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Iris Apfel à New York, novembre 2016.
© CJ Rivera

beauté

La nouvelle vague argentée

Les réseaux sociaux en font des stars, la mode les affiche toujours plus, les plus de soixante ans seraient-ils le nouveau cool? L’injonction de la jeunesse à tout prix cohabite désormais avec une nouvelle acceptation de la vieillesse

«Personne n’est jeune après quarante ans, mais on peut être irrésistible à tout âge», disait Coco Chanel. Il semblerait que ses successeurs en prennent enfin conscience. Depuis quelques années, les grandes marques de mode affichent des icônes de plus de 60 ans. On a vu Joan Didion poser pour Céline, Joni Mitchell pour Saint Laurent et Lauren Hutton ou Charlotte Rampling pour d’autres. Le point commun? Elles sont montrées telles qu’elles sont: de belles vieilles dames.

«Avant, à part l’actrice et top modèle de mode américaine Carmen Dell'Orefice, on ne voyait des personnes âgées dans la publicité que pour vanter des médicaments. Il y a un vrai changement dans la manière dont ces femmes attirent les marques et sont représentées, au-delà des célébrités», témoigne Ari Seth Cohen, qui peut d’ailleurs se targuer d’avoir participé à cette évolution. Son blog, Advanced Style, lancé en 2008, est un hymne à la vitalité de femmes de plus de soixante ans qu’il repère pour leur style pointu et photographie au quotidien. Le succès du projet a été tel que le jeune homme a depuis publié deux livres et coréalisé un documentaire.

Icônes du vieillissement

Une réaction à notre société obsédée par la jeunesse? Alors que la population des pays développés vieillit à toute allure, l’idéal affiché est de vieillir en beauté, de rester jeune. Voire de ne pas vieillir du tout, une sorte de propagande anti-âge, comme si ses signes traduisaient une décadence insoutenable. «Les gens me remercient souvent pour mon travail, me disent qu’ils ont l’impression de ne plus faire partie de notre monde, que les médias s’adressent aux jeunes, qu’ils se sentent invisibles», observe Ari Seth Cohen.

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La vie ne s’arrête pas à la soixantaine, et ses muses montrent bien que la passion, l’aventure, la joie, le sexe aussi, ne s’éteignent pas avec l’âge. Révélées par Advanced Style ou par les réseaux sociaux, certaines sont même devenues de véritables phénomènes, tout particulièrement idolâtrés par les plus jeunes. Linda Rodin, 70 ans, a plus de 200 000 followers sur Instagram, Sarah Jane Adams, 62, en a presque autant mais ce n’est rien à côté d’Iris Apfel, 96 ans, ou de Helen Van Winkle, ou plutôt Baddie Winkle, 95 ans, la vieille dame indigne aux 3 millions de fans! Elles sont toujours très lookées, extravagantes ou classiques, sans jamais se prendre au sérieux. Sans doute, avec leur flamboyance, sont-elles un bon antidote à la peur de vieillir.

Il existe même un culte

Les millennials en quête d’authenticité et de diversité vouent à ces vieilles dames un véritable culte. «Sur Instagram, on entre dans leur histoire de vie. Et elles en ont souvent beaucoup à raconter. C’est une partie de leur succès, elles sont vraies», souligne le blogueur. «Joan Didion aussi, qui montre dans la pub Céline une expression véritable de sa personnalité.» C’est toute la beauté du documentaire Advanced Style, où l’on découvre le quotidien de six de ces femmes devenues ses plus proches amies. Avec la joie et la créativité qu’elles expriment par leur style vestimentaire, mais sans cacher les difficultés de l’âge, la maladie, le deuil. Qu’elles affrontent avec une sagesse et un humour irrésistibles, tout en découvrant la nouvelle vie qui s’ouvre à elles depuis qu’elles sont devenues des célébrités.

«Dès le début plusieurs de mes modèles ont été approchées pour apparaître dans des campagnes, reprend Ari Seth Cohen. Au début je les aidais à trouver leur image. Maintenant avec les réseaux sociaux, elles peuvent se débrouiller toutes seules. Elles constituent une petite armée de femmes plus âgées qui prennent très à cœur leur rôle de modèle pour les plus jeunes femmes, en rupture avec l’image habituelle de la vieillesse. Ce lien intergénérationnel bénéficie aux deux parties: ces dames sont revigorées par l’intérêt qu’on leur porte et ont un impact réel sur la manière dont on perçoit l’âge.»

Changement de mentalité

Si cette tendance concerne essentiellement des femmes dont le sort face au temps qui passe a toujours été cruel, quelques mastodontes de la beauté sont en train de changer la donne. Le magazine américain Allure, leader incontesté, a annoncé l’été dernier, dans un numéro dont Helen Mirren faisait la couverture, qu’il bannissait le terme anti-âge et ne parlerait plus des rides comme d’une maladie qu’il faut combattre.

Ces femmes sur le devant de la scène rappellent au monde que vieillir est une chance extraordinaire, que chaque jour qui passe offre l’opportunité de vivre une vie plus riche. Leurs rides s’accordent avec leurs personnalités et si elles déchaînent les passions c’est parce qu’elles donnent envie d’être comme elles, plus tard ou même maintenant. Elles sont libres, inspirantes et surtout cool.

En Australie, Sarah Jane Adams ou, aux Etats-Unis, Lyn Adler plaisent autant parce qu’elles sont complètement excentriques, imperméables à ce que la société, le bon goût ou les convenances attendent de femmes de leur âge. «Je pense que les gens aiment voir une femme qui vieillit et ne s’en inquiète pas, qui vit sa vie pleinement sans avoir peur et sans se mettre de limites, analyse l’Australienne. Les plus jeunes semblent soulagées de constater que la vie après 40, 50 ou 60 ans peut être amusante et même légère.»

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Dure à cuire

Française établie à Londres, Sylviane Degunst, 59 ans, est devenue mannequin récemment, après avoir été auteure pour enfants, journaliste et éditrice, grâce à l’attrait de sa chevelure blanche. «Mes cheveux sont ainsi depuis mes 17 ans et je ne les ai jamais teints. Pour moi c’était ma couleur», raconte-t-elle. Je n’ai aucun problème à utiliser le mot vieille, ce n’est pas un gros mot!»

L’américaine Baddie Winkle a choisi le pseudonyme «badass», la dure à cuire qui n’a peur de rien. Excentrique à l’extrême, elle séduit avec son côté provocateur et ses tenues aux imprimés de feuilles de marijuana ou de licornes. Moins extravagante, plus chic et plus cool encore, la viennoise Erni Stollberg, 95 ans, pose dans des tenues hyper pointues et est idolâtrée par les tribus de la mode. «Quand j’ai commencé ce projet, je savais que le style et le culot de ces femmes allaient attirer l’attention, mais dans le fond, c’est vraiment leur personnalité et leur sagesse qui maintiennent l’intérêt de leur audience», réfléchit Ari Seth Cohen.

L’Oréal, Nars ou Covergirl recrutent désormais Helen Mirren, Charlotte Rampling ou Maye Musk pour promouvoir les produits destinés aux femmes de leur âge ou même aux plus jeunes. Si d’aucuns voient ce changement comme opportuniste, on devrait plutôt s’en réjouir et féliciter ces marques de représenter le monde tel qu’il est. D’autant que les baby-boomers ont aujourd’hui atteint l’âge de la retraite et peuvent profiter d’un confortable pouvoir d’achat.

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En 2030, ils représenteront, dans les pays développés, 20 à 30% de la population. «Pendant longtemps, se souvient Sylviane Degunst, on a été traitées comme des accessoires, une au milieu de jolies jeunes filles blanches, mais c’est en train de changer, j’apparais dans les pages mode du Guardian toutes les deux semaines.» Et Netflix, la chaîne qui suit de près les mouvements de la société, vient de diffuser la quatrième saison de sa série à succès Grace and Frankie, avec Jane Fonda et Lily Tomlin. On y voit enfin des septuagénaires vivre la réalité de leur âge, avec humour. «Je crois que la série est si populaire parce que Lily et moi montrons que ce n’est pas si horrible de vieillir», déclarait Jane Fonda. «Elles restent des stars, mais ça a un impact, relève Ari Seth Cohen, l’âge est un sujet que l’on ne peut plus ignorer.»

Jeune dans sa tête

Ces femmes-là ont toutefois la chance d’avoir conservé un dynamisme exceptionnel, au risque d’assombrir ceux qui ne vieillissent pas ainsi. Mais en s’acceptant avec l’âge qu’elles ont, elles montrent aussi que cette vitalité est un état d’esprit. Joyce Capriati, figure clé d’Advanced Style à 86 ans abonde: «Je crois que c’est dans l’attitude et la manière de s’affirmer. Je peux, grâce à mon style et mon apparence, affronter le monde comme quand j’avais 30, 40 ou 50 ans.»

Et si la liberté d’être soi-même à tous les âges était justement le point commun à toutes ces icônes du vieillissement? «Cette liberté ce n’est pas l’âge, c’est un caractère», analyse Sylviane Degunst. «Moi, je n’étais pas comme les autres tout simplement, dans mon attitude, mes choix de vie, mon style. J’ai toujours eu confiance en moi, malgré mon grand nez, mes cheveux blancs, mes rides dans le cou.»

Si toutes les études montrent que la courbe du bonheur remonte après la cinquantaine, la vieillesse se prépare finalement toute la vie. En refusant les pressions de la société, en refusant de considérer l’âge comme un déclin inévitable, de considérer les personnes âgées comme des épouvantails de la maladie et de la mort. La plupart des plus de soixante ans est en bonne santé aujourd’hui et peut mener une vie riche. «Il y a quand même mieux à faire que d’avoir peur de l’âge, soyez créatifs, continuez à vivre, recommande Joyce Carpati. Il faut s’atteler à être une personne meilleure et plus intéressante quand on est encore jeune.»

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