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Le canal Dōtonbori à Osaka.
© jnto

VOYAGE

Osaka, Epicure version japonaise

Capitale de la gastronomie de l’archipel, voisine frondeuse de Kyoto, la mégalopole nipponne regorge de gargotes. Son «street food» entremêle tradition et créativité contemporaine

Dans Le Gourmet solitaire, l’auteur de bande dessinée Jiro Taniguchi s’amuse: «Les gens d’Osaka seraient les «Marseillais» du Japon, plus joviaux, expansifs, directs… que les Tokyoïtes, supposés plus timorés, coincés, moins francs du collier.» La taille humaine de la ville, avec ses 2,66 millions d’habitants face aux 9,2 millions de Tokyo pourrait-elle être à l’origine de cette cool attitude? Pas seulement. Les habitants, aimant faire bonne chère, sont fiers de leur réputation de kuidaore (le délice épicurien de jouir sans limites des plaisirs de la table).

Située à l’embouchure de la rivière Yodo et autour d’une baie, Osaka possède moins d’étoiles Michelin que Tokyo. Il fait pourtant bon se retrouver au bord d’un de ses canaux, pour partager entre amis, et selon la mode latine, des spécialités au comptoir qu’on arrose à sa guise d’un vieux malt japonais. Ils appellent cela le style kappo.

Si l’on cherche l’origine de la réputation gastronomique d’Osaka, il faudrait revenir à l’ère Edo (XVIIe – milieu du XIXe siècle). A cette époque, la ville produisait une si grande quantité de riz pour le pays qu’elle avait reçu le surnom de «grenier du Japon» et de «cuisine de la nation». Depuis, il existe de nombreux dictons: «Les Kyotoïtes se ruinent en vêtements (kimono), les gens d’Osaka se ruinent en nourriture.»

La vie qui grouille

La déambulation gustative dans les rues électriques de la métropole commence sous terre. Bombardée durant la Deuxième Guerre mondiale, cette actuelle puissance économique, considérée comme la troisième ville la plus importante du pays, s’est, depuis, reconstruite à la verticale. Une verticalité qui prend racine dans les sous-sols de certaines gares. Le souterrain qui se désarticule autour de la station d’Umeda, réputée comme étant le plus grand complexe du Japon, se compare à un dédale kafkaïen avec sa vingtaine de sorties indiquées par des panneaux rarement en anglais.

Parmi la foule, l’étranger esseulé fixe hébété son GPS en quête de la lumière du jour. Annexées à la gare, au métro et aux centres commerciaux s’alignent des allées au kilomètre où se succèdent des gargotes lilliputiennes. Un autre dicton nippon veut que «l’idiot soit celui qui cherche des poissons dans les arbres». Ici, il les trouvera dans son assiette façon sushi et sashimi.

Dans les profondeurs de Namba, un autre arrêt de métro imposant, un passage est réputé pour ses yakiniku, des tranches de viande grillée et assaisonnées façon barbecue coréen. Impossible de le traverser sans que les papilles ne soient émoustillées par l’odeur émanant des cuisines. Il s’agit de résister car, à l’extérieur, la rue Dotombori, connue pour son ambiance festive et son canal, regorge de terrasses et de stands de street food.

En cas d’hésitation, il faut se fier aux autochtones. En voilà qui forment une queue improvisée et pourtant méthodiquement orchestrée devant deux étudiants tatoués. Ces derniers manient avec dextérité leurs baguettes et font revenir des beignets de poulpes cuits dans un gaufrier rond. Un véritable spectacle. Ces takoyaki, agrémentés de sésame et de ciboulette, se mangent en barquette, encore bouillants, et trônent à la première place du top 3 des spécialités d’Osaka.

Galette Fourre-tout

Direction le marché Kuromon. Depuis l’époque Taisho (début du XXe siècle), on l’appelle aussi «la cuisine d’Osaka». Sur 580 mètres se succèdent des étals de fruits, de légumes, de poissons et autres victuailles. On trouve beaucoup de fugu, le fameux poisson toxique. On craque pour un okonomiyaki, sorte de galette fourre-tout salée agrémentée de choux, de nouilles, d'œufs, de copeaux de poisson séché, cuite sur une plaque. Ce plat typique de la région du Kansai baignait avant dans de la sauce Worcester, cet assaisonnement anglais débarqué sur l’île à l’ère Meiji (1868-1912). Maintenant les yatai (restaurants ambulants) la servent avec une sauce dérivée et plus épaisse, plus pratique pour le take away.

Anciennement, tout le quartier autour du marché était celui du plaisir et du théâtre. On venait y apprécier les spectacles de kabuki, ce théâtre traditionnel japonais qui a vu le jour à l’époque Edo, au début du dix-septième siècle. Joué à l’origine par des hommes et des femmes, il a été par la suite interprété par des troupes exclusivement masculines, tradition qui a perduré jusqu’à nos jours. 

A ce stade du parcours, on peut retrouver l’avenue Midosuji bordée d’arbres et considérée comme les Champs-Elysées. Le quartier, avec ses ruelles parallèles, possède près de 800 boutiques. De quoi satisfaire toutes les fashionistas. On peut aussi faire une virée culturelle au Museum of Housing and Living. Ici, jean et baskets sont troqués contre un kimono d’époque histoire de revivre les belles années de la période Edo (1603-1867). On flâne en faisant claquer ses sandales en bois dans des ruelles reconstituées. Dans cette bulle, le temps file au gré d’un jeu de lumières précis. Une sorte de Truman Show historique à la sauce nippone qui ouvre de nouveau l’appétit.

Une bonhomie kitsch

Un peu plus au sud d’Osaka, Shinsekai s’inscrit comme le quartier à la fois populaire et emblématique de la ville. Ce «nouveau monde», si on se cale à sa traduction littérale, a été aménagé en 1912 et s’inspire tant de Paris avec la tour Tsutenkaku, une cousine de la tour Eiffel, que de New York. Après la Deuxième Guerre mondiale, ce coin délaissé se transforme en repaire de gangsters. Des yakuzas bardés de tatouages y fréquentent des prostituées. Aujourd’hui, la réputation sulfureuse survit avec les cinémas érotiques mais la tendance a viré vers une bonhomie kitsch. 

Les amateurs de cuisine régionale viennent là pour les kushi-katsu: un assortiment de viandes, de poissons ou de légumes frits et panés, servis sur des petites broches de bois que l’on trempe dans un bol de sauce tonkatsu. Attention à toi, ô malheureux à ne plonger ta brochette qu’une seule fois! Des affiches sont accrochées avec des punaises sur un mur suintant pour rappeler certaines règles de bienséance. Et comme il s’agit de se surpasser en originalité, on trouve encore dans le coin cheese cake et glace frite. Tout est permis.


Informations pratiques:

  • Y aller: Vol quotidien au départ de Genève desservi par Air France via Paris-Charles-de-Gaulle, la durée totale est de 14h50. A partir de 729 CHF en Economy et 1269 CHF pour la premium economy.
  • Y flâner: L’Osaka Amazing Pass permet durant deux jours de visiter la ville avec 35 musées et sites touristiques gratuits en plus des transports publics. Le pass pour le second jour connecte Kyoto pour une journée. Plus d’informations sur le site de l’office du tourisme d’Osaka.
  • Y dormir: L’hôtel Nikko Osaka est directement lié à l’une des sorties du métro Shinsaibashi. Il est prisé pour sa situation géographique: à proximité des restaurants du quartier de Dotonbori. Le petit-déjeuner propose deux buffets: occidental ou japonais.
  • Le voyagiste Tourasia met l’accent sur le service personnalisé et la réalisation individualisée de circuit. L’occasion de combiner Osaka à la découverte de Kyoto à vélo. 
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