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En contrebas du sommet, un éperon rocheux émerge des brumes, témoin de l’ancienne activité volcanique du massif.
© Olivier Joly

Ascension

Les neiges du mont Kenya

Les sensations de la haute montagne dans un univers africain, c’est tout le charme d’un trek sur le deuxième sommet d’Afrique. Spectaculaire, inattendu, intense… et accessible à tous

Pour qui veut tutoyer les sommets, il est bon de se souvenir de règles élémentaires. «Le symbole de l’eau, c’est H2O. Elle contient de l’oxygène. Il faut donc boire très souvent», explique posément David, guide officiel du Mountain Club of Kenya, aux marcheurs dont les visages sont creusés par l’effort. David sait de quoi il parle: il compte à son actif plus de cent ascensions du mont Kenya, premier sommet de son pays et deuxième d’Afrique. Lorsqu’il s’agit d’encourager les trekkeurs dans les derniers hectomètres de l’expédition qui les mène à l’altitude de 4985 m, il sait trouver les mots. Une petite gorgée, un petit pas, bien contrôler sa respiration… Allez, il faut se remettre en route: le soleil ne va pas tarder à se lever sur la cime.

De toutes les merveilles naturelles du pays, le mont Kenya est le parent pauvre. Il n’est pas aussi grand public que les parcs animaliers: Masaï Mara, Amboseli ou Tsavo. Les amateurs d’aventure lorgnent plutôt vers le voisin tanzanien, le Kilimandjaro (5895 m), mythifié par Ernest Hemingway et distant de 320 kilomètres à vol d’oiseau. Moins élevé, moins connu, cent fois moins arpenté, le sommet du Kenya a pourtant tout autant à offrir. Même la neige. «D’autant que 90% de ceux qui en tentent l’ascension parviennent à leur but, quand à peine la moitié atteint le sommet du Kili, plus exigeant et versatile en termes de météo», précise Vincent Boulanger (African Eagle), opérateur touristique.

Jusqu’à la moitié du XIXe siècle, il n’était pourtant pas un Européen pour croire aux sornettes de ces tribus d’Afrique de l’Est qui évoquaient Kirinyaga, «la montagne blanche», siège de leur divinité Ngai. Il y eut bien le témoignage du missionnaire allemand Johan Krapf pour faire naître le doute. Mais ce fut seulement quand l’Ecossais Joseph Thomson revint d’expédition au mont Kenya en 1883 qu’il fut permis d’y croire: c’était bien de la neige qui voletait sous ses yeux, lui qui avait commencé la marche en short et chemisette.

Bouses d’éléphants

Rendez-vous au Mountain Rock Café de Nanyuki, à deux heures de route de Nairobi. Une bourgade agricole, qui est également le siège d’une base militaire anglaise. De quoi rassurer ceux que les risques terroristes ont fait fuir le pays. «Il existe trois voies principales. Chogoria, la plus longue et spectaculaire; Naro Maru, la plus rapide et fréquentée; et Sirimon, très belle et assez progressive», explique David, un doigt sur la carte. Les deux plus hauts sommets de la montagne, le Balian (5199 m) et le Nelion (5188 m) étant réservés aux alpinistes chevronnés, la pointe Lenana (4985 m) est le but de la plupart des groupes.Parc national, le mont Kenya est un ancien massif volcanique circulaire, d’une soixantaine de kilomètres de diamètre, aux pics pyramidaux et aux crêtes découpées.

De chaque point cardinal, des vallées s’enfoncent vers les sommets. Ce qui a sculpté un relief moins monolithique que celui du Kilimandjaro. Il offre même «l’un des paysages les plus imposants d’Afrique de l’Est avec ses sommets accidentés couronnés de glaciers, ses landes afro-alpines et ses forêts d’une grande diversité», selon l’Unesco qui l’a inscrit depuis 1997 à son patrimoine mondial.

La première étape du trek, d’une durée de trois heures, traverse une forêt pluvieuse pour atteindre le refuge Old Moses. De 2600 à 3300 m, l’effort est modéré, mais les premiers effets de l’altitude imposent un rythme lent. Le long de la piste en latérite, on aperçoit empreintes et bouses d’éléphants. Mais pas trace d’une trompe. En revanche, des singes colobes et une foule d’oiseaux bariolés. Des lichens en cheveux de sorcières tombent des feuillages. Les fougères s’épanouissent. Impossible de se croire dans les Alpes. Le dépaysement est total.

Dans le refuge rustique mais confortable, la soirée s’emplit de récits de voyage. Les plus prudents ne tardent pas à s’étendre sur leur couchette. A l’aube, il suffit de quelques pas dans la fraîcheur pour apercevoir le Graal de l’expédition émerger à l’horizon. Une dent triangulaire, grise, acérée. Pour s’en approcher, en ce deuxième jour de marche (9 heures), le sentier suivra la vallée de Mackinder, qui porte le nom du géographe britannique Sir Halford John Mackinder, premier homme à avoir réussi l’ascension en 1889. Sur le mont Kenya, les toponymes des pics, vallées et refuges mêlent figures tribales et aventuriers.

Passage de l’équateur

Un panneau signale soudain le passage de l’équateur. Sous ce ciel d’orage, aigles et buses survolent la lande de bruyères, aux vallons casse-pattes striés de ruisseaux. Les trekkeurs se protègent de la pluie dans leur veste dernier cri. Guides et porteurs optent pour un parapluie. Peu à peu, le paysage devient fantasmagorique: le sentier est cerné de lobélies et de séneçons géants, deux plantes aux formes étranges, caractéristiques de cette zone. Le regard est attiré par de drôles de marmottes: des damans des rochers. Ce sont en fait des cousins de l’éléphant et du dugong selon certains scientifiques, difficiles à croire.

«La faune, la flore, les forêts et les lacs, ainsi que cette atmosphère de haute montagne font de l’ascension du mont Kenya un voyage très particulier. On est loin de l’image du tourisme de masse accolée au pays», apprécie Michel Laplace-Toulouse, responsable de l’agence African Latitude. «Chez nous les Kikuyus, qui vivons sur ses flancs, c’est une montagne sacrée. La terre y est bonne, la pluie favorise nos cultures. Chaque année en décembre, nos anciens y montent pour demander de bonnes récoltes et la paix», opine Nelson Kimani, guide. Son plus beau souvenir? «Il y a trois ans, j’ai assisté un groupe d’Américains non voyants. Tous ont réussi leur pari.»

Jour de chance

Voici le refuge Shipton (4200 mètres), dans un cadre superbe dominé de hauts pics. Maux de tête, perte d’appétit, le mal des montagnes commence à se faire sentir. La nuit sera une brève parenthèse. Dès 3h du matin, les marcheurs se mettent en route, leurs lampes frontales dessinant une chenille lumineuse. Quelques dizaines de randonneurs par jour, ce n’est pas la cohue du mont Blanc, d’autant que la pointe Lenana est accessible toute l’année. Certains préfèrent dormir à l’Austrian Hut (4700 m) pour tenter l’ascension au crépuscule, seuls ou presque. Dans tous les cas, nul besoin de cordes ou de crampons. Les glaciers se réduisent comme peau de chagrin. Et la neige ne tient qu’en fine couche. Le mont Kenya est accessible au plus grand nombre. Et sans aucun danger.

Il faudra trois heures pour avaler les 700 derniers mètres de dénivelé, sacrément raide. Prévenant, rassurant, David se sent investi d’une mission: emmener tous ses marcheurs en haut. Juste avant l’aube, dans un univers purement minéral, voici qu’apparaît le drapeau aux couleurs du Kenya qui marque la pointe Lenana. Une brume rosée nimbe le chaos de roches grises et ocre, presque rouges, avant de dévoiler vallées et plaines sous un lit de nuages. C’est un jour de chance. Certains, dans la même semaine, ont dû renoncer devant une tempête de neige. Même sur l’équateur, c’est la montagne qui décide. 


Y aller

Genève-Nairobi, dès 400 francs via Casablanca (14 heures de vol, Air Maroc) ou 850 francs avec Swiss et une escale à Zurich pour 10h10 de vol. A Nanyuki ou Naro Moru, il est possible de s’adresser en direct à une agence proposant l’ascension. Compter autour de 800 francs par personne, nuits, repas, guide et porteurs inclus.

Organiser son voyage

Terres d’Aventure propose un circuit complet de 8 jours, alliant safari dans la très belle réserve
de Samburu et trek de trois jours au mont Kenya par la voie Sirimon, avec trois nuits en refuge et sous tente, le tout en groupe réduit. A partir de 2200 francs. www.terdav.com

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