Voyage

Oman, simplicité heureuse

Loin du luxe tapageur de ses voisins arabes, cette «Suisse du Golfe» privilégie les joies de la nature et des traditions. Une aubaine pour touristes exigeants

Dès la sortie de l’avion, c’est l’avalanche. Le sourire des douaniers, les égards des bagagistes, la douceur des agents de sécurité, la politesse des chauffeurs de taxi. Oman serait-il donc le pays de la gentillesse? Possiblement celui de l’élégance masculine. Il faut les voir, les Omanais, déambulant fièrement dans leur dishdasha, cette longue tunique blanche faisant office de costume national, portée avec une délicate calotte brodée, le kuma. A côté d’eux, les touristes en short et en t-shirt passent pour des rustres. Bien sûr, aucun autochtone n’aurait l’idée de s’en offusquer ouvertement, courtoisie oblige.

«Ici, il n’y a pas le stress et les tensions que l’on rencontre dans les grandes villes. Les gens sont incroyablement calmes et respectueux», confirme Lotfi Daho, l’un de nos guides. Lui ne porte pas de dishdasha, c’est un expat. Il y a quelques années, au détour d’un séjour professionnel, cet Algérien de 33 ans a eu le coup de foudre pour Oman, ce pays prospère régi par le soleil et une histoire millénaire. Un sultanat où a survécu l’ibadisme, une branche minoritaire de l’islam qui prône une existence simple et un pluralisme ethnique et religieux. Oman est une monarchie absolue où les femmes représentent un tiers de la fonction publique, peuvent étudier, conduire, voter et se faire élire à la Chambre basse de l’organe législatif. Pourtant, quand Lotfi décide de s’y installer avec sa compagne, ses amis peinent à comprendre. «Ils trouvent que c’est un endroit ennuyeux où il n’y a rien à faire. Bien sûr, si l’on cherche à écumer les bars et à sortir en boîte de nuit, ce n’est pas le bon pays. Ses richesses sont ailleurs», souligne-t-il.

Tourisme contre pétrole

Oman n’est pas du genre influençable. Située dans le sud de la péninsule Arabique, cette monarchie pétrolière de 4,7 millions d’habitants s’inscrit à contre-courant du luxe criard de certains voisins, comme les Emirats arabes unis. Pour développer l’industrie touristique et accroître l’indépendance du pays face à la baisse des réserves de brut (5,4 milliards de barils en 2016, soit un peu moins de quinze ans de production), le vénéré sultan Qabus ibn Saïd – au pouvoir depuis quarante-neuf ans – a décidé de faire valoir les traditions d’accueil et de discrétion. Oman n’aura pas volé son surnom de «Suisse du Golfe». «Tout dépend de l’angle sous lequel la question est abordée, nuance Balz Abplanalp, ambassadeur de Suisse au sultanat d’Oman. En matière de diversité, de beauté naturelle et de stabilité politique, cette phrase peut être affirmée. Oman partage aussi avec la Suisse les valeurs de tolérance ainsi qu’une politique étrangère basée sur la promotion de la paix et du dialogue, des caractéristiques qui en font le pays le plus proche de la Suisse dans le Golfe. Néanmoins, héritiers de traditions et d’un passé historique qui lui sont propres, la société, le système politique ainsi que la structure économique du sultanat d’Oman ne montrent que peu de similarités avec la Suisse.»

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Reste qu’auprès des touristes, la formule fait mouche: depuis quelques années, Oman attire une clientèle exigeante, aisée et toujours plus nombreuse. En 2018, près de 3,2 millions de personnes ont visité le pays, contre 1,4 million en 2011. Le nombre de touristes suisses a, lui, quasiment triplé, passant de 6900 en 2011 à 18 000 en 2018. «Le sultanat d’Oman offre pour les visiteurs suisses un accès privilégié à la culture et à l’hospitalité orientales. Il faut dire qu’il est extrêmement aisé de voyager dans le pays, en raison tant des bonnes infrastructures que du niveau très élevé de sécurité. Enfin, Oman possède une grande diversité de paysages, entre montages désertiques du nord du pays et côtes verdoyantes du sud, qui plaît aux amateurs de nature que sont les Suisses», détaille Balz Abplanalp.

Modérément moderne

Enclavée entre l’océan et une imposante chaîne montagneuse, Mascate, la fringante capitale omanaise, au nord, est une sorte d’anti-Dubaï où la modernité flirte constamment avec les traditions. Jalonné par une ravissante corniche, l’ancien port de Mutrah a conservé l’atmosphère d’un village de pêcheurs. Entre 6h et 9h du matin, c’est l’effervescence au marché aux poissons, où clients, vendeurs et curieux se bousculent dans un joyeux foutoir. En fin de journée, quand l’animation est à son comble, des néons bariolés illuminent les devantures des échoppes et des restaurants. Sur les quelques terrasses faisant face à la mer, on sirote de la limonades au safran ou du café à la cardamome. C’est le moment de se perdre dans les interminables ruelles du souk de Mutrah, entre effluves d’encens et de bois de santal. Surplombée par deux forts portugais datant du XVIe siècle, la vieille ville Mascate offre quant à elle un intéressant circuit muséal, entre le nouveau Musée national et le Musée ethnographique de Bait al Zubair.

Changement d’ambiance à Ruwi, quartier d’affaires trusté par les banques, les compagnies aériennes, les 4x4 bling-bling et les immenses malls trop climatisés. Pour autant, n’espérez pas voir de gratte-ciel ou de tours exubérantes. Ici, comme dans les autres villes du sultanat, la hauteur des bâtiments est plafonnée à sept étages et les murs extérieurs doivent respecter un code couleur strictement binaire, blanc ou ocre. Restent deux joyaux de l’architecture omanaise contemporaine, l’Opéra royal de Mascate (2011) et la spectaculaire Grande Mosquée du sultan Qabus (2001). «C’est un lieu de paix et de méditation, les émotions s’y dématérialisent», assure Lotfi.

Nature intacte

Pour avoir la paix – ou partir à l’aventure – les Omanais ne sont jamais contre une virée dans la nature. Cette fois, c’est un autochtone qui nous guide. Un trentenaire polyglotte qui se méfie d’abord de nos questions sur ses origines et son mode de vie. «A Oman, on n’aime pas trop parler de sa vie privée ou de ses opinions politiques. On garde ça pour nous», explique ce compagnon de route qui demandera à rester anonyme. La retenue omanaise n’est décidément pas un mythe. La beauté des paysages non plus. En direction de la ville de Sour, la route côtière file entre montagnes arides et océan, émaillée çà et là d’oasis et d’oueds (des wadis). Avec ses eaux émeraude, le Wadi Shab tient presque du mirage. Pour y croire, il faut marcher au milieu des falaises de calcaire ocre, se baigner dans les piscines naturelles, explorer les petites grottes à la nage.

Autre paysage, autre mirage. Celui des Wahiba Sands, une mer de sable dont l’immensité vous avale. Ici, les dunes couleur or culminent à plus de 200 mètres. Si vous avez l’estomac bien accroché, essayez-vous au «dune bashing», sorte de conduite anarchique à toute allure dont raffolent les Omanais. Emotions fortes et frayeurs garanties. L’occasion de rencontrer quelques Bédouins qui, contrairement au cliché, ne vivent pas sous des tentes en poil de chèvre, mais dans de petites maisons aux abords du désert. La prospérité croissante de la région leur a permis d’aller chercher un emploi en ville, où ils se rendent en véhicules motorisés. Au point que dans certaines cités comme Nizwa, l’ancienne capitale, les dromadaires se retrouvent désormais passagers à l’arrière des voitures.

Pour être au plus près de l’Oman traditionnel, rendez-vous dans la région de Dejebel Akhdar («montagne verte»), où les terres culminent à 2000 mètres d’altitude. Partout, le paysage se pare de reliefs spectaculaires, petits villages de pierre ou de pisé inchangés depuis des siècles, vieux forts, vergers, cultures en terrasses. En avril-mai, il y flotte un parfum d’eau de rose, fleur choyée du petit village d’Al-Ayn. L’irrigation est assurée par les falajs, des réseaux d’adduction d’eau souterrains qui remontent au IIe siècle av. J.-C. On nous en explique scrupuleusement le fonctionnement à Misfah Al Abreyeen, merveilleux village perché à l’ombre des dattiers. Ici aussi, la modernité a fait son œuvre. «Je suis né dans ce village, où mon père m’a appris à cultiver les dattiers. Mais j’ai aussi eu de bonnes notes à l’école, et le gouvernement m’a donné la possibilité de choisir la vie que je voulais mener», raconte Ahmed al-Abri, 27 ans, un professeur d’anglais qui vit dans la partie moderne de Misfah. Un café dans une main, son smartphone dans l’autre, il contemple les terrasses verdoyantes. «En fin de journée, après l’école, je viens tous les jours à la ferme. Ce pays se développe de plus en plus vite, mais nous devons prendre soin de nos racines et de notre culture.»

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