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Monsieur Pablo Andrea Musaro, styliste, créateur de la marque Kabba. Photo Bertrand Rey
© Bertrand Rey

MODE

Paolo Andrea Musarò vous habille en «Mauvais garçon»

«Mauvais garçon» est la nouvelle boutique d’un homme pour les hommes, à Lausanne. Son propriétaire, Paolo Andrea Musarò, semble doux comme un agneau. En apparence

Lorsqu’on entre dans la garçonnière de Paolo, rue Marterey à Lausanne, des odeurs de cuir et de parfum vintage se mélangent. Le style, comme son propriétaire, oscille entre le classique et l’excentrique. L’eau, il la sert dans des verres à vin FLIMRA. Ni du cristal, ni un designer en vogue, mais bien Ikea. Sûrement le seul objet non chiné du magasin. Le bureau, au centre de la pièce, invite les clients à partager avec le maître des lieux. Dans une ambiance tamisée et presque charnelle, on se laisse facilement aller aux confidences. Paolo, d’un calme olympien, laisse son ardeur transpercer ses yeux vert menthe à l’eau.

Paolo Andrea, né à Payerne, tient à son prénom composé. «Il vient de mon oncle. Andrea est aussi le prénom de mes deux grands-pères.» D’origine italienne, ses deux parents viennent du même village dans la région des Pouilles. 39 ans? Les traits de Paolo traduisent un début de trentaine. «D’ailleurs, j’ai bientôt 40 ans!» dit-il spontanément. «Je n’ai aucun souci avec l’âge, je ne regarde jamais en arrière. Et à 40 ans, je m’étais promis d’avoir mon business. Et le jour de mes 39 ans, j’ai signé pour «Mauvais Garçon». La date n’était pas réfléchie, c’est tombé comme ça!»

Une rencontre décisive

Pourtant, Paolo ne croit pas au hasard. Sa rencontre avec Iwona, de la boutique KéTaLa plus haut dans la même rue, était une évidence. Un coup de foudre amical, voire même fraternel. Leur symbiose naît d’une collaboration professionnelle. Hasard calculé ou non, Iwona entre à ce moment-là dans le magasin, deux boissons fraîches en main. «Je me préoccupe de son hydratation!» Elle s’assied dans «son coin du magasin», sur les escaliers, juste au-dessous des photos vintage de Paolo.

Grâce à sa marque Kabba, créée en 2014 à partir de tissus africains, Paolo a rencontré Iwona. «Je lui ai proposé un prototype pour sa boutique et on a tout de suite accroché.» Paolo présente le duo comme des jumeaux, «on a été séparés à la naissance! On était en phase sur tout pour «Mauvais Garçon». Je dois le nom à Iwona. On cherchait des idées avec des mots-clés. A 3, on retourne nos papiers: moi, j’avais écrit «garçon», et elle a spontanément crié mauvais garçon!»

Le binôme se connaît depuis à peine deux ans. Leurs sensibilités fusionnent avec beaucoup d’affection dans le regard et d’attention dans les gestes. Iwona, toujours recroquevillée dans son espace, écoute Paolo avec admiration. «Il a une très belle sensibilité, beaucoup de goût et d’humour et ça, c’est rare! Je savais que la seule personne au monde pour reprendre le magasin, c’était Paolo.» Les commerçants de la rue Marterey souhaitent préserver l’esprit de quartier et ses magasins indépendants.

«La mécanique de la machine à coudre me fascinait»

Elevé modestement, Paolo a reçu une éducation à l’italienne, «très stricte donc». «Mes parents ont toujours travaillé pour que ma sœur aînée et moi ne manquions de rien. Nous avons vite appris à nous débrouiller.» Il boira sa première bière à 19 ans. «Avant je n’avais pas le droit de sortir. Pour ma première sortie à Payerne, mes parents m’ont fait un sermon sur la drogue», confie-t-il en riant.

Dans sa boutique, deux portraits, vintage bien sûr, de ses parents gisent sur des meubles plus anciens qu’eux. Sa mère, couturière de profession et surtout de passion, l’a initié à son art de fil en aiguille. «J’étais toujours sur ses genoux, je l’observais. Puis, j’ai commencé à l’aider. La mécanique de la machine à coudre me fascinait. Et instinctivement, le personnage s’est créé en moi.» Son père le prédestinait à un avenir différent: «Il aurait aimé que je sois réparateur audio-tv et que je retourne un jour en Italie. Je lui ai dit, c’est ton rêve, pas le mien.» Indépendant et libre, Paolo ne s’attache pas à son lieu de vie. «Je peux facilement bouger, rien n’est figé. Même aujourd’hui, le magasin n’est pas un frein.»

Un parcours atypique

Après un apprentissage dans l’immobilier à Yverdon, Paolo choisit de voyager. Un an en Australie, puis retour en Suisse. Il devient gérant d’immeuble. «Mais le cœur n’y est pas et je fais un burn-out.» Un ami, également couturier, lui parle alors d’une école de stylisme: Laura’L. «J’ai fait une formation technique de 2 ans.» Pour «se refaire une santé financière», Paolo gère des expatriés. Mais après une année, il s’envole pour Los Angeles. «J’avais une petite voix qui me disait: «Pars!» Et comme je m’écoute, j’ai plié bagage.» Mais il ne s’identifie pas à la mentalité américaine. «Je n’ai pas réussi à m’intégrer. Donc, j’ai continué dans le milieu des expatriés à Lausanne. On devait penser que j’étais une personne instable qui ne gardait jamais un boulot.»

Mais quand il rencontre une amie costumière à l’opéra de Lausanne, Paolo se révèle. Il enchaîne les mandats et devient couturier. «Il faut faire ce pourquoi tu as envie de vivre! J’ai réduit mon train de vie, mais j’étais plus heureux.» En 2013, il mettra son talent au service des costumes du ballet Béjart pendant 2 ans. «J’ai fait de la danse classique étant petit, j’aime cet univers. Etre sur le plateau, c’est électrisant.» Cette émulsion créative inspire Paolo et «ces moments effacent tout ce temps passé dans les bureaux».

Transmission

Grâce à ce parcours atypique, Paolo retient l’attention du directeur de l’établissement secondaire C.F. Ramuz à Entre-Bois. Aujourd’hui, il donne 15 heures de cours de couture par semaine. «Je gère bien mon emploi du temps avec le magasin. Et puis rien n’est insurmontable, j’ai toujours une solution à tout.»

Le couturier italien enseigne à des élèves de 11 à 16 ans. Paolo leur demande de créer un sac à partir de jeans. «Je me suis inspiré de Fade Out label, une marque berlinoise de denim. Je la porte depuis un an et la propose dans ma boutique. Maintenant, Puff Daddy leur demande de lui envoyer des pièces!» Paolo estime, sans prétention, avoir un bon flair pour les futures tendances. «Quand j’ai commencé à travailler les tissus africains, c’était un an avant la mode.»

Paolo observe avec délectation ses élèves progresser. «C’est parfois les moins motivés qui créent les pièces les plus authentiques. Dans l’imperfection se révèle la touche du créateur.» Un professeur qui garde une trace de chaque sac: «Je les prends tous en photo et je fais un carnet de tout ce travail.»

Paolo vouvoie chacun de ses élèves, cela apparaît comme de la froideur, mais selon lui, c’est un signe de considération. «J’ai un caractère très fort, mais à côté de ça, je suis hypersensible. Les gens me jugent froid, c’est une manière de me protéger pour ne pas laisser n’importe qui entrer dans mon univers. Je n’entretiens pas vraiment les relations, je suis un solitaire. Mais mes amis savent qu’ils peuvent compter sur moi. Si on touche mes proches, je sors mes griffes.»

Berlin sous toutes les coutures

Le style de Paolo? Sobriété relevée par une pièce excentrique. Aujourd’hui, il porte un sac de femme à imprimés léopard. «J’aime porter des vêtements et des accessoires féminins.» Mais depuis 2013, sa plus grande inspiration réside à Berlin. «J’y ai vécu 3 mois pour parfaire mon allemand. Cette ville m’a bousculé! La collection U-Bahn pour Kabba est inspirée du tissu du métro berlinois.» Et les pièces vintage de sa boutique proviennent de la capitale allemande. Loin des clichés, Paolo trouve l’exaltation dans chaque détail. Cet amour de la minutie, il la cultive aussi dans son magasin «Mauvais Garçon». «Chaque samedi, j’achète un bouquet de fleurs au marché. Et je vais souvent au jardin botanique pour me ressourcer.»

Au-dessus de sa boutique, quand le soleil se couche et les températures s’adoucissent, Paolo travaille dans son atelier. Il crée ses sacs Kabba ou fait des retouches pour ses clients. «Mais j’ai mon miroir de sorcières pour voir si quelqu’un rentre!» C’est la première fois que Paolo vend ses propres créations. «Il est plus facile pour moi de parler du travail des autres que du mien. Je suis persuadé que chaque personne trouve toujours la pièce qui lui était destinée.»

Etonnamment, «Mauvais Garçon» attire beaucoup de femmes. «La copine, la mère ou la maîtresse!» Perfectionniste, Paolo prend le temps de fignoler les paquets cadeaux. Des sacs en papier noir, avec sa carte de visite soigneusement agrafée. On peut lire la définition du mauvais garçon écrite par Iwona. «Il aime la liberté, les voyages et les gens sensibles, il a du goût, il est indépendant, sensuel, il est ami, amant, frère ou compagnon. Faut pas l’emmerder, c’est un mauvais garçon.» Paolo a seulement ajouté une phrase, on vous laisse deviner laquelle.


Profil

2005: début de sa formation chez Laura’L.

2014: couturier pour le ballet Béjart.

2015: création de sa marque Kabba.

2016: ouverture de son magasin «Mauvais Garçon».

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