Oh, les jolis jours, donc. Les jolis jours? Oui, les jours, parce que les défilés de mode parisiens insistent beaucoup, cette semaine, sur les tenues de cocktail, l'élégance des fins d'après-midi, bref parce qu'à Paris, les tenues de jour font de l'ombre aux robes des grands soirs. Les jours, aussi, parce que l'un des plus énamourants des défilés, celui de Stella McCartney, a décliné le smoking, habit du soir s'il en est, en des tons de jour surpris en train de s'ébrouer. Les jours encore, parce que les textures à canevas, les dentelles, les découpages, les tressages XXL, bref, les surfaces «à jour» seront l'une des tendances fortes du printemps 2009. Les jolis jours, les beaux jours, enfin, parce qu'en 48 heures seront passées plein de collections émouvantes. La preuve par 4.

Chez Akris

Une forêt, une forêt de vrais arbres sert de décor au défilé de la maison saint-galloise. Dix modèles passent. Les tons sont ceux de l'habitude, nuage, terre, galet, ciel, bois. Mais déjà les coupes ont pris des libertés - des libertés surveillées, certes, mais il y a des plissés relâchés, des bandes de transparences sur peau jazzy. Puis point la couleur, et c'est finalement le film d'un tableau pointilliste qui défile sur les robes cocktail, campagnes en fleurs comme embuées, robe plissée et imprimée façon forêt vue d'avion, palettes de couleurs juxtaposées. Le spectacle de la maîtrise demeure, mais il s'enrichit d'émotions. L'allure n'est plus seulement impeccable mais poétique.

Chez Dries Van Noten

«Je voulais une sorte d'illusion optique. Comme si le peintre américain Mark Rothko avait rencontré Victor Vasarely», avait déclaré, dans le journal Le Monde, le designer belge. Le résultat flotte encore plus au-dessus de ces nobles intentions tant la collection Dries Van Noten est la plus forte vue à Paris jusqu'ici. Il y a des carreaux noirs et blancs noués presque à l'africaine sur des sandales emperlouzées de rouge. Passent des robes nouées sur les hanches, des manteaux de damiers métalliques et puis arrivent les grands à-plats de couleurs, safran, noirs, violets, cyclamen, rose, courus de carreaux qui semblent en relief dans les satins de soie. Les colliers et leurs généreuses boules de métal rappellent le site du défilé et la fontaine Bury, dans le jardin du Palais-Royal.

Modernoromantiquement inspirant.

Chez Balmain

Pour qui sont ces vestes surépaulées, ces paletots à plastrons officiers décalés, ces si courtes robes anis mentholé dont le drapage est souligné d'incrustations noires, ces tutus ceinturés de pierres, ces grandes tenues dévoilant des laçages indiscrets, ces mini-robes rebrodées de brillances noires, violettes et vertes? Certes, Madonna, période «Recherche Suzan» inspire le créateur Christophe Decarnin au mieux de sa forme.

Mais on dirait que cet électrique vestiaire rock'n'luxe a été taillé sur mesure pour les rédactrices de Vogue ou les copines de Kate Moss.

Chez Stella McCartney

La veste de smoking est partout. Mais c'est ici qu'elle revit le mieux. La collection de la Britannique Stella McCartney s'ouvre sur les robes à col smoking agrandis et très plongeants ou sur des overall smokingiens teintés d'un rose pâle qui semble tombé d'un poudrier. Quand tant de collections resserrent la taille des vestes et surcarrent les épaules, Stella élargit les coupes, les laisse respirer, leur donne un chic entre le sport et le «pas fait exprès».

Puis les roses tournent aux gris satinés, de grands nœuds se portent cool au-dessus de la ceinture, des grandes djellabas aux motifs de fleurs géantes brodées battent des ailes. Puis une jupe de patineuse absinthe pâle, puis, quand même toujours, une énergie rock, puis de grands pulls gris lâches sur des combinaisons de paillettes chair et air. Et puis c'est encore plus joli.

Prochain rendez-vous, lundi, pour les derniers défilés parisiens