L’architecture

Le palais chinois de Prada

La maison de mode italienne a rénové la villa Rong Zhai à Shanghai pour en faire un lieu dédié à l’art contemporain

Dans une ville où tout change tout le temps, jour après jour, elle dénote, forcément. Vingt-six millions d’habitants, 70 millions si l’on compte la région qui l’entoure: Shanghai est devenue la ville la plus peuplée de Chine, l’une des plus grandes métropoles du monde. Les chantiers y sont innombrables et laissent peu de chance aux vestiges anciens. C’est regrettable mais c’est ainsi: à Shanghai, le vieux n’a pas sa place. L’ancien ne pèse pas lourd face aux ambitions dévorantes de la capitale économique chinoise.

Dans une rue passante mais calme, à deux pas d’un gigantesque mall à l’américaine dédié au luxe comme l’adorent les Chinois, la résidence Rong Zhai demeure hors du temps, magnifique, protégée par une grille de fer forgée et les hauts arbres qui l’entourent. Elle est l’un des derniers témoins du Shanghai d’il y a cent ans.

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Une bâtisse en déshérence

Construite entre 1899 et 1910, elle appartient d’abord à un riche Allemand expatrié, ce qui explique sa façade Beaux-Arts. En 1918, Yung Tsoong-King, alias «le roi du coton», la rachète. Il est à la tête d’une des plus grosses fortunes du monde. Il entreprend des travaux de rénovation qui la transforment. L’influence est résolument Art déco. Les meubles s’inspirent du design européen. Trois étages, des chambres à n’en plus finir, une bibliothèque, un bureau immense au dernier étage, une salle de billard, une terrasse et un vaste jardin, le tout en plein milieu de la ville… Yung Tsoong-King, son épouse et leurs sept enfants y sont à leur aise… Ils y reçoivent la haute société et y organisent des soirées, notamment dans la salle de bal. Mei Lanfang, la star de l’opéra de Pékin, y donne des récitals.

C’est la deuxième guerre sino-japonaise qui aura raison du bâtiment. En 1938, son propriétaire doit fuir la ville pour Hongkong où il meurt un mois plus tard. La maison est vendue, puis saisie. Abandonnée, oubliée de tous, elle tombe en ruine. Un institut de recherches économiques chinois puis le milliardaire australien Rupert Murdoch la louent à tour de rôle, sans pour autant la rénover.

Rénovation sino-toscane

Cette entreprise gigantesque, qui durera six ans, sera réalisée, à partir de 2011, par la Fondation Prada qui en a obtenu la gérance pour dix ans. La maison se visite depuis novembre 2017. Elle est désormais dédiée à l’accueil d’œuvres contemporaines comme celles, ce printemps, du Polonais Goshka Macuga, du Chinois Liu Ye, du peintre américain Richard Artschwager ou des Suisses Peter Fischli et David Weiss.

«Prada a toujours soutenu les domaines artistiques, explique Andrea Goffo, directeur de la communication de la Fondation Prada. Mais la préservation de lieux architecturaux nous tient aussi à cœur. C’est donc naturellement que nous avons soutenu cette œuvre avec l’idée d’aider au développement de l’art contemporain et d’entreprendre une restauration méticuleuse du lieu. Nous voulions aussi, au travers de cette maison, montrer notre attachement au dialogue entre cultures chinoise et européenne.»

Pour restaurer la villa Rong Zhai, Prada a fait appel aux mêmes experts et techniques que pour rénover la Galleria Vittorio Emanuele II à Milan ou le Palazzo Corner della Regina à Venise. L’architecte italien Roberto Baciocchi a été nommé à la tête du chantier. Des experts chinois ont également été associés aux travaux. Six années ont été nécessaires pour restaurer les parquets, les vitraux, les boiseries, les mosaïques, les cheminées…

Si Prada y a organisé un défilé en 2018, la maison ne sert pas d’espace de vente mais bien de lieu dédié à l’art contemporain, domaine dans lequel Shanghai s’impose comme l’une des capitales mondiales. «L’espace restera volontairement pratiquement vide de tout mobilier pour nous permettre d’y organiser des expositions, des présentations et des activités culturelles diverses, expliquent Miuccia Prada et Patrizio Bertelli. Ce qui importe le plus à nos yeux, c’est ce que Shanghai pourra apporter à la maison Prada Rong Zhai de façon à l’inscrire définitivement dans la vie culturelle, déjà très riche, de la ville.»


La visiter

N° 186 North Shaan Xi Road, Jing’an district, Shanghai.

Mardi, mercredi, jeudi et dimanche de 10 h à 17 h; vendredi et samedi de 10 h à 20 h.

+86 021 2218 0200.

Entrée 60 CNY (8 euros).

Y aller

Les Maisons du Voyage proposent un séjour de 8 jours et 5 nuits en novembre 2019 pour la Shanghai Art Week (foires Art 021 et West Bund Art & Design) à partir de 3190 francs TTC.

Où dormir?

Hôtel Peninsula, palace posé sur le Bund, avec la plus belle vue possible sur la baie, sa piscine intérieure et ses deux restaurants étoilés Michelin.

Chambre double à partir de 2400 CNY (342 francs).

N°32 The Bund, 32 Zhongshan Dong Yi Road, Shanghai

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