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préparation d’un onguent énergisant par un spécialiste des soins à l’Espace Henri Chénot. 
© Stefano Scata

Corps

A Merano, dans la cure des grands

Fondé en 1995 par le Français Henri Chénot, le centre de soins italien attire les célébrités. 
Il est aussi ouvert au simple péquin. Test

Il y avait toutes ces images auxquelles il était difficile de croire. La stupéfiante métamorphose de Didier Deschamps, par exemple. De boule de graisse à la fin de ses années marseillaises, l’actuel sélectionneur de l’équipe de France de football était devenu sec comme un triathlète après son passage dans le Sud-Tyrol. Et ces multiples célébrités parties se ressourcer l’œil vitreux et le visage long après des mois d’excès, pour revenir de là-bas avec une peau de bébé.

Et puis il y avait ce nom: Merano, comme un code indéchiffrable, une formule pour désigner une terre à la fois promise et incertaine. Un mystère entretenu voilà quelques années par une énième gaffe de Johnny Hallyday, monumentale celle-là, racontant qu’il y avait croisé Zinedine Zidane «venu se faire changer le sang» avant la Coupe du monde de 2006. Ceux qui savent disent «aller à Merano», mais c’est quoi, Merano? Une ville, une clinique, un centre souterrain?

Repas chiches

Nous voilà donc parti à la pêche aux renseignements, pour nous rendre compte que s’y trouvait un palace, éponyme de cette petite bourgade d’Italie du Nord, et qu’il était ouvert à tous à condition d’y mettre le prix (voir encadré). Et que l’endroit, fondé en 1995 par Henri Chénot, un Français de 72 ans, diplômé en psychologie mais surtout spécialiste de médecine chinoise et d’étude scientifique du corps humain, pouvait représenter la dernière chance pour un quinquagénaire bedonnant de reprendre forme humaine. Et ainsi échapper aux multiples punitions: le regard des autres, toujours fixé sur cet incurable embonpoint; les douleurs lancinantes, fruit d’entorses répétées. Après tout, si «Merano» avait fait des miracles sur la ligne d’André-Pierre Gignac, le footballeur-bibendum, pourquoi pas sur la nôtre?La première fois que vous y mettez les pieds, c’est l’ambiance qui vous frappe. D’habitude, les palaces avec moquette de huit centimètres et lustres centenaires proposent une carte qui s’accorde avec le cadre: vins fins, whiskies sans âge et plats roboratifs. Rien de tout ça ici où il n’y a que des thés et des tisanes derrière le comptoir, et un menu imposé sans négociation possible. Pas de dress code non plus: le lieu est exclusivement réservé aux curistes qui peuvent s’attabler en peignoir ou en survêtement sans choquer personne.Sinon, le luxe s’est installé à tous les étages, surtout celui des soins: l’hydrothérapie, les massages, la piscine, le sauna, rien que du top niveau facile à encaisser. Le reste, un peu moins. Parce qu’il faut être prêt avant de venir ici se faire «détoxer». L’arrêt brutal de la caféine provoque des maux de tête, et la purge porte très bien son nom, pas besoin de s’attarder sur les détails. Les repas? Certes bien assaisonnés, avec une note artistique maximale. «Gratin de tofu et seitan», «potiron au four et poire marinée», c’est très bien dit, mais ça reste chiche. C’est le prix à payer du voyage. On a choisi d’éliminer? Très bien, mais ça va secouer un peu tous les sens.

Corps remis à plat

Le bilan d’une semaine de traitement? A ceux qui attendent une fonte de poids aussi rapide qu’un glacier alpin en plein réchauffement climatique, c’est raté. Juste trois petits kilos, ou cinq si vous partez de très haut. L’apparence? C’est mieux au niveau de l’enveloppe extérieure, pour sûr, mais juste mieux. En même temps, vous feriez confiance à un centre de cure qui vous promet quinze kilos en moins pour une seule semaine de soins? «La perte de poids n’est qu’une conséquence, pas un objectif», dit-on ici. Où 75% de la clientèle est constituée par des «repeaters», preuve que ceux qui sont déjà venus sont nombreux à en avoir identifié les bienfaits. Car l’intérêt principal de Merano est ailleurs.On ne vient pas pour faire un régime, on sait très bien que ce n’est que du vent pour meubler les pages des magazines féminins et exploiter le désespoir crédule de celles et ceux qui n’y arrivent plus. Bien plus qu’un organisme débarrassé de ses toxines et de ses tensions, le corps subit une remise à plat générale: analyses sanguines exhaustives, scanner pour cibler les zones à traiter, visites médicales quotidiennes, et diététicien qui vient faire le point avec son patient. C’est là qu’il faut confesser ses pêchés mignons: les grignotages permanents, les petits verres qui deviennent de plus en plus grands, le fromage comme coupe-faim trop systématique, et tout le reste. Pour se faire gentiment recadrer, réapprendre à se nourrir et éviter de commettre les mêmes erreurs en rentrant chez soi.

Médecine chinoise

Mais le clou de la revue de détail reste le bilan énergétique, qui surprendra les plus ignorants des bienfaits de la médecine chinoise. C’est ici que se détermine ce qui vous pompe trop d’énergie, avec des instruments de mesure pas forcément communs. Ici qu’on vous explique ce qu’il faut faire pour rester en forme. Car la voilà, la véritable clé: connaître les recettes pour se préserver du stress et du reste, histoire d’éviter les sorties de route. Parce qu’il est plus facile d’entretenir une machine que de la réparer. On en profite pour vous rappeler cette évidence historique: il y a 2500 ans, les médecins asiatiques demandaient à être payés seulement si leurs patients ne tombaient pas malades. Dans le cas contraire, ils estimaient avoir failli à leur mission de prévention, et refusaient la moindre obole. «Ceux qui viennent pour la première fois sont surpris et vivent ce que les Anglo-Saxons appellent une «life changing experience», un événement qui va bouleverser votre vie. C’est une occasion unique d’apprendre sur soi», jure le manager du palace, Maximilian Newiger. Ou de réapprendre, pour ceux qui se connaissaient déjà pas mal, mais qui n’avaient plus la lucidité de bien se comporter.

Un nouvel espoir

Du simple verbiage pour gens fortunés? Vrai que ce serait très facile de céder à l’ironie snobinarde pour se moquer du marketing double face utilisé ici: le premier, plutôt tapageur, qui surfe sur la mode du mot «détox»; l’autre, bien plus subtil, qui consiste à ne jamais communiquer sur le nom des stars qui défilent, mais laisse la rumeur enfler pour devenir information. Mais ce serait injuste et définitivement anachronique. Aujourd’hui, l’homme moderne est pressé, dans les deux sens du terme. Stressé aussi, et avec les années, il devient difficile de tout évacuer. Il a besoin d’aide pour y arriver. Il n’y a pas si longtemps, c’était une preuve de faiblesse de l’avouer. Aujourd’hui, on peut le revendiquer sans passer pour une chochotte. Affirmons-le donc sans même rosir: l’espoir revient après un passage par Merano. Et ça, ça n’a pas de prix.

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