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«Partager une vision philosophique»

La maison Hermès a fait appel à l’architecte japonais Toyo Ito pour concevoir son pavillon à Baselworld, dévoilé en avril dernier. Lauréat du prestigieux Prix Pritzker en 2013, Toyo Ito nous explique le sens qu’a pour lui une telle collaboration

Le Temps: Quelles sont les valeurs et l’image de la marque que vous avez voulu projeter au travers de l’architecture du pavillon?

Toyo Ito: Hermès, c’est avant tout la beauté et l’élégance du mouvement. Ce qui coïncide beaucoup avec mes propres principes architecturaux. Les objets d’Hermès sont discrets, doux, chauds. Très humains, d’une certaine manière. Alors que de nos jours, tous les objectifs sont tournés vers le profit économique des entreprises, Hermès a des valeurs très humanistes et chaleureuses, elle croit avant tout dans les relations entre les gens. C’est la base de cette entreprise. Cette attitude, j’ai tenté de la saisir et je me suis demandé comment la traduire en termes architecturaux. Je trouve que la façade du pavillon reflète bien la beauté et l’élégance du mouvement. Après la façade, tout le processus de design a coulé de source: le choix de matériaux comme le bois, les teintures naturelles, le travail artisanal qui exprime quelque chose de chaleureux et fait le lien entre l’objet et l’humain.

– Vous avez déjà travaillé pour d’autres maisons. Comment l’architecture exprime-t-elle les codes d’une marque?

– J’ai en effet déjà travaillé avec d’autres marques comme Tod’s ou Mikimoto. Mais les histoires ne sont pas toujours aussi profondes qu’avec Hermès. Avec Pierre-Alexis Dumas, le directeur artistique d’Hermès, nous avons un langage et un esprit communs qui nous permettent de partager des vues très engagées vis-à-vis du design. C’est extrêmement rare. Peut-être n’aurai-je plus l’occasion d’en faire de nouveau l’expérience. Il ne s’agit pas ici de branding ou d’architecture, mais du partage d’une vision philosophique profonde.

– Le luxe est de plus en plus soucieux de ses choix architecturaux, et fait de plus en plus souvent appel à des architectes célèbres. Comment expliquez-vous ce phénomène?

– Au travers de ces choix, les marques cherchent souvent à exprimer une forme d’autorité et de pouvoir. Je trouve cela assez triste. Dans ce cadre-là, l’homme montre qu’il est avant tout à la recherche du profit économique. Il faut remettre l’humain au centre de l’architecture. Elle devrait servir à exprimer des valeurs humaines telles que la fluidité, le mouvement, le changement, ou même la fragilité.

– La nature est très présente dans votre travail; il y a quelque chose de mouvant, comme sous l’impulsion du vent ou de la lumière. Est-ce important pour vous d’avoir un élément aléatoire alors que tant de choses sont en contrôle dans l’architecture?

– La nature, c’est avant tout la fluidité. L’eau, les arbres sont toujours en mouvement. En principe, l’architecture est un élément stable et la nature bouge autour d’elle. J’aime lorsque les constructions semblent influencées par les éléments extérieurs. La nature semble chaotique mais en réalité, elle obéit à des règles dissimulées. J’essaie de découvrir ces règles et de les intégrer dans mes réalisations. Comme la façade du pavillon Hermès qui semble bouger mais qui en réalité est soumise à des règles de géométrie cachées. Je pars du principe que les hommes sont mieux dans la nature, et j’aimerais recréer ce même sentiment au travers de l’architecture.

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