Ma montre et moi

Nicolas Le Moigne: «Ma montre est le seul bijou que je supporte»

En plus notamment de ses activités de consultant, le designer Nicolas Le Moigne dirige le master luxe de l’ECAL. Il raconte le rapport qu'il entretient avec sa montre et avec son temps

Il dirige le master luxe de l’ECAL, lance son nouveau bureau de Family Office créatif (LE MOIGNE LE MOIGNE) et gère, en parallèle, son activité de designer indépendant. Nicolas Le Moigne est aussi père de famille, président des Amis du Mudac et membre du comité de soutien au projet Plateforme 10. Et prépare en ce moment la présentation, au prochain Salon international du meuble de Milan, des objets de cuisine en marbre, fruit de la collaboration de ses étudiants avec le designer Pierre Charpin et la maison italienne Marsotto. «Je me souviens de l’époque où je savais de tête tous mes rendez-vous de la semaine. Maintenant, en passant d’une vie à l’autre, être précis dans les timings n’est plus une option. Pour autant, je ne porte pas de montre pour savoir l’heure. Comme beaucoup de personne, j’ai mon smartphone pour ça. Mais parce qu’elle est un complément vestimentaire, un accessoire pas forcément fonctionnel, mais qui indique l’état d’esprit dans lequel je me trouve.»

En 2016, Cartier choisissait le designer franco-suisse comme ambassadeur de son nouveau modèle Drive. «Elle m’accompagne depuis cette époque. Des montres j’en possède quelques-unes, mais j’entretiens avec celle-ci un lien particulier. D’abord parce qu’elle me rappelle les rencontres que j’ai pu faire grâce à elle chez Cartier, notamment avec Serge Rabassa, alors son directeur de la création horlogère. Ensuite parce qu’elle s’accorde avec tout. Au niveau du fond, elle a l’air plutôt classique, alors que, dans sa forme et ses proportions, elle est complètement contemporaine. Elle est luxueuse, attire les regards tout en restant paradoxalement assez discrète. Du coup, elle fonctionne aussi bien avec un look street qu’avec une tenue plus habillée. C’est idéal pour quelqu’un comme moi qui aime bien changer de vêtements souvent», explique le designer, qui, pour autant, n’a jamais dessiné de garde-temps.

En quête de créativité

«Ma seule expérience horlogère consiste en deux cadrans que j’ai réalisés pour une marque suisse. Mais c’est une industrie qui m’a toujours beaucoup attiré et que je connais relativement bien. A travers mon poste de responsable du master luxe de l’ECAL, j’ai été amené à collaborer avec Vacheron Constantin, Audemars Piguet et d’autres marques. Cela dit, c’est un challenge que je relèverai volontiers. D’autant qu’on sent comme un frémissement, un mouvement dans cette industrie. Déjà par le fait que beaucoup de petits labels émergent et qu’ils sont ouverts à tester des choses nouvelles. Et que même les grandes maisons, réputées conservatrices, sont prêtes à faire intervenir des designers issus d’autres domaines pour amener de la créativité.»

On pense par exemple à Hermès, qui a choisi Ini Archibong, un de ses anciens diplômés, pour créer une nouvelle collection de montres femmes. «Là aussi, c’est une histoire de rencontre. Je l’ai présenté au directeur création et développement de La Montre Hermès, qui cherchait des nouveaux talents. Le courant a très bien passé», continue Nicolas Le Moigne, pour qui la montre est le seul bijou qu’il tolère. «Collier, bracelet… Je ne supporte pas de porter quelque chose qui m’enserre. Rien qu’une bague me donne l’impression d’étouffer.»

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