Horlogerie

Montres: la force d’attraction du tourbillon

Au royaume des complications horlogères, le tourbillon exerce un pouvoir de fascination depuis plus de deux siècles. Et continue de trôner au cœur des plus prestigieuses montres

Il s’est fait connaître au fond de la poche d’une redingote. C’est au poignet que sa ronde spectaculaire fait aujourd’hui tourner toutes les têtes. Depuis son invention brevetée en 1801 par Abraham-Louis Breguet, le tourbillon s’impose toujours comme l’une des complications horlogères les plus raffinées, les plus complexes… et les plus onéreuses. Qu’il soit volant ou mystérieux, central, fin à l’extrême, double ou multiple, incliné ou suspendu, le spectacle de la rotation perpétuelle du tourbillon hypnotise toujours. Même si la précision chronométrique de ce dispositif n’est plus son principal atout.

Il n’en a pas toujours été ainsi. Quand le brillant horloger des têtes couronnées invente ce système au tournant du XIXe siècle, le tourbillon constitue une avancée dans la recherche de la précision horaire. A l’époque de Breguet, la montre ne se porte pas au poignet mais dans la poche d’un gilet, la plupart du temps en position verticale. Problème: dans cette position, la force de gravité terrestre exerce son influence néfaste sur la régularité du mouvement, notamment sur les oscillations du balancier et du spiral, deux organes essentiels pour assurer la précision d’une montre.

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La solution imaginée par Abraham-Louis Breguet se révèle tout simplement géniale: pour contrebalancer ces irrégularités, il développe une petite cage mobile tournant sur elle-même et abritant en son cœur le balancier, le spiral et l’échappement du mouvement. L’organe réglant de la montre adopte ainsi successivement toutes les positions nécessaires pour compenser l’attraction terrestre.

On imagine aisément qu’un tel système intégré sur une montre-bracelet appelée à suivre tous les mouvements du poignet n’a aujourd’hui plus la même utilité. Et pourtant, les horlogers s’obstinent à continuer d’améliorer le tourbillon. Pour la beauté exceptionnelle du mécanisme. Pour le tour de force technique. Pour que la magie opère.

Entre classicisme et élégance

Chez Breguet, qui n’a plus rien à prouver, la démonstration technique se mue en un effort de simplicité, plus particulièrement avec le tourbillon décentré de la Classique Tourbillon Extra-plat Automatique 5367 dévoilée au printemps. Finesse du boîtier, minimalisme esthétique du cadran en émail grand feu, tourbillon maintenu par une barrette graphique anglée à la main et tout juste ornée d’un spinelle… Breguet ne s’embarrasse d’aucune fioriture pour offrir au tourbillon toute l’attention qu’il mérite.

Le parti pris de Bulgari est opposé. Il est ici question d’élégance. De classicisme, certainement pas. Dans la course aux records engagée par la maison italienne, un nouveau canon de minceur est établi cette année avec l’Octo Finissimo Tourbillon Automatique, et celle que l’on surnomme souvent la reine des complications s’inscrit au cœur d’un véritable déchaînement de rouages et composants d’une folle finesse, logés dans un boîtier dont l’épaisseur aligne des mensurations inouïes de 3,95 mm.

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Plaisir d’esthète

Plus efficace, plus grand, plus fin, plus beau, autant de variations sur un même thème. Quand Kerbedanz lance son modèle Maximus accueillant au centre du cadran une cage de tourbillon de 27 mm de diamètre, soit la plus grande du monde pour une montre-bracelet, l’effet «waouh» est assuré. Quand l’horloger indépendant Antoine Preziuso dévoile son modèle Tourbillon of Tourbillons, au bout de dix ans de recherche, on ne peut que s’incliner devant la fascinante chorégraphie mécanique de ses trois tourbillons synchronisés: trois cœurs à l’unisson liés entre eux par résonance.

Entre classicisme et ultra-modernité, look sportif ou féminité exacerbée, les marques rivalisent d’ingéniosité.

Chez Carl F. Bucherer, la beauté du mécanisme du Manero Tourbillon Double Peripheral est d’autant plus manifeste que la cage tournante ne semble maintenue par aucune attache. Pour obtenir ce bel effet de suspension, l’enseigne lucernoise innove avec le développement de trois roulements à billes en céramique qui guident la ronde du tourbillon dans sa périphérie. Celui-ci peut alors être observé côté pile comme côté face, sans aucune entrave visuelle.

Chez H. Moser & Cie, la ronde du tourbillon est aussi un plaisir d’esthète qui se vit au quotidien, en version sportive tout-terrain, avec le Pioneer Tourbillon. Fragile de nature, ce tourbillon à double spiral peut, en cas de choc, être facilement remplacé grâce à sa construction modulaire.

Une ronde sans fin

Dans cet exercice de style où le masculin l’emporte généralement, Richard Mille remporte le prix du meilleur rôle féminin dans sa nouvelle collection RM 71-01 Tourbillon Automatique Talisman. La jeune marque horlogère y souligne le mouvement hypnotique du mécanisme à grand renfort de diamants, de nacre, d’onyx et de saphirs noirs agencés selon une esthétique à l’inspiration Art déco.

Dans sa série contemporaine Freak Out, Ulysse Nardin joue la carte de l’anticonformisme et met en scène un tourbillon à carrousel volant lancé dans une ronde sans fin sur un mouvement baguette tournant sur son axe. Chez TAG Heuer, la prouesse technique se mue en un instrument essentiel de sa stratégie du «luxe accessible» avec un tourbillon proposé à un prix inférieur à 10 000 francs. Quant à Blancpain, c’est une interprétation minimaliste et captivante du tourbillon qui se révèle avec le Villeret Tourbillon Volant Heure Sautante Minute Rétrograde.

Eblouissant, surprenant, intéressant, captivant, à l’heure où la montre a depuis longtemps cessé d’être un instrument fonctionnel, le tourbillon reste avant tout une manière remarquable d’assurer le spectacle du temps. Un tour de magie mécanique qui, dans sa ronde, défie les lois de la pesanteur pour nous propulser dans un éternel émerveillement.

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