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Nicolas Ghesquière s’est inspiré de l’œuvre de Hélio Oiticica, pionnier de l’art concret brésilien, pour réaliser les robes pliages et les parkas de la collection présentée dans le cadre futuriste du Musée d’art contemporain de Niterói dessiné par...

Mode

Nicolas Ghesquière, mode in Brasil!

Louis Vuitton a présenté sa collection Croisière 2017 le 28 mai à Rio de Janeiro, dans le cadre futuriste du Musée d’art contemporain de Niteroi dessiné par Oscar Niemeyer. Malgré la récession et l’instabilité politique du pays, la maison, présente depuis 26 ans au Brésil, investit sur le long terme

«La question n’est pas de savoir pourquoi on présente notre collection Croisière à Rio, mais pourquoi aucune grande maison européenne n’a jamais pensé à défiler ici avant? Le Brésil fait partie des plus grandes démocraties au monde, nous y avons une très belle clientèle, extrêmement fidèle, cela fait 26 ans qu’on l’habille, elle méritait la primauté de la Croisière!» En une phrase Michael Burke, le président-directeur général de Louis Vuitton, répond à une pluralité de questions et résume l’enjeu de la présence de la maison au Brésil. Même si la septième puissance mondiale s’enfonce dans la récession depuis 2014 et que le marché prévoit un recul du PIB de 3,6% en 2016 (le Brésil avait déjà terminé l’année 2015 dans le rouge avec une contraction de 3,8% en 2015). «La clientèle brésilienne fait partie de nos top ten! confie le PDG. Avec le prêt-à-porter et les souliers, nous faisons plus de chiffre d’affaires au Brésil que dans certains pays qui se disent à la mode!»

Elles sont partout d’ailleurs ces clientes aux corps magnifiques, habillées en «total look» LV, qui se font des selfies autour du Musée d’art contemporain de Niteroi dessiné par Oscar Niemeyer. «Vous voyez, elles sont là, elles aiment leur corps, la lumière, le soleil, les couleurs, la sensualité, elles aiment tout ce qu’on aime», relève Michael Burke en balayant de la main l’air autour de lui comme pour désigner les quelque 220 clients invités parmi les plus fidèles de la marque et dont 60% sont brésiliens.

Soucoupe volante

Quand on évoque la situation politique instable du pays, avec la récente destitution de Dilma Rousseff remplacée par le vice-président Michel Temer, Michael Burke répond: «Momentum! Louis Vuitton n’investit pas en fonction d’un timing, mais sur le long terme. Si vous investissez selon les cycles économiques, vous vous trompez la plupart du temps: le temps que vous arriviez, que vous trouviez vos équipes, votre emplacement, construisiez votre magasin, embauchiez votre personnel, vous vous retrouvez dans une phase négative. Nous investissons en fonction des potentiels de chaque pays.
Et au Brésil, nous ne sommes pas à contre-courant: cela fait plus de vingt ans que nous sommes présents et nous avons six magasins.»

Choisir le Musée d’art contemporain de Niteroi comme décor fut une autre histoire. Fermé au public pour cause de restauration, le MAC a ouvert ses portes le 28 mai, en avant-première, exprès pour le défilé. Selon la presse brésilienne, Louis Vuitton aurait participé aux frais à hauteur de 1,5 million de reis (env. 400 000 euros) sur les 7 que coûtera la rénovation. Cela lui a permis d’avoir la primeur des lieux et de permettre à ses mannequins d’arpenter le revêtement rouge de la rampe qui mène à la coupole de béton peint de blanc. «Une fleur naturelle croquée d’une seule ligne», comme la décrivait son architecte Oscar Ribeiro de Almeida de Niemeyer Soares, de son vrai nom. Cette coupe portée par un calice de 9 mètres de diamètre d’apparence si fragile est coulée dans la terre. «Un lieu incroyable pour présenter une collection qui l’est tout autant, s’enthousiasme Catherine Deneuve. Comme de la science-fiction: des filles de demain dans une soucoupe volante! Tout ce qui crée la beauté a une fonction», observait encore Oscar Niemeyer.

Folklore décalé

Les premiers passages de la collection ressemblent à des tableaux abstraits vivants. Des robes courtes et longues à la fois, avec des aplats de couleurs primaires, des ouvertures et des superpositions, des courbes faisant écho à celle du musée, des jupes enroulées comme des serviettes de plage, des sandales en néoprène, «sortes de baskets qui viennent de la mer», explique Nicolas Ghesquière.

Le directeur artistique s’est inspiré des œuvres de Hélio Oiticica, pionnier de l’art concret brésilien au milieu des années 50 et de son usage tridimensionnel de la couleur pour réaliser ses robes pliages et ses parkas. On retrouve également dans la collection un motif fleuri inspiré de l’art naïf d’Aldemir Martins. Et quelques imprimés joueurs de foot pour la touche de folklore décalé.

Une malle allongée joue le «ghetto blaster» de luxe, un peu nineties, tellement Rio, ville où la musique est partout. «J’ai grandi avec un Boombox, confie Nicolas Ghesquière, mais ceux-ci fonctionnent avec le Bluetooth du téléphone portable. Ces sacs sont l’extension des petites malles que j’ai créées en arrivant chez Louis Vuitton.»

«J’aime l’idée que Nicolas Ghesquière intègre dans sa collection la culture du pays, souligne l’actrice Alicia Vikander, qui vient de remporter l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour The Danish Girl. J’aime ce mélange de couleurs et de matières qui rendent ces vêtements sophistiqués et sport, avec quelques éléments un peu bohèmes. Cette collection porte clairement sa signature: c’est son style. C’est comme un voyage dans l’espace.»

Esprit de corps

En voyant chaque matin courir les Cariocas devant la plage de Copacabana ou d’Ipanema, sur cette langue de bitume qui leur est dédiée, on comprend mieux d’où vient l’inspiration sportswear de cette collection. «A Rio, tout le monde fait du sport, tout le monde prend soin de son corps», s’amuse une Carioca le lendemain du défilé, jour du marathon de Copacabana. Avant d’ajouter, plus grave: «Dites à vos lecteurs que nous méritons de meilleurs hommes politiques! Il y a dix ans, nous étions un miracle économique. Aujourd’hui, on a chuté, mais je suis persuadée que l’on s’en sortira: les Brésiliens sont des travailleurs.»

«C’est une collection pour les femmes au corps sublime», fait remarquer une invitée. Vraiment?… Après avoir vu des femmes arborer leur corps comme des trophées sur les plages de Rio de Janeiro, – les minces, les rondes, les petites, celles aux formes parfaites ou les autres, aux contours ondulés – il est réconfortant de penser que cette collection s’adresse aux femmes qui osent, qui sont fières de leurs courbes ou de leur absence de courbe. Des femmes puissantes qui courent et se battent. Parce que c’est cela dont est faite leur vie aujourd’hui.

«Seule m’attire la courbe libre et sensuelle de la nature, la courbe des montagnes, des vagues de la mer, des nuages du ciel, du corps de la femme préférée», disait Oscar Niemeyer.


«J’aime cette architecture radicale mais avec des courbes, comme le corps d’une femme»

Nicolas Ghesquière, directeur artistique de Louis Vuitton, revient sur son expérience brésilienne et sur sa collection à la fois sportive et sophistiquée.

Le Temps: Cette collection est à la fois sport et romantique, épurée et sophistiquée, et surtout très colorée. En quoi s’inspire-t-elle du Brésil?

Nicolas Ghesquière: C’est un mix tropical urbain. Le Brésil est un mélange de grandes cités avec une architecture extraordinaire et une nature tropicale qui explose à l’intérieur des villes. Je voulais refléter cela avec cette collection. Je suis un étranger ici, j’apporte des vêtements un peu sombres, urbains, dans une ville où règne la couleur. Je suis venu en novembre dernier, j’ai visité la ville, le Musée de Demain, différentes parties de Rio, le mélange de favelas et de résidences. Je voulais rendre ce contraste, ce chaos.

- Les voyages que vous faites modifient-ils votre perception de la mode?

- Mon rôle est d’observer ce qui m’entoure, d’absorber les choses, un peu comme un vortex. J’ai les yeux ouverts, parfois un peu trop. Forcément, tout cela se retrouve dans les collections.

- Vous êtes une sorte de traducteur de ce qui vous entoure, or justement, certaines robes semblaient inspirées de l’architecture d’Oscar Niemeyer.

- Oui je me suis inspiré de la palette des blancs et des couleurs de Niemeyer, tellement puissantes, ses formes organiques. J’aime cette architecture à la fois radicale et en même temps avec des courbes comme celles du corps d’une femme. Et quoi de plus inspirant pour créer une robe?

- Est-ce que les futurs Jeux olympiques, qui se tiendront à Rio ont eu une influence sur la collection?

- Oui bien sûr! On retrouve des vêtements sport, très «body conscious». Les filles qui ont ouvert le défilé portaient des superpositions de robes en jersey. Vous savez combien j’aime le sportswear. C’était idéal d’apporter cette thématique au Brésil.

- Finalement, cette collection est assez hybride.

- Vous pouvez la porter comme vous voulez. Mettre un top par-dessus une robe, si vous voulez camoufler les motifs vous mettez du blanc dessus. J’aime l’idée que les gens mélangent un peu tout: des pièces casual avec des vêtements de plage. C’est d’ailleurs ce qui est intéressant avec la mode: les gens sont obsédés aujourd’hui par le luxe, par l’image qu’ils donnent de soi, l’envie d’être vus, d’être très habillés, et en même temps ils sont obsédés par leur corps et les vêtements de sport. Certaines pièces de la collection sont en cuir mais complètement brodées. C’est finalement assez Vuitton l’alliance du sportswear et de la sophistication.

- La décision de défiler à Rio a été prise bien avant la destitution de Dilma Rousseff. Le pays est en pleine récession. Quelle influence la situation à la fois politique et économique a-t-elle eue sur ce défilé?

- Nous nous sommes posé la question en effet. Mais quand on est l’une des marques les plus puissantes du monde, il est important d’envoyer un message fort, d’affirmer que cette situation ne nous fait pas peur et que les idées doivent voyager. Montrer cette collection Croisière au Brésil ne se résume pas à un défilé de mode: c’est aussi une proposition culturelle. Et les gens ici la perçoivent comme telle. Oui la situation est transitoire et assez instable, mais ce n’est pas une raison suffisante pour que les gens cessent de voyager au Brésil.

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