Défilés

A Milan, on rhabille l’homme pour l'hiver

La «fashion week» italienne dessine les tendances 
de la mode masculine. Le velours fait son grand retour et le sport redonne un coup de jeune au costume classique

De quoi la garde-robe de l’homme sera faite l’hiver prochain? Pour le savoir, direction Milan, où, chaque début du mois de janvier, les fashionistas débarquent en masse pour la première fashion week de l’année. En 2017 cependant, Milano Uomo a d’abord été marquée par un bouleversement dans son calendrier. Certains des défilés les plus attendus seront désormais déplacés. C’est le cas de ceux de Gucci et de Bottega Veneta, qui feront leurs présentations lors de la Semaine du prêt-à-porter, toujours à Milan, mais à la fin de février.

Sport couture

Dans la surexcitation qui agite la capitale lombarde de la mode, tenter de dégager une tendance, c’est toute une affaire. D’autant que cette année, les collections apparaissent disparates, comme si chaque designer avait eu l’ambition de créer sa propre «mode». Une chose est sûre: après Londres et Paris, l’Italie succombe, elle aussi, au sportswear.

A Milan, aucune maison n’en réchappe vraiment. Jusqu’à Philipp Plein qui lançait Plein Sport, sa première marque d’activewear de luxe. La frontière entre les silhouettes classiques et les sportives se fait de plus en plus ténue. Pour les créateurs, le terrain de jeu s’élargit d’un coup avec des matières techniques qui peuvent désormais s’appliquer aux coupes classiques des costumes.

C’est le cas d’Alessandro Sartori, qui signe sa première collection pour Ermenegildo Zegna. «Back to the roots», le retour aux sources, se déroule dans l’installation monumentale The Seven Heavenly Palaces de l’artiste allemand Anselm Kiefer exposée au Pirelli HangarBicocca. «Une œuvre qui prend vie avec des matières pures. Son esthétique ultra-sophistiquée se marie parfaitement avec les contrastes que nous avons développés dans la collection», explique le nouveau directeur artistique de la marque italienne. Ici, le travail méticuleux sur les lignes, très franches, se combine avec un mélange de matières nobles, précieuses et légères.

Nouveau lexique

A mi-chemin entre le costume classique et le sportswear, deux univers trop souvent opposés, la collection d’Alessandro Sartori combine les grandes tendances de la saison. Un mariage réussi où les luxueux pantalons de costume rencontrent des hoodies en néoprène portés avec un col roulé blanc et un pull en mailles plus traditionnel.

Car oui, l’ensemble-survêtement montre la voie cet hiver. Le pantalon de sport ne se cache plus. Fendi l’associe à un sweater zippé de cycliste équipé d’accessoires (cache-oreilles et sacs) bardés de slogans positifs: «yes», «bliss», «try», «fantastic», «hope». Un tout nouveau langage bouleverse le vocabulaire châtié du tailoring. Et c’est tant mieux.

Dsquared2 entre dans le jeu. Le label des frères Caten lance une collaboration avec K-Way. Entièrement brodé de petits jais noirs, jamais on aura vu de coupe-vent aussi flamboyant que celui designé par les jumeaux canadiens. Tandis que MSGM, en collaboration avec Diadora, apporte lui aussi cette touche «couture» à la tenue sportive en associant un manteau oversize ton sur ton avec un jogging. Manière de dire aussi que les marques de sportswear s’invitent dans le luxe. C’est Rossignol et Tommy Hilfiger (vu à Pitti Uomo à Florence début janvier), c’est Wood Wood et Champion (vu à Milan juste après).

Là-haut sur la montagne

Du coup, le luxe s’adapte à son tour à cette nouvelle donne. Il est désormais convenu que l’homme ne doit plus être tiré à quatre épingles. Même la doudoune, longtemps méprisée par la mode, retrouve sa place sur les stenders. Chez Etro, on assume le look montagne avec des pantalons de ski aux motifs très seventies accordés avec des après-ski, des lunettes de soleil et un bonnet en laine épaisse. N21 se lance dans la veste à duvet color block et opte pour un look légèrement décalé avec des derbies à grosses semelles cramponnées inspirées des chaussures de marche.

Thom Browne, lui, prend de la hauteur. Pour Moncler Gamme Bleu, le designer américain revisite l’univers de la grimpe. Ses rayures deviennent l’emblème d’une collection pour varappeurs stylés où les grandes parkas et les doudounes sont équipées de mousquetons et de cordes d’escalade. Quitte à en rajouter une couche: doudoune sur doudoune, sur veste, qui recouvrent un gilet d’homme bien taillé… Un côté conquérant des sommets plus qu’assumé, mais qui reste élégant: on est quand même à Milan.

Velours toujours

Giorgio Armani le sait mieux que personne. Le styliste propose à sa clientèle une garde-robe très chic quoique peut-être plus jeune qu’à l’accoutumée. Son bomber de smoking est en cela le meilleur exemple.

La semaine de la mode italienne n’abandonne donc pas totalement ses grands classiques. La preuve? La matière reine cette saison reste le velours. Qu’il soit côtelé ou bien lisse, il est absolument partout sur les pantalons, les vestes… La toute nouvelle marque Miaoran l’adopte pour des ensembles violets, très brillants, et l’adapte en trench couleur vieux rose posé comme un nuage sur les épaules des garçons. De son côté, Brunello Cuccinelli le transforme en bomber ténébreux, tandis que Dolce & Gabbana marche sur du velours avec ses mules princières.

«Orange is the new black»

Prada s’intéresse aussi au corduroy. La maison milanaise l’utilise dans la confection de costumes entiers, de bérets et de parkas très seventies. Ce qui confère à celui qui les porte un genre sophistiqué parfois suranné. Un petit air légèrement vintage que l’usage de coquillages en collier vient encore un peu plus appuyer. Ce retour du rétro, Miuccia Prada en joue dans ses pull-overs à grosse laine. Quitte à en faire des tableaux représentant une ville en bord de mer, un village, une composition abstraite pour des looks un peu hippies, un peu bohèmes.

Cette maille très épaisse, Missoni l’interprète autrement. Ses pulls affichent des cols montants où les couleurs vont en se dégradant et se coordonnent avec un bonnet de même facture. L’ensemble se veut chaleureux et rassurant. Les pièces n’épousent pas le corps de l’homme, mais le laissent se mouvoir à sa guise. Les tons Missoni, signature de la maison, illuminent son allure, surtout lorsqu’ils tirent sur l’orange. L’orange justement. A Milan, il s’impose chez Marni, Salvatore Ferragamo, Prada, Missoni et Damir Doma. «Orange is the new black», entendait-on dire en quittant ces défilés solaires. Et sous le stratus, personne n’affirmera le contraire.

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