Le questionnement commence avant le départ; un week-end en famille signifie généralement la voiture pleine, et la voiture pleine doit représenter un quart du volume d’une «tiny house», ces micro-maisons inventées aux Etats-Unis en 2008 et toujours plus nombreuses de ce côté de l’Atlantique. Renoncer, donc, aux affaires de jogging et à la deuxième paire de chaussures. Expliquer aux enfants que le métallophone, les trois doudous et l’énorme jeu de société ne feront pas partie du voyage. Nous sommes parmi les premiers à tester le «tiny chalet» que la station valaisanne de Thyon vient d’installer sur ses pentes à l’intention des touristes.

«C’est une idée originale pour faire parler de nous, alors que les nuitées diminuent et que la concurrence est rude entre les stations, note Eric Crettaz, directeur de Télé-Thyon. En outre, ce logement écologique correspond totalement à l’esprit de la station.» Les tiny houses, ainsi, aspirent à l’indépendance énergétique, à une utilisation parcimonieuse de l’eau chaude et surtout de l’espace. Malgré cette bonne volonté citoyenne, celle-ci a peiné à trouver sa place.

«Nous aurions rêvé de l’installer au sommet, mais c’était compliqué en termes de sécurité. Nous avons finalement trouvé un terrain privé en bordure de piste, mais les autorités cantonales ont lu un article du «Nouvelliste» sur le projet et nous ont interdit de la laisser à cet endroit. Nous pensions que l’autorisation communale suffisait.» En cause, une législation qui suppose un permis de construire. Le tiny chalet a pourtant passé tout l’été dernier à Emosson, sans permis et sans souci. «Sans doute, l’Etat n’en a rien su», estime André Gaspoz, propriétaire de la maison. Finalement, l’entité initiatrice du projet, chargée du marketing de l’Office du tourisme, des remontées mécaniques, des commerçants et de la commune, a trouvé un terrain privé déjà pourvu d’une autorisation de construire. Et le logis a été posé avec près de deux mois de retard. Nous y sommes.

Confort et ingéniosité

La maison, tout en longueur et recouverte de bois blanc, est posée au sommet d’une butte, juste après le tapis roulant pour apprentis skieurs des Collons 1850. Elle est entourée de sapins et d’un matelas impressionnant de neige. Une cabane au Canada. Une table presque aussi longue que le chalet trône à côté, manière de ne pas prendre en défaut la convivialité valaisanne. Premier exercice: entrer à quatre et enlever ses chaussures trempées sur la protection de plastique sans déborder sur le «parquet». Impossible, il faut agir deux par deux. Enfin, balayer du regard. Une impression de confort et de convivialité se dégage. D’ingéniosité aussi, tant la petitesse des lieux n’est pas ce qui frappe en premier.

A gauche de la porte vitrée, la salle de bains, constituée d’une douche, d’un lavabo, d’une toilette sèche et d’une étagère. En face, la cuisine, presque démesurée face à l’espace disponible. A droite, une table murale à rabats. Au fond, un petit canapé-lit, deux tables basses, quelques casiers dans lesquels trônent bougies électriques, boîtes de rangement, jeux de société ou brochure de conseils pour économiser l’énergie. Tout y est. Au-dessus, une mezzanine avec un lit double, pourvue de deux fenêtres évitant l’effet d’oppression. Sur la salle de bains, un coin rangement.

La vie s’organise, entre séchage des combinaisons de ski dans la douche, tempête de neige au dehors dont on ne ressent pas le plus petit frémissement à l’intérieur – si ce n’est une importante condensation sur les fenêtres – et jeux de société dans le canapé. On est bien, lovés dans la promiscuité. Evidemment, on s’endort et on se réveille tous en même temps. Les repas sont pris deux à table et deux au salon. C’est que la petite maison est idéale pour un couple sans enfants, garnie de deux chaises seulement et de deux paires de chaussons. Des familles y vivent pourtant à l’année, avec tout ce que cela implique comme renoncements matériels et tracasseries administratives (lire ci-dessous). En week-end, cela revient à l’espace d’une chambre d’hôtel, en plus sauvage et plus ludique. «J’adore grimper dans la pièce là-haut, on dirait une cabane dans un arbre», clame l’aînée, ajoutant que «le problème, c’est la douche». Deux à trois minutes d’eau chaude à la fois, il faut savoir se dépêcher.

La préservation de l’environnement est au cœur du discours des initiateurs du projet. L’Office du tourisme de Thyon propose même l’organisation d’ateliers zéro déchet aux occupants du tiny chalet.

Ateliers zéro déchet

Ce dimanche matin, voici donc Eslyine Charrier qui débarque, en stop car sa voiture n’a pas supporté l’abondance de neige et un grand panier à la main. La jeune maman a quitté son travail d’infirmière pour ouvrir, en mai dernier, avec son compagnon le premier magasin bio de produits en vrac du Valais, à Sion. Depuis, «Chez Mamie» – clin d’œil au bon sens de l’époque – a essaimé à Lausanne, au Châble et ce samedi à Monthey. D’autres ouvertures sont prévues en franchise à Martigny, Corcelles, Payerne et Bienne. On y trouve des denrées sèches, des produits d’entretien, des cosmétiques, des sacs de tissu ou des croquettes pour chats, fabriqués artisanalement et le plus localement possible. Eslyne Charrier explique sa démarche: «J’ai eu le déclic après la naissance de ma fille. Je me suis demandé quel futur nous lui réservions en vivant ainsi. Nous avons commencé à réduire nos déchets, mais ce qui restait toujours au bout du compte, c’était les emballages du supermarché. D’où la naissance de l’épicerie.»

Eslyne commence par une introduction choc, assénant les chiffres – «En 2040, il y aura plus de plastique que de poissons dans les mers» –, les avantages de la méthode – gain de temps et d’argent, bon pour la santé et l’économie locale etc. – puis les conseils. En voici quelques-uns, en vrac évidemment: exit les produits chimiques, vive le vinaigre blanc et le bicarbonate de soude, brosser les légumes plutôt que les éplucher, remplacer le blush par un mélange cacao-cannelle, fréquenter les ludothèques plutôt qu’acheter des jouets chinois en plastique, emballer son sandwich dans un tissu passé à la cire d’abeille… Autant d’astuces qui prennent d’autant plus de sens dans une maison réduite à l’essentiel. Serait-ce en prévision de nos progrès en la matière que le tiny chalet n’est pourvu que d’une seule poubelle?

Tiny chalet, en location jusqu’au 17 avril. A partir de 99 francs la nuit, draps, linges et petit déjeuner inclus. Renseignements: www.tinychalet-thyon.ch

Atelier zéro déchet: Chez Mamie


Grand casse-tête pour petites maisons

Sans permis de construire, les tiny houses suisses terminent généralement dans les campings

On les avait rêvées comme des solutions miracles, à la crise du logement, au manque d’espace, à la surconsommation d’énergie et à la surconsommation tout court. Nées en 2008, les tiny houses ont débarqué il y a peu des Etats-Unis, trimballant sous leurs mini-toits un lot d’espoirs. En Suisse, une poignée d’habitants ont décidé de vivre dans ces maisons d’une vingtaine de m². Presque tous admettent aujourd’hui leur désenchantement. Non pas que la vie compactée leur déplaise, au contraire: «Je me suis débarrassé de beaucoup d’objets et je me sens plus léger», dit l’un, «On communique bien mieux dans la famille, on est bien obligés», renchérit l’autre.

Le principal problème tient à la législation qui encadre ces logements. Les cantons exigent un permis de construire, mais il est difficile à obtenir, pour des questions de normes. Certaines communes considèrent ces maisons à roulettes comme des caravanes et refusent de les accueillir. Les propriétaires de tiny houses sont donc généralement relégués dans les campings, bien que certains les éconduisent au prétexte que le logement possède une mezzanine, soit deux étages. En France, la loi les autorise à planter leurs roues dans un jardin, pour trois mois renouvelables.

L’ambiguïté est dans la tête des gens, qui ont l’impression d’acheter une caravane mais veulent l’utiliser comme une villa

Certaines familles romandes, préférant rester anonymes pour éviter de nouveaux tracas, ont ainsi dû déménager à plusieurs reprises. Géraldine Imhof, elle, dont la tiny sert de boutique-atelier, a trouvé un camping pour l’hiver mais devra déménager bientôt. «Ce n’est vraiment pas facile. Je songe à un chantier naval pour l’été, puisque les bateaux seront à l’eau», souligne cette fabricante de produits cosmétiques.

«Ces maisonnettes sont en principe interdites en dehors de la zone à bâtir, comme toute autre installation de ce genre qui ne serait pas destinée à l’agriculture», précise le service du développement territorial de l’Etat de Vaud. «Avant d’acquérir un tel logement, nous recommandons aux personnes intéressées de régler les questions d’installation, insiste Pierre Imhof, chef du service. Ce n’est pas parce qu’elles sont petites que ces habitations devraient être dispensées de permis de construire ou de respecter les normes. Elles sont traitées comme les autres maisons, sans dérogations ni difficultés supplémentaires. L’ambiguïté est dans la tête des gens, qui ont l’impression d’acheter une caravane mais veulent l’utiliser comme une villa.»

Problèmes de condensation

Pascal Cornu, fondateur de Swiss Tiny House, le premier à s’être lancé sur le marché en Suisse romande, assure avoir fermé boutique en raison de cette logique administrative. «Mes clients ne trouvaient plus d’emplacements. Les permis de construire n’étaient jamais donnés, en raison des standards d’isolation notamment. Même les campings ont fini par les refuser. J’avais une cinquantaine de personnes prêtes à passer commande, mais pas sans un endroit où se poser.» «Pour habiter une Tiny House, il faut un permis de conduire, pas de construire…», était pourtant l’un des slogans du fabricant basé près d’Yverdon. Outre ces tracasseries bureaucratiques, d’anciens clients de Swiss Tiny House pointent des problèmes importants de condensation. «On ne peut pas acheter une tiny house en croyant que c’est une villa, rétorque Pascal Cornu. Le confort est le même que dans un mobil-home.»

Fabian Caze vient d’installer son atelier de fabrication de tiny houses à Messery, à côté de Genève. Il se dit confiant: «Une fenêtre en PVC évite la condensation. Quant aux emplacements, on trouve généralement des solutions dans les campings.» A condition d’avoir envie de vivre entre un terrain de pétanque et des douches communes.