deux roues

A moto, «On the road again»

Simple épiphénomène de la crise de la cinquantaine ou nouvel art de vivre? De plus en plus de quinquas découvrent ou reviennent au monde de la moto

On les voit débarquer au moindre rayon de soleil. Seuls, en couple ou en bande, ils arpentent les petites routes, se paient de jolies balades avant de s’arrêter, pour une bière ou un café, dans un petit bistrot sympa. «Ils», c’est cette nouvelle génération de motards et motardes. Ils ont souvent la quarantaine, voire un peu ou même franchement plus. Et ils prennent plaisir à redécouvrir le monde autrement. Au guidon d’engins plus ou moins imposants, plus ou moins confortables, plus ou moins bruyants: les «big twins». Entendez par là des motos qui semblent tout droit sorties de la mythique Route 66, avec leur look on ne peut plus reconnaissable et mues par de gros moteurs bicylindres «en V».

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Frères ennemis

Le choix numéro un de ces «nouveaux rebelles»? L’Harley-Davidson, bien sûr. Troisième du classement des meilleures ventes l’an dernier, derrière les deux intouchables que sont Yamaha et BMW, 2870 motos du Milwaukee ont été écoulées en Suisse. Les petits modèles Street et Sportster, légers et maniables, sont souvent le choix préféré des dames. Alors que les volumineuses Road King ou Ultra Limited Low aux chromes rutilants et aux carénages et sacoches proéminents plaisent aux hommes.

Mais depuis trois ans, une nouvelle venue lui oppose une concurrence frontale: Indian a déterré la hache de guerre. Indian? Une marque ressurgie du fond des âges. Native de Springfield, dans le Massachusetts – un Etat dont le nom reprend celui d’une tribu amérindienne –, l’entreprise n’a pas eu à chercher très loin son patronyme. Ni son emblème: une tête de chef, ornée de sa coiffe à plumes d’aigles. Après un succès initial fulgurant et une place de constructeur moto numéro un en 1913, Indian avait pourtant fini par disparaître, terrassée par la crise de 1929 et la concurrence acharnée d’Harley.

Look rétro

Après bien des vicissitudes et deux «renaissances» avortées, c’est finalement en 2014, sous la houlette de Polaris, spécialiste des quads et des motoneiges, qu’Indian est revenue, aussi belle qu’avant. Aujourd’hui, la seule usine de production d’Indian du monde est située à Spirit Lake, dans l’Iowa. Détail intéressant, le moteur qui anime les belles américaines a été développé en Suisse, à Berthoud, mais il est fabriqué en série à Osceola dans le Wisconsin.

Pour frapper juste et fort d’emblée, les nouveaux patrons ont utilisé deux atouts imparables: le look rétro inimitable avec, notamment, ces fameux garde-boue enveloppants caractéristiques de la marque. Et un marketing calqué sur celui de… Harley Davidson. Car vendre une Indian ce n’est pas vendre une moto, c’est vendre un mythe, un style de vie, une légende.

La marque a donc commencé par frapper le carter latéral du moteur des chiffres «1901». Non, ce n’est pas la cylindrée – qui atteint quand même un respectable 111 cubic inches, soit 1881 cm³! – mais bien l’année de fondation de l’entreprise. Soit deux ans plus vieux qu’Harley. Puis, ce fut la pub «provoc» qui met en scène une meute d’HD arrêtées à un croisement pour laisser passer… un convoi d’Indian. Enfin les IMRG (Indian Motorcycle Riders Groups) ont été lancés, soit l’exact équivalent des HOG (Harley Owner Groups), des «clubs» qui rassemblent les nouveaux propriétaires de motos. Histoire de créer un esprit de clan et, accessoirement, de générer quelques revenus, les inscriptions étant payantes au bout d’un an.

Un calcul judicieux. Avec des prix s’échelonnant de 13 590 fr. (pour la petite Scout Sixty) à près de 34 000 fr. (pour la Roadmaster), Indian est parfaitement placée face à Harley dont les modèles s’échelonnent entre 10 345 fr. et 32 300 fr. Cher? Ce n’est pas un réel souci: le panel de clients pour ces modèles a été parfaitement étudié par les stratèges du marketing. Et ce n’est pas tout à fait un hasard si, à côté des bikers «purs et durs», les businessmen, médecins, avocats et autres cadres sont nombreux à revêtir leur cuir pour se faire plaisir et jouer les bad boys le temps d’une virée.

Vaisseau de croisière

Ce sont également d’excellents clients pour la seconde vague de vente ayant pour but l’achat d’accessoires destinés à rendre leurs montures aussi uniques que branchées. C’est que, chez Indian, le merchandising est tout aussi bien rodé que chez Harley: du t-shirt à la veste en cuir, du casque aux sacoches, de la paire de gants à la pochette fourre-tout à accrocher au réservoir, tout existe. Et ça fonctionne: l’an dernier, avec 344 véhicules vendus, Indian s’est classé 11e meilleur vendeur en Suisse, devant des marques comme Guzzi, Husqvarna ou Royal Enfield.

Mais si cette clientèle aisée a les moyens de ses rêves de chevauchée sauvage, elle a aussi ses exigences. Et elle en veut pour son argent. Aucun souci, Indian «assure grave». Nous avons eu l’occasion d’effectuer plusieurs sorties au guidon des différents modèles de la gamme, notamment à celui de la référence, la Roadmaster. Un superbe vaisseau de croisière dont le raffinement n’a pas grand-chose à envier à celui… d’un cabriolet de luxe.

Une pantoufle géante

A commencer par le confort d’assise. La selle, large et moelleuse, assure une position de conduite détendue permettant, sitôt que l’engin roule, d’oublier les quelque 400 kilos de chrome et d’acier qu’on chevauche. Pour ce prix, évidemment, ladite selle est chauffante. Tout comme les poignées d’ailleurs. Le passager, lui, est installé dans un véritable fauteuil club, avec dossier et accoudoirs. Pour peu, il faudrait presque prévoir une ceinture de sécurité, au cas où il… s’endormirait. Le pare-brise, électrique, est réglable et offre une protection excellente, tant contre l’air que contre la pluie. Un GPS, dont l’immense écran tactile fonctionne même si vous portez des gants, permet aussi d’afficher des menus de réglage, de connexion et d’infodivertissement digne d’une voiture. Et on ne vous parle même pas de la qualité du système hi-fi doté du Bluetooth et de prises USB pour écouter votre playlist préférée ou recharger votre smartphone.

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Et à conduire, direz-vous? Une pantoufle géante si vous roulez tranquillement, sur le couple de l’énorme moteur ronronnant. Vrai qu’à la cinquantaine passée, on a moins envie de frotter les genoux par terre. Mais si l’envie vous prenait, à la montée d’un col, de vouloir titiller un peu la poignée des gaz, l’engin répond présent. Et joue alors une partition bien plus rock & roll. Avec l’avantage, par rapport aux Harley, d’avoir nettement moins tendance à frotter cale-pieds et pots d’échappement dans les virages.

Vous cherchez quelque chose de plus basique? La Scout Bobber est faite pour vous. Vous êtes plutôt sportif? La toute nouvelle FTR 1200, tout droit échappée des pistes de Flat Track où elle a raflé les trois premières places du championnat 2018, vient d’arriver dans les concessions. Vous vous sentez assailli par des pulsions sauvages? Allez faire un essai, vous allez adorer.

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