L’or des médailles, il est dans ses cuves où fleurit une grande diversité de cépages: aligoté, chasselas, pinot blanc et gris, sauvignon blanc, chardonnay, muscat, viognier pour les blancs; gamay, pinot noir, gamaret, garanoir, cabernet sauvignon, merlot pour les rouges. Sans oublier le Château de Choully 1er Cru, vin d’exception, vin confidentiel.

Chez les Rochaix, demandez encore Christine, la compagne de Bernard, qui s’occupe du secrétariat de l’entreprise de 25 employés «et du moral du patron». On imagine mal qu’il ait pu lui en manquer, lui qui reprit l’exploitation des mains de son père en 1972, et qui, créateur intempérant – hyperactif dirait-on aujourd’hui –, tentera même sa chance en Tasmanie avec une fortune contraire. «On a travaillé dix ans sur notre vignoble australien, pour lequel j’avais hypothéqué Les Perrières. Hélas, ça n’a pas marché et je suis rentré avec les dettes! Et cette vie trépidante m’a aussi coûté quelques mariages!»

Chez les Rochaix, il ne faut pas manquer de demander Emmanuel et Frédéric, les deux derniers fils, grandis au soleil d’Australie. Si l’un est aujourd’hui à Sydney et l’autre à Zurich, ils sont copropriétaires des Perrières. Et leur père espère bien qu’un jour, ils y reviendront. Prière ou plaidoyer: «Parce qu’une entreprise viticole, voyez-vous, c’est un prêt. On la reçoit pour la transmettre à sa descendance. Laquelle n’a pas franchement le choix, car on n’a pas le droit d’en disposer autrement. A cause de tous ces gens avant vous qui ont souffert, qui ont transpiré, qui se sont battus pour cette terre.»

Alors demandez enfin, chez les Rochaix, l’aïeul, et l’aïeul avant lui, ceux qui suent en bras de chemise près des tonneaux de vin sur la photo noir et blanc. Ceux qui, lors des déjeuners dominicaux, «tenaient le haut du pavé parce qu’ils faisaient de la politique, un grand-oncle conseiller d’Etat, un grand-père député». Tous radicaux, tous unis, façon grande famille, «un peu tribale, paternaliste beaucoup». Et ainsi, tout naturellement, vous demanderez, chez les Rochaix, Valentin et Mia, les petits-enfants. Nés avec des médailles d’or autour du cou, des chaînes qu’ils apprendront à aimer.

Les Perrières, Cave & Domaine. Route de Peissy 54, Peissy/Satigny. 022 753 90 00, www.lesperrieres.ch

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