«A chaque fois qu’un de mes objets rencontre le succès, je me demande: où me suis-je trompé? N’ai-je pas été un peu kitsch, où est le malentendu?» En 2003, Enzo Mari glissait ces quelques mots lors d’un entretien accordé à Libération. Ainsi était-il, dernier géant du design made in Italy, disparu ce lundi à l’âge de 88 ans: doutant et questionnant toujours, se méfiant du consumérisme, lâchant des sentences souvent rugueuses qui en avaient fait la (mauvaise) conscience du design contemporain.

Et pourtant, c’est peu dire que ses objets en avaient rencontré, du succès. Ce puzzle de bois de 1957 par exemple, fabriqué à l’origine pour ses enfants, 16 animali: éléphant, chameau, rhinocéros, vache… aux formes rondes et hyper-préhensibles pouvaient tenir sur leurs pattes comme des bibelots, mais aussi s’assembler pour former un rectangle de bois. Cette Putrella qui ressemble à un tronçon de chemin de fer en métal incurvé et peut servir de vide-poches. Ou encore ce vase Bambu, qu’on dirait pied de colonne grecque, et ce calendrier de table Timor, dit «perpétuel», car on peut arranger les jours, mois et dates en éventail à l’infini… Simplicité des formes, clarté de l’intention, élégance de la réalisation: tout Enzo Mari était là. Mais ce serait trop peu dire encore et passer à côté d’Enzo Mari graphiste, théoricien du design, farouche communiste (mais pas encarté), toujours soucieux des implications éthiques de la production. «Le design devrait représenter la capacité de la société à s’améliorer, stimuler les consciences», avait-il aussi expliqué à Libération en 2003.