Vers la fin de l’entretien, il lâche cette phrase un peu trop éloquente: «Je suis fasciné par cette capacité qu’ont certains artistes de laisser leurs pièces être mal installées… » Et puis, voyant qu’on lève un sourcil, il se ravise et la conversation passe à autre chose. Mais la phrase reste là, comme suspendue dans un rayon de soleil poudré. Ce matin d’automne à Paris, Charles Zana présente sa nouvelle collection de mobilier en autoédition. Une étape importante pour cet architecte et remarquable ensemblier (il a réalisé, entre autres, les aménagements de l’Hôtel Lou Pinet à Saint-Tropez, les bureaux de Condé Nast à Paris, et plusieurs résidences de luxe au bord du Léman): il va devoir apprendre à laisser vivre ses meubles dans des environnements qu’il n’aura pas conçus lui-même. «C’est comme laisser ses enfants quitter la maison, dit-il. Un jour, on sent qu’ils ont la maturité pour, alors on les laisse partir.»