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Résident monégasque, Francis Bacon a vécu dans la Principauté entre 1946 et 1950. L’air marin régulait son asthme. 

Voyage

A Monaco, sur les traces de Francis Bacon

Internationalement reconnue pour son luxe, la Principauté devient, cet été, l’écrin d’un grand maître du XXe siècle, un peintre énigmatique et un joueur notoire

Monaco, cette terre de culture et de créations, exerçait une forte attraction sur les artistes du siècle passé. Le théâtre d’avant-garde, les ballets et l’orchestre symphonique ont construit la renommée du Rocher. Nombreux sont les peintres du XXe à faire escale sur la Côte d’Azur et dans cet éden de 2 kilomètres carrés. On y vante la pureté d’une lumière et la riche palette colorée.

En avril se tenait la première édition d’artmonte-carlo, escale monégasque d’artgenève. Une réussite pour le directeur Genevois Thomas Hug et son équipe de Palexpo, tant la sélection méticuleuse des galeries invitées et des œuvres montrées restait diamétralement à l’opposé du bling. Durant trois jours, ce «salon d’art contemporain  recevait collectionneurs et professionnels avec, en marge, des activités culturelles diverses et variées. Comme la Nuit blanche durant laquelle un parcours chorégraphié par Jörg Heiser donnait accès aux galeries et autres institutions de la Principauté jusqu’au petit matin.

Le peintre du Rocher

De ce programme, il est encore possible de visiter la villa Sauber et la villa Paloma. Ces demeures abritent le Nouveau Musée national de Monaco. La première propose un projet conçu par l’artiste italien Francesco Vezzoli qui rend hommage à la mythique Marlene Dietrich, la seconde exposant les sculptures hyperréalistes de l’Américain Duane Hanson.

De son côté, la Francis Bacon MB Art Foundation se visite, l’année durant, sur rendez-vous uniquement. L’initiative de l’établissement revient à l’homme d’affaires Majid Boustany, l’un des propriétaires de l’Hôtel Métropole Monte-Carlo et passionné d’art. La maison Belle Epoque abrite plus de 2500 pièces: des photos, des tableaux et des objets ayant appartenu à l’artiste londonien. La scénographie s’inspire librement de l’univers coloré du peintre, les tonalités oscillant entre le brun et des valeurs de gris. De lourds rideaux empêchent la lumière de passer, l’étroitesse des pièces fait écho aux cadres oppressants de l’artiste tandis que Les Nocturnes de Chopin, dont Bacon aimait s’imprégner, accompagnent le visiteur tout au long de son parcours.

Mais pourquoi diable avoir créé ici une fondation dédiée à cette figure majeure de l’art contemporain? Remontons au milieu des années quarante. Francis Bacon vend alors Painting 1946 à la galeriste Erica Brausen. Fort de 200 livres sterling, une petite fortune pour l’époque, il quitte Londres pour Monaco où il s’installe avec sa nourrice et son amant Eric Hall. L’artiste s’établit dans un premier temps à l’hôtel de Ré, qui a depuis disparu, puis au Balmoral. L’air marin régule son asthme. Amoureux de la région, il devient résident monégasque de 1946 à 1950. Par la suite, l’artiste reviendra souvent avec ses amants ou ses amis et ce jusqu’à la fin de sa vie.

C’est donc en toute logique que le Grimaldi Forum consacrera cette année son accrochage estival à sa personnalité énigmatique. La soixantaine d’œuvres lève le voile sur l’univers de ce peintre francophone et francophile qui dépeint la vulnérabilité de la figure humaine qu’il convulse sur sa toile. On découvre ainsi que l’admirateur de Vélasquez aurait lancé sa série de «papes » à Monte-Carlo.

Pour cet observateur de son temps, Monaco possédait le saint graal: son casino. Au Carré d’Or, considéré comme le prestigieux cœur de la ville, Francis Bacon se laisse séduire par l’ambiance calfeutrée de l’établissement de jeu dont l’esprit Belle Epoque perdure. Défier le hasard se transforme bientôt chez lui en obsession. «[…] J’ai toujours le sentiment qu’avec une pointe habile de manipulation le Casino pourrait acheter nos tableaux.», écrit-il dans une lettre le 30 décembre 1946. Il gère ses piastres comme un amateur de yo-yo. Une fois sans le sou, le voilà dans sa chambre d’hôtel à retourner, faute de moyens, sa toile pour en peindre le verso. Ce côté rugueux, qui ne permet guère les repentirs, surgit ponctuellement dans sa carrière. Aujourd’hui, la ville possède une vingtaine de casinos mais celui du Carré d’Or se distingue par son histoire.

La boucherie et l’épicurien

Parmi les autres adresses que fréquente le peintre, on retiendra l’Hôtel de Paris où il dîne régulièrement en compagnie de Graham Sutherland, un de ses proches amis. Francis Bacon vivait comme un épicurien, un amateur de bonne chère et de grands crus. Aujourd’hui, les carnivores rejoignent à Fontvieille le Beefbar, un «bar à viande», retenu par le Michelin. A côté, le nouveau Butcher Shop présente, dans un cadre feutré, les meilleures viandes de la ville. Cette boucherie, qui fait dans la barbaque haut de gamme, rappelle le Personnage avec quartier de viande (1954) de Francis Bacon, un écho au Bœuf écorché (1665) de Rembrandt mais aussi à celui de Soutine datant de 1925.

Monaco est une ville qui se sillonne grâce aux ascenseurs publics. De quoi découvrir la richesse architecturale: Art Déco, Art Nouveau, Baroque, Classique ou encore Moderne, bref, tout y est. Parmi les nouveautés, le Yacht-Club signé Norman Foster. Elu «Meilleur hôtel du monde en 2010» parmi les Leading Hotels of the World, l’Hôtel Métropole de Monte-Carlo héberge au bord de sa piscine une fresque de Karl Lagerfeld. A l’heure de l’apéro, l’espace Odyssey devient un repère glamour agrémenté par la sélection musicale de Béatrice Ardisson. De quoi repartir pour une nouvelle nuit blanche.


Y aller

EasyJet et Swiss desservent quotidiennement l’aéroport Nice. Avec Monacair, le Rocher se rejoint en 7 minutes en hélicoptère.

 Y loger

Le Columbus conçu par Ken McCulloch et le pilote de F1 David Coulthard est surnommé «l’Hôtel des Vainqueurs » pour avoir hébergé de 2009 à 2012, les pilotes  gagnants du GP.

 Y manger

Au Yoshi, le seul restaurant japonais de Joël Robuchon. Une adresse appréciée par le prince Albert II.

 A voir

Du 2 juillet au 4 septembre, le Grimaldi Forum Monaco présente son exposition «Francis Bacon, Monaco et la culture française»

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