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Une île sur le lac de Bled. La carte postale de la Slovénie.
© Olivier Joly

Voyage

Merveilles cachées de la Slovénie

Encore peu touristique, le petit pays au carrefour des Alpes,de l’Europe centrale et de la Méditerranée conjugue l’art de vivre et une nature forte. Il est même possible d’y observer l’ours brun dans son milieu naturel…

L’homme enfile sa veste de chasse, son chapeau en feutre, un sac à dos chargé d’une couverture en laine. Il met un doigt sur sa bouche avant de désigner les branches au sol. Le message est clair: attention, leur craquement s’entend de loin. Il se met en marche à travers la forêt. Malgré sa silhouette imposante, sa démarche est légère. Pour l’adolescente qui le suit de près, ce rituel a tout d’un jeu. Mais un jeu sérieux. Car il n’y a qu’au prix du silence qu’il est possible d’approcher le maître des forêts de Slovénie: l’ours brun. Le garde forestier s’approche de l’affût, jette un œil, et esquisse un sourire en se retournant. L’animal est au rendez-vous…

Le voyage avait commencé devant un paysage de conte de fées. Au cœur des Alpes Juliennes, au bord d’un lac, Bled a de faux airs du royaume d’Arendell, dans La Reine des neiges. C’est la carte postale de la Slovénie. L’un des seuls lieux touristiques d’un petit pays (20 273 km2) encore ignoré des circuits de masse, pour le bonheur de ceux qui tentent l’aventure. Car avec ses lacs, ses montagnes, ses vignobles, ses grottes, son littoral et son art de vivre au carrefour de l’Europe centrale et de la Méditerranée, la Slovénie a beaucoup à offrir. Même pour Dalva, jeune fille de 11 ans, qui ne connaissait le pays que de nom, avant d’y voyager.

Poème en vert

A une demi-heure seulement de l’aéroport de Ljubljana, Bled est la porte d’entrée aux charmes de ce pays. On peut flâner sur les promenades bordant le lac. Prendre une barque, y glisser un panier pique-nique et aborder l’île, avec son église néogothique. Pour admirer le cadre dans son ensemble, l’idéal est de grimper sur l’une des collines environnantes. On jouit alors d’une des plus belles vues d’Europe, à la saison des neiges ou quand le vert reprend ses droits. Au printemps, le pays en est un incroyable camaïeu, du sapin sombre au tendre des prairies.

A 30 km du lac de Bled se trouve celui de Bohinj. Moins urbanisé, plus isolé, plus sauvage. L’eau y est aussi plus froide pour les baigneurs. Le Parc national du Triglav est le seul du pays. Dessiné sur le drapeau slovène, le Triglav culmine à 2864 mètres d’altitude, à proximité des frontières italiennes et autrichiennes. De nature karstique, le parc est sillonné d’innombrables rivières, cascades, canyons, vallées. La plus spectaculaire est celle de la Soca (prononcer Sotcha). Une rivière d’une sublime couleur turquoise, due au calcaire qui en tapisse les fonds. C’est le long de la Soca, à Bovec, que la jeune Dalva a rendez-vous pour son baptême de rafting.

Aux commandes, pagaie en main, Najc est un athlète, comme nombre de Slovènes. «Je pratique le ski, l’escalade, le canoë, le rafting, le vélo, selon les saisons, sourit-il. Notre pays est un hymne à la nature et au sport.» Même pour une jeune fille inexpérimentée, les gestes du rafting s’apprennent vite. Le parcours n’est pas très relevé (classe 3 sur 5), mais les roches et les rapides électrisent les sensations. Les combinaisons de néoprène tiennent au chaud, même sous une pluie fine. Au fond du canyon, sous le regard des cincles plongeurs et des busards, on se sent loin de tout sur la Soca.

La maison dans la forêt

Un peu plus loin, voici Lipica, halte incontournable pour les amateurs de chevaux. Depuis la route, on distingue les robes grises, presque blanches, des lipizzans musardant sous les tilleuls. Les bêtes tirent leur nom de ce lieu, où le premier haras fut ouvert en 1580 à l’initiative de la famille impériale des Habsbourg. Ils font encore aujourd’hui la fierté de l’école espagnole de Vienne. Un spectacle d’une heure propose des démonstrations de dressage. Avec leur taille moyenne, leurs articulations fortes et leur intelligence, ces chevaux dits «baroques» parviennent à une maîtrise parfaite en manège. Il est possible de visiter les haras. Voire de monter. On peut aussi observer les lipizzans en liberté, tout simplement.

Il y a tant à voir aux alentours. A deux pas, les grottes de Skocjan, inscrites au patrimoine mondial de l’Unesco; celles de Postjona, si vastes qu’on y circule en train; la région de Brda, sorte de petite Toscane slovène, aux collines voluptueuses couvertes de vignes; Piran, village blanc interdit aux voitures, posé sur une péninsule face à l’Adriatique (la Slovénie compte 45 km de côtes); l’église médiévale fortifiée de Hrastovlje, célèbre pour ses fresques représentant la danse macabre, symbolisant l’égalité des hommes devant la mort; Velicka Planina, village aux huttes en bois, sur un plateau isolé; Ljubljana, capitale verte européenne en 2016… Les distances sont si courtes qu’aucune de ces merveilles n’est loin de l’autre.

Dans la région du Karst, les propriétaires de la maison d’hôtes Ursae Vallis ont fixé le rendez-vous dans le village de Pivka. «Il est difficile de trouver notre maison dans la forêt. Mieux vaut me suivre», glisse Marjetta, pétillante sexagénaire aux cheveux roux. Avec son mari Anton, dit Toni, garde forestier de la réserve de Sneznic («la montagne des neiges»), ils proposent d’observer l’ours brun dans son milieu naturel. Peu avant le crépuscule, quelques-uns des 120 palmipèdes du coin sont attirés dans des clairières, où du maïs a été déposé à leur intention. Les chances de les voir tournent autour de 95%. Même par temps frais avec de la neige au sol, des conditions qui font regretter à ces animaux délicats d’être sortis un peu tôt de leur hibernation…

Terre de prédateurs

Devant l’affût où Toni a guidé Dalva, silencieuse mais pas rassurée, se tient un ours, à une trentaine de mètres. «Une jeune femelle, un peu plus de 100 kilos», chuchote Tony. L’observation durera un quart d’heure, avant que la gourmande ne passe son chemin. Plus loin, un de ses congénères, plus massif, se laissera voir cinq minutes. Avant qu’un frottement de tissu contre le banc situé dans les arbres ne le fasse détaler. Car ce ne sont pas des animaux de cirque, mais bien des bêtes sauvages.

Ce soir-là, après que Toni a débusqué deux cerfs rouges dans les sous-bois, on devine un dernier ours à cinquante mètres de sa maison. Les volets sont déjà fermés, afin que la lumière ne dérange pas la faune. Toni respecte infiniment les ours. Il est une sommité dans son domaine. C’est lui qui a capturé plusieurs individus envoyés dans les Pyrénées. La réserve de Sneznic est l’un des seuls endroits en Europe où cohabitent les trois grands prédateurs: ours, loups (une vingtaine d’individus) et lynx (quatre couples au moins). Le lendemain matin, Toni montre des traces d’un ours à deux pas de la porte. Il est venu sans bruit. Dalva n’a rien vu. Elle poursuivait son beau voyage au pays des rêves.


Y aller

Vols directs depuis Zurich (1h) ou avec une escale depuis Genève (3h40), à partir de 220 francs suisses environ, sur la compagnie slovène Adria Airways

En voiture, il faut 9 heures seulement pour rallier Ljubljana au départ
de Genève.

En voyage organisé

Voyageurs du monde propose des circuits itinérants sur mesure, incluant notamment des nuitées à Ljubljana, Bled, Dobrovo (au cœur de la région des vignobles), Piran, ainsi que dans la maison d’hôtes spécialisée dans l’observation des ours, Ursae Vallis. Le tarif tourne autour de 1500 euros la semaine, vols et location de voiture inclus. Voyageurs du monde, 19, rue de la Rôtisserie, Genève, 022 518 04 94

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