Ma montre et moi

Nathalie Herschdorfer: «Ma montre me demande de respirer»

La directrice du Musée des beaux-arts du Locle et historienne de l'art  raconte le rapport qu’elle entretient avec sa montre et avec son temps

Nathalie Herschdorfer dirige depuis 2014 le Musée des beaux-arts du Locle. Spécialiste de l’histoire de la photographie, elle relançait, en 2010, le festival Alt. +1000, exposition en forme de promenade organisée autour de l’image fixe. Cette année, elle en assure la codirection artistique avec la journaliste Caroline Stevan pour une 5e édition qui musarde dans les paysages neuchâtelois.

Alors, le temps, c’est quoi pour quelqu’un qui voue sa vie professionnelle à parler des artistes qui le figent? «C’est une notion qui m’échappe parfois un peu, reconnaît l’historienne de l’art. Je ne suis pas comme ces personnes qui peuvent vous dire intuitivement l’heure qu’il est. Lorsque je suis concentrée, je peux me laisser embarquer sans savoir combien de temps j’ai passé dans une activité. Pendant des années, je n’ai d’ailleurs pas eu de montre. L’écran de mon téléphone me suffisait. Et puis, en Suisse, l’heure s’affiche absolument partout dans les rues. Pour moi qui voyage beaucoup, cela fait de notre pays un cas unique.»

Lien maternel

Des montres, Nathalie Herschdorfer en possède quand même. Deux. «Un modèle Tank de Cartier, dont j’aime le côté hyperclassique – il a été créé en 1917 – et aussi le fait qu’il est unisexe, ce qui me convient assez bien.» Comme aussi son Apple Watch, qu’elle porte le plus souvent. «Alors que je serais plutôt férue de mouvements mécaniques. Du coup, j’ai choisi l’écran le plus traditionnel, celui avec le cadran et les aiguilles. Mais cette montre n’est pas la mienne. Elle appartient à ma fille aînée de 19 ans à qui je l’avais offerte pour remplacer une Casio qui avait rendu l’âme au bout de dix ans.

Au bout d’un mois, elle l’a rangée au fond d’un tiroir. Elle ne l’aimait pas. Elle bipait en permanence. Elle devait aussi l’enlever la nuit pour la recharger. J’ai hésité à la vendre. Et puis je me suis dit que j’allais la porter. J’y voyais une certaine manière de perpétuer à travers cet objet le lien avec ma fille. Comme je ne m’en sers que pour lire l’heure, elle a été configurée sans aucune de ces fonctions d’alerte que je déteste.»

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Sauf une qu’elle n’a pas choisie et qui surgit automatiquement sur son petit écran numérique. «A intervalle régulier dans la journée, un message apparaît, qui me dit de me lever. Et un autre où s’inscrit le mot «breathe» et qui me demande de respirer. Au début, je trouvais ces annonces un peu inquiétantes. Et puis avec le temps, j’ai appris à les apprécier. Elles me font réfléchir, me rendent plus attentive à la manière dont mon corps fonctionne. Et font en sorte de me donner des petits moments dans la journée où je me dis qu’il faut me calmer.»


Alt. +1000, du 31 août au 22 septembre à Neuchâtel. plus1000.ch

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