Vous êtes un inconditionnel de la bûche de Noël, de la dinde aux marrons et des repas à répétition qui vous inondent de calories et de mauvais cholestérol? Autant le dire d’entrée: cette chronique n’est pas pour vous. Revenez la semaine prochaine: je parlerai de vin et de cinéma, un accord qui ne fâche personne.

Qu’on ne se méprenne pas: j’aime Noël, sa dimension spirituelle, la joie des enfants, les chansons devant le sapin et le temps réservé à la famille au sens large – quand nous verrions-nous, sinon? Ce bonheur d’être ensemble connaît une limite essentielle: il va souvent de pair avec un repas gargantuesque, sacrifice annuel pour faire plaisir aux siens. Avec les familles recomposées et autres parrains et marraines, le rituel peut se répéter quatre à cinq fois avec des menus qui se ressemblent. Le sourire est de rigueur, mais l’overdose guette.

Bien sûr, ce n’est pas une fatalité. Les codes peuvent être bousculés en renonçant aux standards historiques et aux nouveaux venus haut de gamme, foie gras, huîtres et autre caviar. Le risque est réel de voir les garants de la tradition se crisper, voire carrément s’insurger contre ce qu’ils considèrent comme un grave impair. Ils avaleront la pilule plus facilement si vous «ratez» votre repas des Fêtes avec panache. En offrant de la qualité, bien sûr, mais aussi en tenant un discours consensuel: vous ne souhaitez pas rompre avec la tradition, non, juste la «réinterpréter».

Dans cette idée, pourquoi ne pas remplacer l’inévitable saumon fumé par une soupe de poisson revigorante? Le foie gras poêlé par un tartare de veau rafraîchissant? Et la fameuse dinde par des cailles, plus goûteuses et plus rapides à cuire? L’originalité est aussi importante pour les vins. Privilégiez des crus avenants et digestes aux vieux bourgognes tuilés que beau-papa a mis lui-même en bouteilles il y a 30 ans. Et qu’il s’obstine à servir lors des grandes occasions.

Une astuce au cas où on vous servirait un vin en état de mort clinique, un classique dans la grande famille des gâche-plaisir. Vous pouvez passer l’obstacle avec élégance en évoquant «une légère déviation» due au bouchon qui mange les arômes du vin. Le maître des lieux changera de bouteille sans se sentir agressé sur ses goûts personnels. C’est aussi ça, l’esprit de Noël.