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Au parc national Acadia, aux Etats-Unis, on peut pister les chauves-souris baguées. La préservation des espèces sur place est soutenue par l’ONG The Nature Conservancy.
© Nick Hall

tourisme

Ces nouveaux 
voyageurs 
en quête de sens 

Ecolo et responsable, un nouveau tourisme voit le jour. Et si l’on profitait des vacances pour sauver la planète?

Au début du documentaire Avant le déluge porté par Leonardo DiCaprio, l’acteur se souvient du Jardin des délices terrestres de Jérôme Bosch qui accompagnait ses nuits d’enfant et a forgé son goût pour l’art. Le triptyque – qui montre, à gauche, «Le Paradis» avec Adam, Eve et Dieu; au centre, un jardin délicieux; et, à droite, les tourments de «L’Enfer» – sert de fil conducteur au film. L’être humain se trouve encore dans un jardin délicieux, mais, s’il continue à massacrer la planète, il ne tardera pas à griller en enfer.

Pour montrer les effets du changement climatique, Leonardo DiCaprio part à la rencontre de scientifiques travaillant dans les zones critiques, en Antarctique, par exemple, où la banquise disparaît, ou à Sumatra, où des forêts entières sont réduites en cendres pour laisser place à des cultures de palmiers à huile. L’acteur se sent concerné par la cause environnementale et y sacrifie une partie de son temps et de son argent.

Comme lui, nombreux sont les hommes d’affaires qui participent activement à la sauvegarde de la planète pour pouvoir continuer à en profiter, à l’instar d’Ernesto Bertarelli et de sa femme Kirsty. Par le biais de sa fondation, le couple œuvre main dans la main avec des gouvernements, ONG et scientifiques, à la création d’une série de réserves marines protégées – comme celle de Chagos, dans l’océan Indien – où la pêche et les touristes sont interdits et où les populations d’espèces en danger peuvent à nouveau se développer.

Sur une calotte glaciaire

L’écovolontariat n’est bien sûr pas réservé aux acteurs hollywoodiens et businessmen à succès. Les citoyens lambda s’y mettent aussi durant leur temps libre. «J’ai commencé par aider des amis chercheurs dans leurs travaux de terrain dans les Alpes durant les week-ends, puis je suis partie pendant mes congés en Alaska et au Kirghizistan, explique Saskia Gindraux, trentenaire et doctorante en glaciologie. En Alaska, je me déplaçais tous les jours à skis pendant des heures sur la partie enneigée d’une calotte glaciaire pour aller mesurer la densité de la neige. Il n’y avait personne à des centaines de kilomètres à la ronde. Au Kirghizistan, on a dû marcher deux jours pour accéder au glacier. Vingt ânes et un chameau portaient notre matériel. Pouvoir vivre de telles expériences dans sa vie, c’est inoubliable!» Mais ce n’est pas 
la seule motivation de l’universitaire. «Je veux pouvoir raconter à mes futurs petits-enfants comment c’était avant que le changement climatique ne ravage la planète, un peu comme un 
historien le fait avec les civilisations disparues.»

Compter les mantes

Un jour, la Terre ne sera peut-être plus tout à fait la même. «Pendant mes vacances, j’ai passé un mois à Madagascar 
pour photographier et recenser un maximum de mantes 
religieuses, détaille Dimitri Känel, 20 ans, étudiant en sciences. L’île fait partie 
des endroits où on trouve le plus d’espèces endémiques, mais les nombreux feux de forêt détruisent leur habitat. J’organise un autre voyage prochainement pour continuer ce travail de recensement.» Aller voir, mettre en mémoire pour témoigner, un jour, de ce qui fut.

«Je suis partie deux fois en Méditerranée pour la même ONG, Swiss Cetacean Society, raconte Karine Genilloud, 46 ans, active dans le secteur de l’informatique. 
Il s’agissait de missions visant à mesurer l’impact du trafic 
maritime sur ces zones et les cétacés qui viennent s’y reproduire. Le fait de participer à ce genre de mission plutôt que 
de partir bronzer sur une plage donne du sens à mes vacances, je peux me dire que j’ai été utile à quelque chose.»

Prêter son yacht

Nombreux sont les ONG, instituts universitaires et polytechniques qui recherchent du renfort pour des missions sur le terrain. Mais ça n’est pas la seule façon de participer: 
les propriétaires d’un yacht sont toujours plus nombreux à mettre à disposition des chercheurs leur bateau 
plutôt que de le laisser à quai. «Pour les scientifiques, 
cela coûte très cher d’aller en mer, explique Julienne Beblo, 
en charge des programmes de SeaKeepers Society, une ONG fondée en 1998. Nous trouvons des yachts privés qu’ils peuvent utiliser pour leurs missions. En contrepartie, les propriétaires des bateaux peuvent participer à ces expéditions, s’informer et apprendre à connaître en profondeur les océans sur lesquels ils aiment tant naviguer.»

Il peut s’agir de toutes sortes d’expéditions, tagger (marquer) des requins aux Bahamas ou prélever des échantillons de plancton. Autre avanatage non négligeable pour les propriétaires qui prêtent leur bien: une déduction fiscale calculée en tenant compte du nombre de jours durant lesquels leur navire a été mobilisé, des frais d’essence ou encore du matériel mis à disposition
 de l’équipage.

Cotisations à la carte

La communauté du yachting est ainsi particulièrement active sur le terrain de la protection marine. Ce qui est bien normal: hormis leurs moyens financiers souvent importants, les plaisanciers sont en première ligne pour constater les dégâts et s’en désoler. 
«Il y a quatre ans, nous avons lancé, avec le prince Albert 
II de Monaco, le Blue Marine Yacht Club», indique Sarah-Jane Skinner, responsable des partenariats pour la Blue Marine Foundation.

Cette communauté réunit de riches passionnés du monde entier, les époux Bertarelli, la princesse Zahra Aga Khan (la plus âgée des filles de l’Aga Khan) ou encore Simon 
Le Bon, le chanteur du groupe Duran Duran. «Notre club permet aux personnes qui ont du pouvoir de l’utiliser collectivement pour contribuer à la sauvegarde des océans, 
de renverser la situation et de lutter contre la pêche intensive.» Il existe trois types de cotisations au Blue Marine Yacht Club. La première coûte 25  000 livres sterling par an, la seconde 100  000 et la troisième 250  000.

Hormis la satisfaction de participer activement à la sauvegarde des océans, les membres sont invités régulièrement à toutes sortes d’événements VIP, ils ont droit 
à des tours exclusifs des différents projets de conservation 
en cours et ils reçoivent un fanion dessiné par Ralph Lauren lui-même qu’ils peuvent accrocher à leur bateau en signe 
de reconnaissance.

Tourisme intelligent

Consacrer son temps libre aux scientifiques et se battre pour la protection de l’environnement plutôt que de se prélasser sur une plage all inclusive, quel altruisme! Mais ce n’est pas que la planète qu’on cherche ainsi à sauver: on vise aussi à élever son âme. «L’écovolontariat répond à un besoin très actuel qui consiste à vouloir donner du sens à ce que l’on fait», analyse Stefan Fraenkel, directeur de LIFHE à Lausanne, un institut spécialisé dans l’observation des nouvelles tendances en matière de tourisme, hôtellerie et accueil. Il ne s’agit plus de se contenter de donner de l’argent pour une cause mais de se dépenser physiquement pour celle-ci. «Autour de cette tendance sociétale de fonds, on assiste à l’avènement d’un tourisme «intelligent» qui va de pair avec une action citoyenne.»

Sans pour autant s’oublier: en boudant le sable fin et les cocotiers, on se distingue de la masse. «Il y a un aspect presque égocentrique, conclut Alain Najar, professeur à l’Ecole hôtelière de Lausanne. On est dans l’exclusivité, on passe ses vacances différemment des autres touristes. Et peut-être même qu’on sauvera la planète!» Tout en caressant secrètement l’espoir d’inscrire son nom à la postérité. «Il s’agit de prendre part à l’histoire en train de s’écrire!»


Quatre ONG à la rescousse de la planète

The Nature Conservancy

La mission de cette organisation de protection de l’environnement, fondée en 1951 aux Etats-Unis, consiste à préserver les plantes et animaux constitutifs de la diversité biologique, et ce, en protégeant les ressources naturelles dont ces organismes ont besoin, comme l’eau par exemple.
Active dans plus de 30 pays, The Nature Conservancy compte plus d’un million de membres et protège une surface de près de 550 000 km2. Parmi les nombreuses missions réussies de l’organisation, celle qui a consisté, en 2014, à faire à nouveau couler l’eau dans les derniers miles du delta de la rivière Colorado, asséchés notamment par les activités agricoles, industrielles et urbaines. Six mois plus tard, de nouvelles formes de vie faisaient leur apparition.  www.nature.org

The Ocean Cleanup

Fondée par Boyan Slat, un étudiant néerlandais en aérospatiale de 22 ans, cette ONG propose une idée simple pour débarrasser les océans des déchets plastiques. Son idée? Créer une barrière flottante d’une centaine de kilomètres de long ancrée dans les fonds marins et qui forme un immense V dans la mer. Sous l’eau, des panneaux verticaux bloquent les résidus plastiques, mais laissent passer le plancton et les poissons. Sous l’effet des courants, les détritus de toutes tailles viennent s’engouffrer dans la pointe du V, puis sont pompés et stockés par une énorme colonne d’acier de 2800 tonnes qui flotte et fonctionne aux énergies solaire et hydraulique. The Ocean Cleanup a levé plus de 10 millions de dollars et espère déployer son système cette année ou la prochaine au large des côtes sud-coréennes.  www.theoceancleanup.com

The Pew Charitable Trusts

Fondée en 1948, cette organisation à but non lucratif, indépendante et non gouvernementale, dispose aujourd’hui de plus de 5 milliards de dollars d’actifs. Une manne dont elle se sert pour améliorer les politiques publiques, informer et stimuler l’action civique, notamment autour des questions sanitaires et environnementales. Parmi les nombreuses missions menées à bien par l’organisation, l’Antarctic Krill Conservation Project, soit la réintroduction du krill antarctique dans son milieu originel. Ce petit crustacé n’est généralement pas utilisé pour la consommation humaine, mais il est capturé de manière intensive pour être transformé en nutritifs pour l’aquaculture et en huiles pour compléments alimentaires. Or cet invertébré est un élément clé de la chaîne alimentaire de l’Antarctique, puisqu’il constitue la base de l’alimentation des espèces vivant dans les eaux australes.   www.pewtrusts.org

YachtAid Global

Cette organisation fournit de l’aide humanitaire aux communautés côtières reculées. Depuis sa création en 2006, YachtAid Global a développé un vaste réseau regroupant des propriétaires et équipages de yachts, ainsi que toutes sortes de donateurs et bénévoles qui sont à même
de fournir de l’aide en cas de catastrophes. Au cours des dix dernières années, l’ONG a secouru plus de 100 000 personnes de plus de 20 pays différents.  www.yachtaidglobal.org

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