Vous l’avez sans doute lu ou entendu il y a dix jours: une pénurie mondiale de vin menace. Les stocks vont se vider, les prix grimper, réservant la consommation du précieux nectar à quelques «happy few» – les autres boiront de l’eau. En forçant à peine le trait, c’est la conclusion d’une étude de la banque américaine Morgan Stanley publiée fin octobre. Elle oppose une production mondiale de vin qui décline depuis dix ans – avec un plancher en 2012 – et une demande globale qui augmente sous l’impulsion de nouveaux marchés. De quoi faire planer la menace d’un «Peak Wine», pendant du célèbre «Peak Oil», qui marquerait la stagnation de la production puis l’épuisement des réserves mondiales de pétrole.

La nouvelle, répercutée par une dépêche de l’AFP, a suscité un important battage médiatique – une pénurie, quelle aubaine! Sur les réseaux sociaux, le «buzz» a été immédiat, avec un mélange de réactions inquiètes et d’opportunisme de circonstance. Sur un blog économique, j’ai ainsi pu lire qu’«acheter du vin aujourd’hui est un bon placement, ce sera encore plus le cas demain». Sans blague!

Face à l’emballement, il convient de répéter quelques fondamentaux. La récente baisse de la production mondiale est à mettre en lien avec la réduction des surfaces viticoles dans l’Union européenne pour mettre fin à une surproduction endémique. Le choix des auteurs de l’étude de s’arrêter au millésime 2012, le moins généreux depuis 40 ans, amplifie le phénomène. Et fait douter de leur bonne foi: selon l’Organisation internationale de la vigne et du vin, qui a communiqué quelques jours plus tôt dans l’indifférence générale, le millésime 2013 sera 9% plus généreux que le 2012. La production mondiale dépassera la consommation de 35,7 millions d’hectolitres.

La leçon de l’histoire? Qu’elles soient financées par une banque ou par Greenpeace, les études sont rarement neutres. Et si l’avenir de la production viticole reste incertain, avec notamment les effets du réchauffement climatique, il n’est pas sérieux d’agiter le spectre d’une pénurie globalisée. N’en déplaise aux spéculateurs: il sera toujours plus facile d’augmenter les surfaces viticoles, donc la production, que de multiplier les réserves de pétrole.