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Le 17 septembre, la Distinction romande d’architecture 2014 (DRA3) sera décernée à une vingtaine d’objets contemporains réalisés depuis 2010«Le Temps», partenaire de l’événement, présente en exclusivité une sélection de réalisations nominées représentatives de cantons aux particularités constructives et culturelles spécifiques

Que signifie bâtir aujourd’hui? De l’ouvrage d’art planté dans le décor de façon magistrale à la construction imaginée comme une conjonction d’interactions entre l’usage auquel elle est destinée, un lieu déterminé et sa portée urbanistique, l’intention des architectes oscille. Répondant tout autant à des besoins humains qu’à une impulsion créatrice, à des lois scientifiques et surtout à de nombreuses contraintes, l’architecture devient aujourd’hui un vrai débat de société tant elle a d’implications dans notre vie quotidienne.

Juger de la pertinence d’une construction, au-delà de sa beauté formelle, et rendre ces arguments compréhensibles à tous – la discipline en elle-même restant encore relativement opaque pour les non-initiés –, c’est ce que propose la Distinction romande d’architecture (DRA). Basée cette année à Fribourg, cette session est la 3e d’un Prix quadriennal qui existe depuis 2006. Elle se compose d’un jury collégial d’architectes nationaux et internationaux renommés chargé de distinguer le meilleur de la production romande, soit des ouvrages «offrant des espaces de qualité aux activités humaines», selon Marielle Savoyat, l’architecte commissaire de la manifestation.

Du chef-d’œuvre de génie civil à la transformation d’un édifice patrimonial à usage privé, ces éléments du paysage bâti contemporain seront tous jaugés selon une même échelle, celle de la qualité. Laquelle notion recouvre, en architecture, des domaines aussi variés que l’architectonique pure, donc la forme, et sa relation à l’environnement bâti, soit la vision. Car la vocation de la DRA, qui met sur un pied d’égalité ce qui n’est a priori pas comparable, est aussi de récompenser des partenaires aux intérêts divers, que ce soit le maître d’ouvrage, l’architecte ou l’ingénieur, tous œuvrant en synergie dans un but commun: donner de la valeur à un paysage rural ou urbain qui appartient à tous.

«Nous avons reçu 289 candidatures, c’est un succès», estime Marielle Savoyat. Tout en soulignant, à l’heure du bilan, la faible représentation de certains cantons, tels le Jura, Berne et Neuchâtel, la sélection étant censée, initialement, incarner toute la Romandie. L’explication est purement statistique: «Il y a des régions qui construisent plus que d’autres», précise-t-elle. Le concours étant ouvert pour la première fois au génie civil et aux espaces paysagers urbains, la commissaire relève aussi que, malgré la présence d’une architecte paysagiste et d’un ingénieur au sein du jury, les experts de ces professions n’ont mis en avant qu’un nombre restreint de réalisations.

La sélection finale (nominés et lauréats) donnera lieu à une exposition itinérante dans toute la Suisse et en Europe jusqu’à fin 2015, où les points forts de chaque projet seront argumentés selon des critères aussi divers que l’organisation spatiale, la lumière, le respect d’un budget, le choix des matériaux, l’implantation dans le site ou encore l’émotion ressentie lors des visites des objets sélectionnés. C’est ainsi qu’un même bureau pourra être primé plusieurs fois. Marielle Savoyat insiste enfin sur l’influence majeure d’un des acteurs du projet, le maître d’ouvrage: «Son rôle est fondamental: plus il est sensible à la qualité architecturale, à l’environnement bâti, en plus de son propre intérêt, plus il instaurera un échange constructif avec l’architecte. C’est pour cela que nous souhaitons aussi le mettre en avant et le récompenser.»

En avant-première, sans avoir connaissance du palmarès du jury tenu secret jusqu’au 17 septembre, voici un florilège de projets nominés dont l’ingéniosité ou la beauté formelle découlent de contraintes liées à un lieu, à un budget, à un contexte particulier. Ils illustrent le fait qu’un geste architectural implique tout autant le maître d’ouvrage, avec ses attentes forcément subjectives, que les responsables communaux, lorsqu’il s’agit de redessiner le tracé d’une rue, ou encore le Service du patrimoine, lorsque de nouveaux usages imposent de redéfinir l’intérieur d’un bâtiment.

«Le maître d’ouvrage est fondamental. Nous souhaitons aussi le mettre en avant et le récompenser»