Horlogerie

Montres: les heures d'hiver

En horlogerie, la fin de l’année voit fleurir une pléiade de nouvelles créations qui esquissent les tendances des mois à venir. Bouquet choisi à l’aube des grands salons

Quelle montre porterons-nous ces prochains mois? La question est de celles qui, chaque année, à l’aube des grands salons émaillant l’hiver et le début du printemps, taraudent les observateurs et les experts du microcosme horloger. Quelles montres pour quelles tendances? Les nouvelles créations sauront-elles capter l’esprit de notre époque? Et l’innovation. Sera-t-elle au rendez-vous? Après le calme estival, la sève automnale des nouveautés horlogères commence doucement à monter. L’hiver sera sensuel, rétro, sportif, anticonformiste sous un ciel constellé de complications horlogères.

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Dans l’air du temps

L’heure est un mot féminin. Cela ne fait plus aucun doute chez les horlogers qui, trop longtemps, ont pensé que les femmes sauraient se contenter de pales déclinaisons formelles de montres développées pour les hommes. De ce postulat généralisé, Patek Philippe en est largement revenu. La maison horlogère saisit avec une grande justesse l’esprit du temps en dressant, à travers la montre Twenty-4 Automatic dévoilée mi-octobre à Milan, le portrait d’une femme forte, audacieuse, active, indépendante. La collection Twenty-4 existe depuis 1999 mais ses lignes se révélaient jusqu’alors selon une géométrie rectangulaire animée par un mouvement à quartz. Celle qui fut aussi la toute première montre de la manufacture en acier sertie de diamants opère ainsi sa mue dans une forme ronde de 36 mm en or rose ou en acier, cadencée par un mouvement automatique estampillé du Poinçon Patek Philippe.

Reflet de l’air du temps, miroir d’une époque, la montre féminine use de sa fonctionnalité comme d’un parfait alibi pour mieux esquisser un style, une allure. Chez Audemars Piguet, elle se fait contemporaine avec la Royal Oak Frosted Gold Carolina Bucci en édition limitée à 300 pièces. Finement martelé selon une technique joaillière ancestrale, l’or scintille telle une fine poudre de diamant tandis que le cadran miroir renvoie son image à celle qui le regarde. La montre, psyché des temps modernes? Sans doute. Dans les collections d’Hermès, les codes d’hier sont bousculés pour mieux ancrer ceux qui seront appelés à faire fureur demain. L’indémodable Cape Cod, esquissée dès 1991 par Henri d’Origny, se réinvente dans un Grand Modèle Chaîne d’ancre en acier qui reprend le fameux maillon imaginé par Robert Dumas en 1938. Sur fond noir ou blanc laqué, le motif entrelace spinelles noirs et aventurine ou diamants et nacre blanche. Attachant enchantement du temps à l’heure où les codes osent se débrider.

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Du vestiaire aux abysses

Les codes, toujours. Ce sont eux qui guident Cartier dans la réinvention de la Ballon Bleu, qui continue de planer dans le ciel du succès, tandis que la Ballon Blanc et son diamant serti dans le creux de la lunette accrochent au poignet un petit air rétro chic. Ce sont eux aussi, joailliers cette fois, qui président à l’architecture de diamants de la nouvelle Cat’s Eye Haute Joaillerie, dernière création éblouissante de Girard-Perregaux. Sous le rêve de glamour se glisse la technique pure d’un mouvement mécanique. Argument d’une modernité absolue.

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Si l’heure est féminine, le temps est masculin, qui se décline en de multiples facettes. Accessoire de mode assumé chez TAG Heuer, qui fait appel au pape japonais du streetwear Hiroshi Fujiwara pour apposer sur sa fameuse Carrera les deux éclairs du label Fragment, la montre serait-elle le détail ultime qui complète le vestiaire des hommes? Pour Chaumet, c’est un fait illustré par la nouvelle montre Dandy et son fin boîtier coussin en or. Pour Bulgari, c’est un parti pris incarné par la trilogie inédite Bulgari Bulgari. La montre quadragénaire se décline en bronze, bicolore en acier DLC noir et lunette en bronze ou en acier DLC noir, toutes trois équipées d’un système de bracelet interchangeable.

Fonctionnelle chez Ulysse Nardin qui renforce ses codes sportifs avec la Diver Chronometer, la montre se réinvente chez Omega avec la Seamaster Professional Diver 300M au boîtier en acier et or jaune agrandi à 42 mm sous une lunette en céramique bleue. Vingt-cinq ans après son entrée sur le marché, ses lignes emblématiques sont toujours aussi rassurantes.

Vous avez un message

Tandis que les maisons traditionnelles renforcent leurs collections en offrant à leurs icônes un nouveau souffle de jeunesse, les rebelles de l’horlogerie gardent le cap de l’anticonformisme. La montre n’est plus un simple objet pratique, c’est un accessoire statutaire porteur d’un message qui en dit long sur celui qui le porte. La marque RJ – anciennement Romain Jerome, qui nous avait jusqu’ici habitués à des éditions limitées pour geeks amateurs de Pokemon, Hello Kitty ou Batman – redéfinit sa ligne de conduite autour d’une collection nommée Arraw, qui cible un public toujours jeune mais au style pointu.

En plein dans le mille. Chez HYT, qui teinte de noir son modèle H20 pour un contraste saisissant avec l’affichage fluidique bleu ou rouge des heures, le temps se porte comme une sculpture tridimensionnelle. Pour MB&F, sous le prisme de son Horological Machine No 9 Flow, le temps adopte l’allure d’une machine futuriste et aérodynamique qui remonte le temps pour évoquer les silhouettes fuselées des voitures et avions du milieu de XXe siècle. Chez Hublot, enfin, la montre donne du corps à la mort. Memento mori mécanique, vanité ourlée de pierres précieuses aux couleurs pop, la Big Bang One Click Calavera Catrina crâne au poignet. Le message est clair, pied de nez au temps qui passe et au ciel qui devra attendre.

Les yeux au ciel

Objet de fascination depuis la nuit des temps, le ciel fait cette année encore vibrer le cœur des horlogers. Repéré ces deux dernières années sur de nombreux cadrans, il se dessine sous la forme d’une carte céleste associée à une répétition minute et un tourbillon chez Vacheron Constantin. Conçue au sein du département Les Cabinotiers, cette pièce unique drapée d’un sertissage invisible de diamants affiche au dos de son boîtier une représentation du ciel nocturne de Genève. Voie lactée, constellations et étoiles s’y révèlent comme au travers d’un télescope. Ce tableau céleste effectue une rotation sur lui-même en 23h56, une durée calquée sur le temps sidéral. Comme par magie.

Harry Winston capture également la beauté des cieux nocturnes dans une interprétation scintillante de la complication phases de lune. Avec la montre Premier Precious Moon Phase Automatic 36 mm, la beauté cosmique se lit au regard de l’aventurine et des diamants. A la tombée du jour, chez Van Cleef & Arpels, le ciel s’illumine électriquement sur le cadran de la Lady Arpels Zodiac Lumineux déclinée en douze modèles précieux et poétiques. La lecture de cet horoscope horloger nous aidera peut-être à éclaircir l’éternelle question qui revient chaque année à cette saison: quelle montre porterons-nous ces prochains mois?

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