Dans l’univers des montres à complications, un nom vient immédiatement aux lèvres à leur simple évocation. Celui de Patek Philippe, maison connue et reconnue par les collectionneurs pour ses pièces ayant comme signe particulier d’échapper au temps qui passe (lire dossier dans le hors-série horlogerie du 29 mars 2014).

Afin de parvenir à impacter pareillement les esprits, la manufacture a tout mis en œuvre, depuis pratiquement sa fondation, pour célébrer l’art des horlogers dans ce qu’il a de plus accompli. La Grandmaster Chime référence 5175 fait la part belle à l’heure dite en musique. Considérée souvent comme la complication la plus aboutie par les professionnels eux-mêmes, celle de Grande Sonnerie à trois timbres n’avait jamais été intégrée dans une montre-bracelet de la marque, pas plus que son organe de sélection du mode de sonnerie original (Grande Sonnerie – Petite Sonnerie – Silence). Rare, cette spécialité a été mise au point pour une montre de poche en 1890 et pour une autre réalisée en 1895, aujourd’hui visible au musée Patek Philippe.

L’heure en musique

Cette façon de sonner l’heure est de toutes la plus ancienne car, rivalisant avec le temps ecclésiastique, elle s’est imposée assez tôt au beffroi des villes puis s’est retrouvée durant le XVIe siècle dans quelques horloges de prix. Ce mécanisme est par conséquent antérieur à celui de répétition à la demande mis au point par l’horloger anglais Daniel Quare (1649-1724) à la fin du XVIIe siècle. Cette complication est intimement associée à la manufacture Patek Philippe car, cinq mois déjà après sa fondation en 1839, la 19e montre produite par l’entreprise était une référence à la répétition à quarts. Il était par conséquent logique de retrouver cette façon de dire l’heure dans la Grandmaster Chime, mais dans sa version la plus achevée de répétition minutes, un assemblage subtil permettant à la montre de sonner à la demande de son propriétaire: l’heure, les quarts et les minutes sur des timbres fils dont l’invention en 1783 revient à Abraham Louis Breguet.

Pour mémoire, la première pièce de ce type produite par la maison, qui à l’époque ne portait pas encore la raison sociale Patek Philippe, l’a été en juillet 1845. Depuis, cette construction parmi les plus rares du marché fait partie des grandes spécialités de la manufacture dont les ateliers sont installés depuis 1996 à Plan-les-Ouates, dans le canton de Genève. Convaincue d’avoir une vraie légitimité avec le temps sonné, la marque est allée plus loin en matière de complication dite en musique. Voilà pourquoi elle propose, au cœur de la Grandmaster Chime, deux autres fonctions totalement originales et brevetées faisant appel à des notes: le mécanisme d’alarme sonnant l’heure, et la répétition de la date. La première fait appel à un système mécanique permettant de faire sonner, à une heure d’alarme préalablement choisie, l’heure qu’il est à l’aide du mécanisme de la répétition minutes, en frappant le nombre d’heures, de quarts et de minutes écoulés depuis le dernier quart. La seconde utilise un dispositif original intégrant un différentiel de sonnerie (innovation non brevetée) capable de venir chercher l’information de la date sur le quantième perpétuel pour la transmettre au mécanisme d’indication acoustique de la répétition.

Mécanisme magnifique

Et de date parlons-en, car sa présentation de façon perpétuelle au cadran d’une montre fait totalement partie de l’identité de Patek Philippe. A tel point que la manufacture serait la première à l’avoir proposée en 1925 dans une ­montre-bracelet mise au point à partir d’une montre de dame datant de 1889 (visible au musée Patek Philippe). Cette construction qui demeure l’une des préférées des collectionneurs se retrouve également dans la Grandmaster Chime. Cette pièce d’exception est ici dotée, en sus, d’un magnifique mécanisme permettant à toutes les indications du calendrier de sauter de manière instantanée et synchronisée. Par désir d’être complet, le système intègre un rappel de date affiché autour de la phase de lune sur la seconde face de la montre. Et parce qu’il n’y suffisait pas, ce calendrier dispose d’une présentation de l’année en cours à quatre chiffres. Cette ­façon de faire – brevetée pour l’occasion –, mais déjà présente au sein de la manufacture en apparaissant au cadran de la Calibre 89, demeure toutefois une signature visuelle plutôt associée à une marque concurrente.

Une réversibilité inédite

D’autres complications sont embarquées dans cette montre-bracelet produite à sept exemplaires (dont six déjà vendus) et considérée par la manufacture comme la plus compliquée construite par ses soins. Si l’affichage du second fuseau horaire semble presque banal tellement il est courant, celui permettant de connaître la position dans laquelle se trouve la couronne de remontoir l’est moins, même s’il se trouvait sur la montre de poche Calibre 89 proposée par la Maison pour son 150e anniversaire. Evidemment, les bonnes idées sont souvent partagées puisque Richard Mille en a proposé une interprétation en 2001 avec la RM 002. Cependant, Patek Philippe a, de facto, l’antériorité. Cela contentera les six adeptes susceptibles de payer les quelque 2,5 millions de francs suisses pour s’offrir cette montre de 47,4 mm de diamètre au mécanisme de réversibilité de la carrure inédit et breveté. Cette construction originale s’avère une façon intéressante d’éviter toute lassitude et d’assurer une lisibilité optimale en ne surchargeant pas les cadrans travaillés avec un soin tout particulier, ne serait-ce que pour rappeler les origines de la famille Stern qui, avant de racheter la manufacture en 1932, était propriétaire d’une fabrique baptisée «Cadrans Stern Frères». Ce qui prouve qu’en plus de donner l’heure, une montre bien née se révèle toujours un pur concentré d’histoire.