Parmi les nombreuses ressources culturelles disponibles en ligne, on trouve désormais le film Body (le corps du frère), présenté par le festival Visions du Réel en 2015. Dans ce documentaire qui sent la transpiration et la douleur, on découvre une discipline qui dérange et qui fascine en même temps. Devant ces mensurations qui bousculent les canons de beauté, les profanes s’interrogent.

Le réalisateur, David Parel, leur fournit quelques réponses en portant sur cette communauté son regard bienveillant d’ancien pratiquant qui a, malgré lui, transmis cette passion à son petit frère, Gary. La caméra suit donc ce champion suisse dans sa préparation pour la sélection au Arnold Classic, compétition annuelle fondée par Arnold Schwarzenegger. Le reportage assume clairement un deuxième objectif du réalisateur, celui de se rapprocher de son frère.

Paradoxes et absurdités de ce monde ne font que titiller la curiosité du spectateur. Pourquoi travailler si dur pour dessiner des muscles saillants, les enduire d’huile bronzante et prendre la pose devant des juges? Sans parler du manque de retour sur investissement sur le plan financier ou au niveau du physique qui, à la longue, est mis à rude épreuve.

Des prix dérisoires

Porté à son apogée dans les années 1980 grâce à Schwarzie, le culturisme est aujourd’hui complètement passé de mode en Europe, témoigne David Parel: «Les concours se tiennent souvent dans des gymnases de banlieue ou dans des salles des fêtes avec, comme seul prix, une coupe en plastique et un bon de 50 francs.»

Avec ses entraînements intenses, ses règles de diététique et de nutrition très strictes, le bodybuilding impose un engagement total. L’intensité de la pratique s’apparente à celle de l’athlète de haut niveau. «Le but n’est pas la performance, mais réside dans des critères esthétiques précis: la définition du muscle, le galbe, la silhouette, l’harmonie, précise le réalisateur, mais cela se rapproche du sport grâce à la notion de record, de dépassement de soi.»

Au-delà de la douleur

Le plaisir d’utiliser son corps et de le sculpter comme de la pâte à modeler fournit à ces compétiteurs un moyen de surmonter leurs fragilités psychologiques, une philosophie presque cathartique consistant à aller au-delà de la douleur. «Quand ça fait mal, c’est qu’on est dedans», dit dans le film une pratiquante expérimentée au moment où elle entraîne une amie. Le bodybuilding forge des muscles mais aussi un mental en béton.


Body (le corps du frère), disponible en location sur Vimeo, dès 5 fr. 89 en streaming pour 48 heures. Tous les articles de la rubrique «Un jour, une idée».