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Le vêtement ou la réinvention de soi (6)

Le mouvement punk, de la rue à la révolution stylistique

Un des courants les plus créatifs fut le mouvement punk, enfant de la contestation et de la provocation.Une mode qui depuis a été digérée, institutionnalisée et utilisée par tous les créateurs

Le mouvement punk, de la rue à la révolution stylistique

Un des courants les plus créatifs fut le mouvement punk, enfant de la contestation et de la provocation

Une mode qui depuis a été digérée, institutionnalisée et utilisée par tous les créateurs

C’est dans un pays en pleine récession, la Grande-Bretagne, qu’a émergé le courant le plus créatif du siècle dernier: le mouvement punk. Toutes les frustrations, les négations, les rejets, le manque de perspective d’une génération «no future» se sont exprimés de manière radicale et ultracréative à travers le langage de la musique d’abord, et celui du vêtement ensuite.

Les premiers groupes punk ont émergé à la fin des années 60 aux Etats-Unis avec les groupes de musique garage – les Sonics, Iggy Pop et les Stooges, notamment. Puis au milieu des années 70, avec les Ramones et les Sex Pistols. Cette mouvance nihiliste prônait en toute logique le do-it-yourself. Elle a donné naissance à un style vestimentaire tellement fort qu’il est encore vivant aujourd’hui.

On n’a pas revu de mouvement qui soit à ce point en opposition depuis. «Tout le monde faisait ses propres vêtements, à l’époque. Il ne faut pas oublier que la situation économique de l’Angleterre était très difficile: il y avait des grèves, de la violence, ce n’était pas un pays où il faisait bon vivre, confiait Clare Waight Keller, la directrice artistique de Chloé, dans une interview (lire le Hors-série Mode du 26 avril 2014). Les gens se sont exprimés à travers leurs vêtements. La mode a modifié la perception des gens sur leur façon de s’habiller, sur leur vision du monde, leur manière de se projeter dans celui-ci. C’était fascinant de pouvoir s’exprimer de cette façon.»

Le phénomène punk a été rattrapé par l’institutionnalisation que l’on fait de tout mouvement. On a essayé de le mettre sous cloche, en le citant dans les musées, comme le Met en 2013. Mais ce n’est pas sa place. Cette mode n’est pas descendue d’en haut, des ateliers: elle est partie de la rue pour remonter chez les créateurs justement. Il y a un statut underground qu’on doit laisser à certaines choses.

«J’ai toujours pensé que, pour que la mode se fasse entendre, il fallait qu’elle conteste, qu’elle provoque, qu’elle enlaidisse un peu. Et en ce sens, la période punk a été l’une des dernières à tout contester, souligne Olivier Saillard, le directeur du musée Galliera. Or, on est arrivé à faire de cette codification contestataire une norme: n’importe qui porte un piercing, les cheveux roses, ou un jean déchiré aujourd’hui.»

Parallèlement au mouvement punk, un autre mouvement de déconstruction, non pas sociétal mais stylistique, a émergé au Japon en 1973. Le travail de construction très précis hérité de Dior, qui redessinait le corps, c’est ce qu’ont voulu détruire trente ans plus tard Rei Kawakubo, fondatrice de la marque japonaise Comme des Garçons en 1973, et son compagnon d’alors, Yohji Yamamoto.

Ils ont cherché à pousser la mode hors de ses propres frontières, à passer au-delà, et à bouleverser les dogmes, à l’image de ce qui se passait dans la société. Ils ont lancé un mouvement de mode radical qui fut présenté, et décrié, à Paris au début des années 80. Ils revendiquaient une mode qui réfléchit à ce qu’elle est. Qui pense au monde dans lequel elle émerge. Leur vision misérabiliste, détruite, déstructurée était stylistiquement bien plus proche d’une fin de siècle que la fin de siècle ne l’a été.

Sans eux, il n’y aurait pas eu d’école belge, ni un Martin Margiela qui avait le cran de claquer la porte au nez du système. Ils ont ouvert la voie à cette mode qui fait et se regarde faire, à Viktor Horsting et Rolf Snoeren, qui ont fondé la marque Viktor & Rolf il y a vingt ans, à l’école anglaise aussi qui a vu émerger Alexander McQueen, prince du storytelling.

Des tendances, aujourd’hui, il en existe autant qu’il y a de créateurs. Autant qu’il y a d’hommes et de femmes qui se vêtent avec style. Le temps où les couturiers imposaient leurs diktats – longueur d’ourlet, couleur de saison, forme de vêtement – en A, en Y, en X, mini, maxi – a implosé. Le vêtement permet de dire qui l’on est, ou celui derrière lequel on désire se cacher. «S’habiller, ce n’est pas quelque chose de futile. C’est d’abord une quête de soi. Très prosaïquement, le matin, les femmes, comme les hommes d’ailleurs, ne se sentent pas toujours en confiance, infaillibles, indestructibles. Un vêtement peut nous aider à nous sentir mieux, plus fort», confiait Christophe Lemaire dans une interview (lire LT du 23.10. 2013)

Aujourd’hui, tout se mêle et se mixe, y compris les époques et les genres. Il y a une relative acceptation de tous les styles. La mode est devenue très accessible. Il lui manque sans doute un fond de contestation pour voir émerger un courant fort, quelque chose qui bouscule et remette tout à plat. Mais est-ce qu’un monde de «followers», qui suit avec docilité les informations sur les comptes Twitter, Facebook, Instagram, des marques, des créateurs et des blogueurs, est configuré pour la contestation?

A lire.

«Radical Fashion», Ed. Clare Wilcox, mai 2003.

«La mode a modifié la perception des gens sur leur façon de s’habiller, sur leur vision du monde, leur manière de se projeter dans celui-ci»

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