Porsche a déjà raté des modèles par le passé. Ici surgissent les souvenirs navrants de la 914 à moteur VW, de la 959 de Bernard Tapie, de la 944 taillée à la serpe. De même, l’apparition de la Panamera en 2009 a été accompagnée de réactions très contrastées. D’autant que cette extension du légendaire coupé 911 à une berline sportive à quatre places et cinq portes était attendue. Si au début des années 1960, Ferdinand Alexander Porsche – le petit-fils du fondateur — avait exprimé la quintessence de la légèreté véloce dans son dessin de la 911, la Panamera traduisait la balourdise. Sa poupe bulbeuse entrait en contradiction avec le long capot avant, créant un volume aux deux sections discordantes.

Porsche admet aujourd’hui que le design de la Panamera a été le motif principal de la discrète carrière commerciale de la voiture, malgré des améliorations cosmétiques apportées en 2013. En Suisse, depuis sept ans, la luxueuse berline se vend peu. Tout au moins loin des scores du best-seller Macan, du Cayenne ou de l’inoxydable 911. Une marque aussi orgueilleuse que Porsche devait réagir. En abrégeant l’histoire de la Panamera ou en reprenant la copie.

Porsche n’est pas le constructeur le plus rentable au monde pour des prunes. Il sait calculer, en particulier les marges bénéficiaires obtenues avec ses véhicules les plus coûteux. D’où le lancement actuel de la deuxième génération de la Panamera, à la silhouette bien plus évocatrice de la 911. La ligne de toit a ainsi été abaissée de 20 mm, l’empattement accru de 30 mm, le porte-à-faux avant réduit, le capot redessiné pour mieux faire ressortir le galbe des ailes. Même si elle plus longue et plus large que le précédent modèle, la nouvelle Panamera apparaît comme plus fine et homogène.

Signature nocturne

L’arrière, grâce au bandeau de LED qui relie les deux feux, a maintenant la même signature lumineuse que la 911. Au point qu’il est difficile, la nuit, de distinguer un modèle de l’autre.

Se caler sur la «flyline» imaginée il y a plus de 50 ans par F.A. Porsche aurait pu réduire la garde au toit des places arrière. Ou diminuer le volume du coffre. Il n’en est rien: grâce au plus grand empattement, la garde au toit est similaire à celle de la première Panamera. Et le coffre a gagné 50 litres. Son volume oscille désormais entre 500 et 1300 litres grâce aux sièges arrière rabattables.

Au-delà du style, c’est toute la berline haute performance qui a été revue en profondeur. Les motorisations et transmissions sont nouvelles, ainsi que la plateforme, les affichages ou commandes. Les différentes variantes sont toutes dotées d’une transmission intégrale à traction variable. Les roues arrière sont directrices, comme sur la 918 Spyder la 911 Turbo, la boîte à double embrayage et huit rapports, les suspensions pneumatiques et actives, le châssis lui aussi contrôlé en permanence. Bref, tout a été entrepris pour donner le comportement le plus dynamique et le plus précis a une berline qui pèse tout de même deux tonnes. Sur route sinueuse, la Panamera 2.0 étonne par sa vivacité millimétrée, même si sa masse la rend moins agile que les autres coupés de la marque. Le moteur V6 de la version 4S développe 440 ch, alors que le V8 de la Turbo en affiche 110 de plus.

Conduite prédictive

Cette seconde génération propose également des équipements inédits. Comme un assistant de vision nocturne, capable de prévenir un animal qui traverserait la chaussée par plusieurs appels de phare successifs. Ou, dès janvier prochain, un système Innodrive qui «verra» la route sur trois kilomètres (grâce au système de navigation 3D), adaptant ainsi les paramètres de la voiture à l’imminence d’une courbe accentuée, d’une côte prononcée ou d’une nouvelle limitation de vitesse. Selon le modèle, mais sans options, la Panamera millésime 2017 coûte entre 138 000 (4S) et 142 800 francs (Turbo).

Destin en question

Le cas de cette Porsche est d’autant plus intéressant qu’il incarne une tradition sportive en péril. Un V8 biturbo de quatre litres de cylindrée, malgré sa sophistication technique, a peu d’avenir dans un environnement de plus en plus régulé. Par exemple lorsque l’Union européenne imposera aux constructeurs une moyenne de 95 g/km de Co2, dès 2021. Porsche s’apprête à électriser toute sa flotte, y compris la sacrosainte 911, dont une version hybride apparaîtra en 2019. La Panamera hybride, prévue au printemps prochain, n’affichera – sur le papier — qu’une consommation de 2,5 litres par km et 56 g/km de Co2. C’est bien sur cette version vertueuse que Porche compte pour prolonger le destin de la berline de prestige.