A la différence de la mélancolie qui nous met dans un état de paralysie, de temps suspendu, propre à la rumination mentale, la nostalgie peut être source de bien-être. Voire même un moteur à travers certaines étapes de notre existence. Comme le disait Gabriel Garcia Marquez, «la vie ce n’est pas ce qu’on a vécu, mais ce dont on se souvient et comment on s’en souvient».

Le fait d’aller chercher des éléments anciens qui ont constitué ce que nous avons vécu dans le passé peut se révéler positif dans la mesure où cela n’implique pas de regrets, mais plutôt une énergie qui pousse vers l’avant. Je découvre par exemple chez certains de mes patients une forme d’esthétique de la morosité, des choses qui serrent le cœur. Chez ces personnes qui disent aimer pleurer, provoquer les larmes par les souvenirs heureux peut agir comme une berceuse réconfortante.

Cette tendance à chercher du réconfort dans le passé a toujours fait partie de l’humain, mais elle s’intensifie probablement en cette période de crise sanitaire. On ravive en mémoire les phases de notre vie dans lesquelles nous étions dans la plénitude de nos moyens, de notre vie familiale, de nos liens sociaux. Dans ce sens, la nostalgie nous ramène à des lieux sûrs, des refuges intérieurs à même de mettre du baume au cœur dans un temps présent plus déstabilisant.

Souvent, les pensées nostalgiques qui nous traversent peuvent même être des invitations à agir pour déclencher des expériences positives dans la vie actuelle. Par exemple, si je me remémore avec émotion l’odeur du cheval après l’effort, un mélange particulier de cuir et de musc, cela peut signifier que j’ai besoin de renouer avec les équidés. Si je repense aux grandes tablées familiales au bord de la mer, ce peut être un appel à consacrer du temps à sa tribu familiale et à se reconnecter au grand bleu dès que possible. Autrement dit, la nostalgie peut nous amener à prendre des résolutions, à retourner vers certaines choses dont on a apparemment encore besoin pour être nourri, pour être en harmonie avec nos besoins, nos potentiels.


Patrick Estrade, «Ces souvenirs qui nous gouvernent», Ed. Robert Laffont

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