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La nouvelle vague de la HEAD: Lucie Guiragossian

Quatre designers de la section Mode de la HEAD à Genève nous parlent de leur collection 5 – automne-hiver 2015 – qui marque la findu premier semestre de leur dernière année d’études.Talents à suivre

«Genève > Fribourg > Fribourg > Genève»

«J’aime me mettre en contact avec les autres. Le vêtement touche tout le monde, c’est pour ça que j’aime autant la mode.» Lucie Guiragossian fonctionne à l’instinct. «La première question qu’on se pose après la douche c’est: comment je vais m’habiller? Tout le monde se préoccupe de ce qu’il va porter, même si certains n’osent pas l’avouer. Avec la mode, je peux m’approprier ce que je vois et proposer mon univers au plus grand nombre.»

La Française, d’abord formée aux Beaux-Arts de Lyon puis aux Arts appliqués de Valence, admet ne pas toujours avoir été assidue avant d’entrer à la HEAD. «A Lyon, l’enseignement était très souple, ce qui alors me satisfaisait. Je dessinais mes motifs à la main et je les imaginais sur un corps, mais ça n’allait jamais plus loin. C’est cela qui m’a décidée à poursuivre des études en design de mode.»

La jeune femme s’intéresse à tous les processus en jeu dans la création d’une collection. «J’aime traduire mes idées en mots, choisir des photos inspirantes et construire mon mood board, concrétiser mes recherches autour des volumes, des coupes et des matières. Et enfin découvrir les supports de communication imprimés: c’est une de mes étapes préférées.»

Ce qu’il y a de flagrant quand on regarde la collection 5 de Lucie Guiragossian c’est l’importance qu’elle porte aux motifs et aux couleurs. «J’ai créé mon propre atelier de sérigraphie dans lequel je prépare les écrans et mélange les encres.» L’autre impression qui se détache des pièces c’est leur fonctionnalité. «Ce qui m’intéresse c’est d’utiliser le vêtement comme un outil. En travaillant autour des basiques du vestiaire masculin, je cherche à questionner leurs statuts en essayant d’améliorer la portabilité sans oublier la dérision. L’humour c’est important, j’ai besoin de rigoler.»

D’ailleurs la source d’inspiration de sa collection automne-hiver 2015 sonnait comme un trait d’humour. «Mon point de départ était des sièges de transports en commun de toutes sortes que j’ai pris en photo pendant environ un an.» Une inspiration qui ne se cantonnait pas qu’à l’aspect formel des choses. «Je me suis intéressée à l’espace du train. Je trouve que c’est un endroit très étrange. Il y a finalement peu de lieux comme celui-ci, où on se retrouve coincé, pour un moment allant de quinze minutes à plusieurs heures avec des gens que l’on ne connaît pas.» Un lieu rendant possibles toutes sortes de confrontations. «A 18h, on peut voir un homme en costume à côté d’un étudiant. Et un peu plus loin, une vieille dame qui rentre chez elle après une virée à Genève.»

La designer avait perdu l’habitude de prendre le train. «J’ai redécouvert ce moyen de transport en Suisse; en France, nous n’utilisons pas autant les chemins de fer pour nous déplacer.» Le titre de sa collection – «Genève > Fribourg > Fribourg > Genève» – parle très clairement de cet aspect quasi exotique de ses créations. «J’ai fait un voyage d’une petite journée de Genève à Fribourg, en changeant de train quand je le pouvais et à chaque fois je prenais des hommes en photo avec mon téléphone – 37 au total – ainsi que des notes.» Elle a ensuite classé tout cela en fonction des tenues portées par chaque personne photographiée et en cherchant à mettre en évidence les différentes «tribus» qui voyagent ensemble. «L’idée étant ensuite de créer un vêtement hybride, entre la chemise et la veste de sport par exemple, de mélanger les codes.»

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