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Journal des défilés (6)

Mode de transport

Les défilés féminins pour l’automne-hiver 2012/2013 se sont achevés à Paris. Louis Vuitton prend le train des années 1920 pendant que Chanel voyage dans une forêt de cristaux

Qu’est-ce que s’habiller, sinon partir pour mourir un peu moins? Qu’est-ce que la mode, sinon une façon de voyager en se faisant croire que tout est moins immobile? Qu’est-ce que la valse des tendances, sinon une impression de mouvement?

Il est dix heures pile sous l’horloge de la gare du Louvre, à Paris, et le lieu incite à rêvasser mode et voyage. Quoi? Mais qu’est-ce que c’est que cette histoire? Une gare au Louvre? Parfaitement, parce que dans la nuit de mardi à mercredi, un quai de théâtre a été installé à un jet de la Seine, dans la Cour Carrée du musée parisien, rien que pour servir de décor au défilé Louis Vuitton . Soudain, entre les gradins des spectateurs, le sol s’entrouvre, des rails émergent et c’est une locomotive, oui, absolument, la réplique d’une locomotive à vapeur du XIXe siècle qui fait son entrée sous les yeux du public, une locomotive et son wagon rempli de mannequins en chapeaux et manteaux rétro. Une locomotive de rêve, juste pour un défilé qui aura duré moins de 16 minutes. Waow.

Pierreries, brocards

Une à une, les filles descendent de leur wagon, confiant leurs sacs, bagages et autres futurs it-bags à des porteurs en tenue. Elles portent de longs manteaux raides qui leur dessinent des silhouettes en A et qui brillent sous les pierreries, les cristaux, les brocards, les boutons vastes ou les fils de métal. Tons aubergine, verts bouteille, noirs caviar, touches moutarde. Allure de gouvernantes lamées. Gilets jetant des éclairs dorés, blouses de satins luisants. Tout Marc-Jacobsophile qu’on restera toujours, on ne peut s’empêcher de trouver que le décor à l’ancienne plus les vêtements d’obédience rétro et très chargés, cela fait beaucoup, voire trop. Ou, qu’en tout cas, il faille zoomer beaucoup pour saisir la coolness moderne des détails (voir à gauche, la fille avec ses lunettes extra et son chapeau ca (ra) bossé traînant un sillage de houppettes et de cheveux). Le message, lui, est clair: attirer l’œil du public sur la richesse des sacs à main, pochettes ou mallettes de docteur qui font les bénéfices de la marque. Et rappeler, au moment où s’ouvre une grande exposition Louis Vuitton aux Musée des arts décoratifs de Paris, les origines de la maison, liée à l’essor des voyages et du luxe nomade.

Cristaux, éclats

Voyages, chemins, téléportations. La veille déjà, Chanel avait pris ses quartiers sous l’immense verrière du Grand Palais parisien transformé, cette fois, en un gigantesque champ semé de (faux) cristaux de près de 2 mètres de haut – quel luxe pour un défilé avoisinant la petite demi-heure. Pour ce show cérémonial entre décor de conte de fées et saga nordique, Karl Lagerfeld fait défiler des tenues où brillent, au propre comme au figuré, des tweeds moelleux bardés de pierres, voire de mini-carapaces métalliques. Il y a de grands bijoux de métal mat parés de pierres apposés sur la naissance du sternum. Des manteaux dont les épaules semblent architecturées de plissés alvéolaires. Beaucoup de mailles, évoquant, de loin, des facettes colorées eighties (mauve, rose, turquoise). Les filles ont les sourcils recouverts de ravissantes petites pierres. Les brillances diaphanes, les transparences jetant des éclats; les talons cristal en feraient trop s’ils n’étaient pas tempérés par les manteaux de laine lâche dont la beauté tient à l’absence de chichis, par les chaussures moitié escarpins, moitié bottines. Passe une tenue noire ourlée de brillance rouge vif (voir photo), irrésistible. Terminus. Chez Yves Saint Laurent, c’est donc le dernier défilé signé Stefano Pilati, puisque les collections seront désormais dessinées par Hedi Slimane (LT 08.03.2012). D’après ce qu’on a pu en voir sur vidéo et, le lendemain, sur portants, c’est une fin de voyage comme on les aime, insufflant des regrets plutôt que l’envie de zapper. La femme Saint Laurent 2012-2013 s’avance lèvres fines et serrées, l’allure blindée, les cheveux soumis. Sa beauté, elle la tire du contraste entre la netteté des silhouettes, la rigueur fétichiste des vestes smokings qui se rapprochent de la cape, les grandes fleurs (des callas funèbres) imprimées ou brodées; et la légèreté des robes cottes de mailles d’un vert aquatique ou d’un mauve parme. Une garde-robe à mi-chemin entre le fétichisme et la tendresse, en somme.

D’autres récits de voyages, pour la route?

Citons l’odyssée rêveuse et délicatement obsédante de la collection Alexander McQueen où saison après saison, Sarah Burton fait merveille – preuve donnée aux Oscars où la plus belle robe était signée d’elle et portée par Jessica Chastain.

Sans oublier la collection, tendue comme un périple obsessionnel de la maison Givenchy, peuplée de vestes très architecturées, carrées d’épaules, de fourrures rouges ou fauves portées en redingotes tronquées, de manches kimonos, de cuirs sans appel et de plissés aiguisés comme le danger. Le défilé le plus tendu. Comme un voyage, haletant, dans les plaisirs de la nuit.

Prochain rendez-vous: lundi, une page d’images.

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