L’horlogerie

Montres féminines, classiquement vôtre

Leurs silhouettes caractéristiques continuent de séduire les femmes.  iconiques conservent leur beauté, entre ajustements cosmétiques et évolutions radicales

Elles traversent les époques et les tendances sans souffrir du temps qui passe. Certaines ont joué les Belles au bois dormant avant de revenir sur le devant de la scène plus pimpantes et fraîches que jamais. D’autres se sont discrètement transformées, histoire de ne jamais vieillir. Deux visions opposées, deux partis pris créatifs distincts, mais un objectif commun pour les designers des maisons horlogères: entretenir la flamme au poignet des femmes.

Chez Cartier qui a drastiquement recentré son offre en puisant dans son patrimoine, la feuille de route ne fait aucun pli. «En 2017, nous avons relancé la Panthère qui reste, à peu de chose près, la même qu’il y a vingt ans», expliquait l’année dernière le directeur de Cartier, Cyrille Vigneron, lors d’une intervention au Salon international de la haute horlogerie. «Plutôt que de faire comme tout le monde, une montre ronde et automatique qui soit une nouveauté pour les clients, nous avons fait une montre carrée à quartz, simplement parce qu’elle était belle et bien proportionnée.» En deux décennies, cette star des années 1980-90 s’est vendue à plus 600 000 exemplaires dans le monde avant d’être remisée aux oubliettes de la production en 2004.

Temporairement seulement, car elle fait aujourd’hui figure de fer de lance de l’horlogerie féminine de Cartier, complétée cette année par le retour en scène de la montre Baignoire. La fameuse petite montre ovale née à la fin des années 1950 et portée par Catherine Deneuve, Romy Schneider ou Jeanne Moreau revient ainsi dans toute sa simplicité dans une version en tout point identique à l’originale, à l’exception de son bracelet plus étroit, du nouveau dessin des chiffres romains sur un cadran sablé argenté, du fond intégré à la boîte et d’une étanchéité à 30 mètres. Une renaissance qui s’inscrit donc dans la même veine: «Une nouveauté déjà vue, ce n’est pas très intéressant, alors qu’une nouveauté qu’on avait oubliée peut être une très belle redécouverte.»

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Le changement dans la continuité

Chez Chanel, le succès de l’emblématique J12 est un rêve familier qui se joue sans discontinuer depuis son lancement en 2000. Ni tout à fait la même ni tout à fait une autre, sa silhouette inchangée depuis dix-neuf ans s’offre cette année une cure de jouvence. «Quand cette montre est née, j’étais étudiant en école de design, se souvient Arnaud Chastaingt, aujourd’hui directeur du studio de création horlogerie chez Chanel. Je ne connaissais strictement rien aux montres, mais quand j’ai découvert la J12 dessinée par Jacques Helleu, ça a été pour moi une révélation: cette montre était une révolution!»

Née masculine en céramique noire, proposée dans la foulée dans une version en céramique blanche, la J12 a accueilli tous types de complications sans que Chanel ose toucher à son design iconique. «Le projet a commencé il y a quatre ans, raconte Arnaud Chastaingt. Tout changer? Ne rien changer? Question difficile pour cet exercice qui est l’un des plus complexes qui m’aient été confiés. J’ai fait le choix de tout changer sans rien changer. La révolution, on la fait une fois. Mon rôle a plutôt été de porter l’évolution et ma démarche, je l’assimile à celle d’un chirurgien.»

En coulisses, Chanel a opté pour un changement radical avec l’intégration du nouveau calibre automatique 12.1 certifié COSC, conçu et développé en exclusivité pour Chanel par la manufacture Kenissi. Mais à l’œil nu, la différence semble cosmétique. La lunette est affinée, le profil de la boîte augmente légèrement, mais la silhouette reste fluide. La typographie des chiffres et des index est nouvelle ainsi que le chemin de fer intérieur ponctué de nouveaux indicateurs. Un visage différent pour une montre qui relève le pari d’évoluer sans perdre une once de son tempérament.

L’esprit du serpent

Pour les designers, s’attaquer aux monuments horlogers reste un exercice compliqué et rares sont ceux qui s’autorisent la liberté de toucher aux icônes. A contrario, Bulgari n’a jamais cessé de revisiter sa célèbre Serpenti, comme autant de versions d’un même serpent après sa mue. Désinvolture italienne? «Non, c’est très difficile de faire évoluer un design emblématique, explique le directeur artistique de Bulgari, Fabrizio Buonamassa. Mais la marque et ses origines romaines ont toujours été pour moi une source d’inspiration inépuisable. La collection se compose d’une dizaine de serpents différents car c’est une montre en perpétuelle évolution qui autorise de nombreuses façons de jouer avec la matière et les formes.»

En montre à secrets pour les amatrices de bijoux, en version Spiga ou Tubogas enlacée autour du poignet de ses multiples tours, technique sur le modèle Incantati, le serpent mue une nouvelle fois cette année sous le nom de Serpenti Seduttori. La forme du boîtier en tête de serpent est immédiatement reconnaissable, mais elle est prolongée de manière inédite par un bracelet classique intégré. «La tête de serpent, telle qu’on la connaît aujourd’hui, est née en 2009, poursuit Fabrizio Buonamassa. C’est une signature, au même titre que le bracelet Tubogas, notre best-seller. Le code nous est apparu suffisamment fort pour que la montre puisse accueillir un nouveau bracelet tout en gardant l’identité d’une montre Serpenti. Cette une collection très versatile et aujourd’hui, nous nous adressons aux femmes qui veulent porter son esprit facilement, tous les jours.»

Capturer l’air du temps, en saisir les tendances et les aspirations sans pourtant tomber dans un phénomène de mode, c’est l’un des talents de Caroline Scheufele, coprésidente de Chopard. Créée en 1993, la ligne Happy Sport repose sur l’idée inédite d’associer un boîtier en acier avec des diamants tournoyant librement sur le cadran. «C’est une montre qui mélange allègrement les genres, l’acier et les diamants, l’éternel et l’éphémère, raconte Caroline Scheufele. C’était audacieux et nouveau à l’époque. J’ai voulu lier la préciosité du diamant à un métal sportif, l’acier, afin que la montre accompagne les femmes dans la poursuite de leurs rêves et au fil des multiples aspects de leur vie.»

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A l’image des femmes auxquelles elle s’adresse, la montre Happy Sport se compose de multiples facettes, elle a connu de nombreuses vies. En à peine plus de vingt-cinq ans, plusieurs dizaines de versions ingénieuses ont contribué à sa continuité. Jusqu’à la nouvelle Happy Sport Oval dévoilée au printemps. «La collection Happy Sport a toujours su interpréter l’esprit de son époque et les clients attendent chaque année les nouveautés avec impatience, reprend Caroline Scheufele. La Happy Sport Oval redonne vie cette année au dessin ovale de la Happy Sport de 2011 dans une version rajeunie et contemporaine. La mise à l’honneur du bracelet galet qui habillait la toute première montre de la collection iconique de 1993 permet de rendre hommage à la Happy Sport originelle, d’où l’intérêt de faire évoluer une collection.» Evoluer avec son temps, rester en mouvement et créer la surprise sans renier ses origines: dans la vie comme dans la montre, c’est sans doute là que réside le secret de l’éternelle jeunesse.

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