Voyages

Munich, 
la Bavière qui brasse

La ville de la bière compose avec les figures de son passé mouvementé. Entre tradition 
et modernité, Lederhose et combinaison néoprène, promenade dans 
«L’Athènes de l’Isar»

A Munich, sur la célèbre avenue Prinzregenten, bordée de musées célèbres, «Yes to all», le néon de l’artiste Sylvie Fleury, contraste avec la façade de la villa Stuck. Dans l’atrium de cette demeure dessinée et aménagée en 1898 par le peintre qui lui a donné son nom, un public averti se presse autour de la Genevoise venue présenter son catalogue et son travail. D’un étage à l’autre, les visiteurs passent en revue ses pièces iconiques, comme ses Shopping Bags exposés dans le salon de style Art nouveau de la maison.
La femme omniprésente et les dérives consuméristes ponctuent l’exposition et dialoguent avec l’art du propriétaire des lieux, cofondateurs de la Sécession munichoise, réputé pour son bel-esprit mondain. Ainsi le First Spaceship on Venus impose le fuselage rose pailleté de sa fusée dans le fumoir réservé aux hommes. «Franz von Stuck s’est toujours considéré comme un génie. Il y avait Michel-Ange, Rubens et lui», lance, amusée, la curatrice de la villa, Verena Hein.

Capitale de l’art allemand

Résidence des ducs, des princes électeurs et des rois, Munich n’était en 1158 qu’un cloître perché sur une colline qui regroupait une poignée de moines. L’histoire de la ville sera vite dominée par la dynastie des Wittelsbach qui règne en Bavière à partir de 1180 et ce durant sept cent trente-huit ans.
La capitale se mue au fil des décennies en une «Athènes de l’Isar», du nom de la rivière qui l’arrose. Des artistes défilent à la cour des rois Maximilien 1er, Louis 1er et Maximilien II. De nos jours, les Munichois doivent les richesses de leurs pinacothèques situées dans le quartier muséal au sens artistique de ces monarques qui collectionnèrent des œuvres tout au long de leur règne. L’ancienne, la nouvelle et la moderne pinacothèque traversent, grâce à leurs objets, sept siècles d’histoire de l’art.

Le bâtisseur des châteaux déments détestait Munich mais aimait les cygnes. Il se fit construire un jardin d’hiver agrémenté d’un lac artificiel sur le toit de l’aile nord-ouest de sa résidence royale

Fou ou extravagant? Louis II, dont Luchino Visconti fit un héros romantique de cinéma, épongera pour sa part la dette de Wagner avant de devenir son fidèle mécène. «C’était aussi un fin 
gastronome. Le fils du roi Maximilien II faisait appel à la créativité révolutionnaire de ses cuisiniers», explique Christian Michel, le jeune chef talentueux du Schwarzreiter Tagesbar qui s’inspire de la gourmandise du souverain pour revisiter la cuisine bavaroise. Le bâtisseur des châteaux déments détestait Munich mais aimait les cygnes. Il se fit construire un jardin d’hiver agrémenté d’un lac artificiel sur le toit de l’aile nord-ouest de sa résidence royale. Insomniaque notoire, il chevauchait des nuits entières dans le manège, le Marstall, épuisant ses écuyers.

A sa suite, l’Etat libre de Bavière et de riches industriels poursuivront cette tradition de mécénat avec l’ouverture du musée Brandhorst, du nom d’un collectionneur et homme d’affaires fortuné. Toujours dans le même quartier, le Lenbachhaus réunit les peintures du mouvement moderniste munichois, le Blaue Reiter, auquel participèrent Vasilly Kandinsky et Paul Klee.

Surfeurs urbains

Retour sur l’avenue royale de Prinzregenten. Les colonnes de l’édifice Haus der Kunst, la maison de l’art, sont reliées entre elles par des tiges de bambous et des vases en porcelaine. Cette œuvre, signée Ai Weiwei, faisait déjà partie de l’exposition «So Sorry» que l’artiste chinois avait organisée en 2009 dans ce qui fut l’écrin du régime nazi. Ce musée fondé par Adolf Hitler en 1937 abritait chaque année une exposition sur les idéaux à la fois esthétiques et artistiques du Führer imprégné par le classicisme grec.

Depuis, la relique architecturale du Troisième Reich conjure son passé mouvementé. En ce moment, Christian Boltanski, artiste contemporain français marqué par la mémoire de l’Holocauste, raccorde le musée avec son histoire en collant sur la façade sud des portraits en noir et blanc des membres du groupe antifasciste «Rote Kapelle» pris au moment de leur arrestation.

Sous ces photos, un groupe de surfeurs serrés dans leur combinaison en néoprène avalent des bretzels. A quelques mètres de là, à la hauteur du jardin anglais, les cyclistes s’excitent sur leurs sonnettes pour faire fuir les badauds qui encombrent leur piste. Ces curieux se rassemblent sur un petit pont. Sur les 8,75 km de rivières de ce parc plus grand que Central Park à New York, court une vague artificielle produite grâce à un mécanisme de pompage. Le rouleau attire les adeptes de la planche en eau douce. L’un d’eux lance un «salut» en dialecte à des Chinois descendus d’un bus avant de plonger dans l’onde. Ce «Grüß Gott» en patois marque la volonté dans la population de faire perdurer coûte que coûte la tradition bavaroise. Laquelle se répercute dans le port du costume régional lors des noubas officielles. Le passé et la modernité. «Le laptop et la culotte de peau» comme se définissent eux-mêmes les Munichois.

Bière et saucisse

Pour preuve, direction la fête de la bière qui, depuis 1811, fait mousser une fois l’an la ville. Exit le néoprène, c’est dans son short en cuir, communément appelé «Lederhose» que le maire de Munich déclame la formule magique: «O`zapft is!» (C’est tiré!) inaugurant ainsi l’Oktoberfest. Chaque année, le politicien élu tente de percer le premier tonneau de bière à l’aide d’un marteau en bois. En 1950, il aura fallu à Thomas Wimmer dix-neuf coups contre deux pour Christian Ude, premier citoyen actuel et recordman de la discipline.

Ce festival de 16 jours se tient les deux dernières semaines de septembre pour se terminer le premier dimanche d’octobre. Mais seules six brasseries peuvent officiellement vendre leurs produits durant la fête. La plus vieille? L’Augustiner-Brau date du XIVe siècle. Ses moines, dit-on, y brassaient une bière plus forte durant le carême pour mieux résister à la faim. En chiffre, l’Oktoberfest ce sont 5,9 millions de visiteurs en 2015 qui ont bu 7,5 millions de litres de bières, avalé 235 356 paires de saucisses et 79 023 jarrets de porc. Sans oublier les 122 bœufs qui auront fini en entier sur le gril. De quoi vous donner déjà l’ivresse.


Y aller:

Avec Swiss, 4 vols par jour de 1h15, chaque jour de la semaine. Dès Frs 165.- en economy. 

Y manger:

Au Schwarzreiter Tagesbar, le chou devient du kimchi, la bière du gel qu'on agrémente d'un crumble de bretzel et d'une espuma de fromage Obatzda. Les talons de porcs, eux, sont revisités en pralinés. 

Y dormir:

Situé au cœur de la vieille ville, l'hôtel Louis donne sur la place du marché Viktualienmarkt avec ses brasseries en plein air. Son décor rappelle celui, raffiné, de la série Mad Men. 

Plan shopping:

Dallmayr, ancien fournisseur de la cour, le traiteur de Munich propose des mets raffinés, du café torréfié sur place, des liqueurs et des confitures maison. 

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